L'Etna en éruption : "Ça va au-dessus d'un kilomètre d'altitude, ce qui est assez rare pour les volcans"

Pour la cinquième fois en quelques jours, le volcan italien de l’Etna a projeté ce mardi de la lave et des nuages de cendres dans l’air. Le volcan sicilien, haut de plus de 3300 mètres, a commencé à trembler de plus en plus lundi soir et est entré en éruption, ont rapporté des experts de l’Institut de géophysique et de volcanologie (INGV) mardi

Le volcanologue Corentin Caudron était ce mercredi l’invité de Matin Première pour expliquer ce phénomène en détail.

L’Etna qui se réveille et qui enchaîne les éruptions, est-ce qu’on doit s’en inquiéter ?

"Non, pas du tout. Il n’y a aucune raison de s’inquiéter, ça fait partie de la vie du volcan. Il est dans une phrase un peu plus active ces jours-ci, mais il n’y a pas lieu de s’inquiéter plus que ça."

C’est un phénomène régulier, le fait que l’Etna se réveille de la sorte ?

"Oui, ça lui est arrivé au début des années 2000, et je pense qu’il a aussi eu un regain d’activité fin décembre. Ici, c’est particulièrement intense, donc on parle de paroxysme parce que c’est très violent et c’est forcément très joli aussi, mais pas d’inquiétude à l’horizon."

Le volcan sicilien est haut de plus de 3300 mètres et il projette de la lave jusqu’à 300 mètres au-dessus du bord du cratère. Vous le dites, les images sont très belles, mais elles sont aussi pour nous très impressionnantes. Or, on a l’impression que sur place, les habitants de l’île ne s’en soucient pas beaucoup. C’est l’habitude, ils ont appris à vivre avec ce volcan ?

"Je pense qu’il y a de ça et un excellent boulot est fait au niveau local par les volcanologues qui relaient l’information, qui apaisent la population en disant qu’il n’y a rien de particulièrement anormal. C’est très intense, ça va au-dessus d’un kilomètre d’altitude, ce qui est assez rare pour les volcans. Mais effectivement, les habitants sont habitués à ce type d’activité. Je ne vais pas dire qu’ils habitent là en connaissance de cause, mais pas loin. Et globalement, quand vous voyez les images dans les médias, vous voyez qu’ils sont assez contents.

C’est très joli à voir, le temps est en plus particulièrement dégagé, il n’y a aucun risque, ni au niveau des coulées de lave qui ne sont pas dans les zones habitées, ni finalement au niveau aérien. Il y a de la cendre qui est injectée jusqu’à 10 km d’altitude, donc ça peut avoir un effet sur l’aviation, mais pas sur les habitants directement."

Vous faites bien de parler de l’aviation. L’Etna est en activité depuis le 16 février cette fois-ci, et lors de la première éruption, il a tout de même fallu fermer l’aéroport de Catane et nettoyer les pistes des cendres volcaniques le lendemain, avant de pouvoir rouvrir cet aéroport. C’est quand même contraignant de devoir composer avec la présence d’un volcan.

"Tout à fait. C’est certain, ça reste un problème avec un impact sur l’économie, mais assez limité puisqu’il n’est pas fermé très longtemps et c’est en fonction des vents, donc vous pouvez contourner ça. Mais c’est vrai que là, ça a un impact sur l’économie, mais pas trop au niveau des habitants.

Il faut effectivement composer avec l’activité du volcan, mais on n’est pas du tout dans des situations de paralysie totale, comme c’était le cas du volcan en 2010, Eyjafjallajökull, avec ce nom barbare en Islande. On n’a pas un effet de surprise maximale comme dans le cas de l’Islande."

Une éruption suivie d’un tremblement de terre est survenue voici près de deux ans du côté de l’Etna et avait causé à ce moment-là d’importants dégâts : des dizaines de personnes avaient été blessées et 1600 maisons avaient été endommagées. Alors, cette fois-ci, et vous nous le répétez aussi, les autorités disent que la situation est sous contrôle. À partir de quand est-ce qu’elle ne le serait plus ? Est-ce que ça pourrait arriver dans les prochains jours ? Comment on fait pour contrôler cela et pour anticiper les risques ?

"L’avantage de l’Etna, c’est que c’est un volcan extrêmement bien connu. Vous pouvez aussi prendre l’exemple du Piton de la Fournaise, à la Réunion. Ce sont des volcans qui explosent assez régulièrement, qui sont en activité très régulièrement, et ça nous permet donc d’avoir énormément d’informations sur ces volcans, a contrario des volcans qui ne sont pas très souvent en activité, on ne les connaît pas bien.

Imaginez qu’un volcan se réveille après 400 ans de repos, comme c’est le cas en Indonésie ou aux Philippines, dans ces cas-là, vous êtes vraiment pris de court. Ici, on a accumulé énormément d’informations sur l’Etna, donc on comprend bien son comportement.

Maintenant, on informe sur le fait qu’il changerait durablement d’activité. Là, c’est vraiment une phase d’activité très violente et un peu anormale dans le comportement du volcan, même si c’est déjà arrivé. Si on prend l’exemple du Stromboli, qui n’est pas loin, en Italie aussi, à quelques dizaines de kilomètres, c’est un peu plus gênant parce que le Stromboli est en train de changer de manière permanente.

Il est dans une phase d’activité beaucoup plus explosive qu’il ne l’a été ces 15 dernières années et c’est donc plus embêtant parce que ça peut impacter les touristes durablement. Ici, dans le cas de l’Etna, c’est vraiment gérer son cycle d’activité. Ça lui est déjà arrivé et ça lui arrivera encore, c’est un peu plus violent que d’habitude, mais il n’y a pas lieu de s’inquiéter outre mesure à ce stade."

Qu’est-ce qu’on observe au juste et de façon très concrète avant de donner éventuellement une alerte ? C’est la densité du tremblement provoqué ? C’est la hauteur à laquelle sont projetées les cendres et les pierres ? Qu’est-ce qu’on doit regarder exactement ? On se dit : "Attention, ce facteur-là, ça ne sent pas très bon, on va quand même s’organiser un peu" ?

"Ce qu’on fait en priorité, c’est qu’on va regarder les séismes et ce qu’on appelle le trémor, donc simplement les vibrations qui seront mesurées au sol. Dans le cas de l’Etna, on est extrêmement bien servi, il y a beaucoup de stations sismiques qui enregistrent ça avec beaucoup de précision et ça nous permet de les localiser.

Typiquement, quand vous avez ces paroxysmes — il y en a eu cinq ans en une dizaine de jours — le traitement va augmenter progressivement et, en une fois, on va avoir une fontaine qui va apparaître, qui va augmenter. Donc, il y a à la fois les vibrations du sol, mais également les webcams, comme on a un peu partout en ville dans des magasins, qui vont suivre l’altitude de la fontaine de lave. Et après, ce qu’on fait pour essayer de voir où se produisent les émissions de lave ou de cendres, c’est qu’on va utiliser des infrasons.

En gros, on utilise des micros qui sont dans l’air et qui vont essayer de précisément localiser où vont se produire les épanchements de lave, les fontaines de lave et on va suivre comment cette lave s’écoule. On a ici une multitude d’instruments pour scruter l’activité du volcan, donc c’est vraiment idéal."

Il devrait durer encore longtemps cet épisode-ci d’activité de l’Etna ?

"C’est là qu’on est encore une science jeune, c’est qu’on a du mal à pouvoir prédire la fin d’un cycle d’activité. On voit qu’ici les paroxysmes se produisent tous les deux ou trois jours, donc ça pourrait durer quelques jours ou quelques semaines, comme ça pourrait s’arrêter abruptement d’ici quelques jours."

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