L'étang de l'Ilé à Etalle et le jardin botanique de Meise, ou comment sauvegarder les espèces menacées

Le phragmite des joncs, une espèce d’oiseau qui a recolonisé le marais dès la fin des travaux de restauratioo photo M. Ameels.
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Le phragmite des joncs, une espèce d’oiseau qui a recolonisé le marais dès la fin des travaux de restauratioo photo M. Ameels. - © Tous droits réservés

Il date du 17e siècle, est mentionné sur les fameuses cartes du comte Ferraris en 1775, il est alors le plus grand étang de Wallonie après Virelles. Il couvre alors près de 60 ha et est exploité comme étang d’élevage de poissons, sans doute des carpes.

En 1864 l’étang semble avoir complètement disparu au profit de prairies marécageuses. Il s’est envasé. A la fin du 19e siècle, on y plante des conifères, ils sonnent le glas d’une flore et d’une faune riche et diversifiée. En 1997, la commune gaumaise d’Etalle rachète le site et l’idée de le retransformer en marais fait son chemin.

Restauration de l'ancien marais et retour des espèces

"Depuis les travaux de restauration de l’ancien marais en 2015, les résultats se voient à l’œil nu. On peut observer une série d’oiseaux, de roselières qu’on ne voyait plus dans la région depuis des décennies", s’exclame Marc Ameels, agent au département wallon "Nature et Forêt" en province de Luxembourg. "Il y a bien sûr, le retour des migrateurs qui s’y arrêtent mais il y a aussi tout ceux qui nichent désormais sur place, comme, le phragmite des joncs qui avait totalement disparu de la province car l’oiseau ne niche que dans des roselières."

Et d’expliciter quelque peu. "On a d’abord vu revenir un couple puis deux, puis trois. Aujourd’hui, 5 couples s’y sont installés. Les libellules s’y reproduisent très bien, l’Ilé est devenu un site majeur de Wallonie pour cette espèce. Même la cigogne noire qui avait déserté les lieux, est en train de revenir. En fait la disparition est réversible… Tant que l’espèce continue d’exister. Et pour les espèces botaniques, aussi la biodiversité s’enrichit."

Les zones naturelles protégées sont des réservoirs pour les espèces en danger

L’administration wallonne tient un inventaire scientifique des espèces tant végétales qu’animales qui sont de retour sur ces sites de protection mais aussi des espèces menacées.


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Pour Marc Ameels, ces zones sont primordiales pour sauvegarder la biodiversité car elles représentent des sortes de réservoirs dans lesquels les espèces en danger sont protégées, pour leur nourriture, leur reproduction et leur repos.

Et cela se répercute sur la nature tout autour qui s’enrichit en biodiversité à son tour. "Nous espérons pouvoir créer bientôt des réseaux de réserves naturelles pour les connecter les unes aux autres", lance l’agent Nature et Forêt.

A Meise, on dresse des inventaires des plantes sauvages

Restaurer des habitats c’est bien, mais encore faut-il bien connaître les différentes espèces. Au jardin botanique de Meise, des scientifiques dressent l’inventaire de toutes les plantes sauvages de Belgique. C’est ici qu’est produite depuis 200 ans la "Flore de Belgique", basée sur des enquêtes de terrain, des herbiers, elle permet de suivre l’évolution des espèces végétales de notre Royaume.

Koen Es, porte-parole à Meise explique : "Ces dernières années, nous focalisons sur les plantes invasives. Elles sont responsables aussi de la perte de biodiversité. Mais pas seulement, les pertes sont énormes parmi les plantes aquatiques à cause de la pollution des cours d’eau et parmi celles qui essaient de survivre à l’agriculture intensive qui désertifie les sols. Depuis la fin de la deuxième guerre mondiale, près d’un tiers des espèces a disparu."

Parmi les plus touchées, la famille des orchidées, et la flore que l’on trouvait à proximité des champs d’épeautre, de maïs ou de blé. "Là, ce sont les pesticides bien sûr qu’il faut pointer du doigt mais aussi toutes ces graines nettoyées, standardisées qui appauvrissent la variété des espèces", poursuit Ken Es. "Avant, les agriculteurs produisaient des semences à partir de leurs propres récoltes où elles se mélangeaient avec des graines d’autres fleurs des champs. Aujourd’hui, les mêmes champs ne contiennent plus que la céréale sélectionnée et rien d’autre, ils sont devenus des déserts de biodiversité."

Et on met leurs semences à l'abri dans une grande banque de graines

Chez nous, sur les 1500 espèces de plantes sauvages près de 500 sont menacées. Alors, à Meise, on trouve ce qu’on appelle le registre belge des graines, une banque où l’on met à l’abri et on stocke à plus long terme toutes les semences de ces plantes menacées que les scientifiques collectent aux quatre coins du pays.

Cette banque recèle déjà près de 40% des graines d’espèces sauvages en danger. Cette année, les efforts de collecte devraient être doublés grâce à un partenariat avec Natagora. C’est une autre façon très concrète d’aider la nature en perdition.