L'esclavagisme des pirates de la pêche

L'information figure en Une du Guardian: EJF publie ce 30 septembre un rapport fouillé, alarmant à plus d'un titre sur les désastres de la pêche illégale, dont une bonne part atterrit dans nos assiettes.

Au départ, il y a quelques années de cela, les membres de cette organisation avaient l'intention de traquer les bateaux pratiquant la pêche illégale au large de la côte ouest de l'Afrique. Lorsqu'un jour, avec l'aide des forces navales du Sierra Leone, ils ont arraisonné un navire battant le pavillon sud-coréen, ce qu'ils ont découvert les ont tout bonnement horrifiés.

Les hommes travaillaient le poisson dans une pièce sans arrivée d'air, sans ventilation, dans des températures avoisinant les 45 degrés, parmi la rouille, la crasse, la moiteur et des cafards grouillant partout. Ils n'avaient qu'une pompe à eau de mer pour se laver et ils empestaient, ces galériens. Certains n'étaient pas payés en argent, mais en rebuts de poisson, c'est-à-dire l' invendable dans l'industrie alimentaire européenne.

Esclavage

L'ONG a donc poursuivi ses investigations, principalement au large des côtes de Guinée et de Sierra Leone, et beaucoup d'autres bateaux comme celui-là ont été découverts. A chaque fois, les enquêteurs ont mis à jour des conditions de travail répondant pour la plupart aux définitions du travail forcé des Nations Unies. Un véritable esclavage moderne : des mauvais traitements, des retenues de salaires, des journées de 18 heures de travail, des mois en mer pendant lesquels le bateau devient donc une prison, la menace d'être abandonné sur la côte la plus proche en cas de contestation, des infâmes soutes ne faisant pas plus d'un mètre de haut pour manger et dormir...

ALL AT SEA-The Abuse of Human Rights on Illegal Fishing Vessels from Environmental Justice Foundation on Vimeo.

Les membres de l'ONG croyaient partir en croisade pour protéger les poissons, ils ont été amenés à devoir défendre des hommes, dont beaucoup de Sénégalais, qui sont moins bien traités que les poissons. L'ONG dénonce aujourd'hui cette mafia de la pêche illégale, qui détruit les stocks de poissons en se cachant derrière des pavillons de complaisance et en détournant les règles de mise sur le marché, sensées pourtant être drastiques, des prises réalisées.

Menace pour les stocks de poisson

Pour le directeur exécutif d'EJF, Steve Trent, "la pêche pirate, générée par une hausse constante et non-soutenable de la demande en produits de la mer, est en train de menacer le futur de la pêche mondiale. Il y de profonds impacts sociaux, économiques et environnementaux, pas seulement l'exploitation épouvantable et les abus auxquels les équipages de ces vaisseaux sont confrontés ". Constatant que les lois internationales semblent ne pas s'appliquer à ces flottes opérant en dehors de toute juridiction, il poursuit : "Il est tout simplement inacceptable que les navires de pêche illégale sopient capables d'opérer hors-la-loi. Mais il est en notre pouvoir de stopper ces pirates et l'une des principales mesures que nous puissions prendre est d'interdire les pavillons de complaisance".

D'après les chiffres cités par l'organisation, entre 13 et 31% des prises auraient été pêchées illégalement, même s'il est très difficile d'avoir une idée précise de l'ampleur du phénomène.

 

Thomas Nagant avec François Kirsch

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