L'Église belge recommande-t-elle, comme le pape, la psychiatrie pour l'homosexualité?

Dans l'avion qui le ramenait au Vatican après sa visite en Irlande, le pape François a répondu à une question d'un journaliste : que dire aux parents qui constatent les orientations homosexuelles de leur enfant ? 

Réponse du pape : "Il faut prier, ne pas condamner, dialoguer, comprendre". "Mais quand cela se manifeste dès l'enfance", François estime "qu'il y a beaucoup de choses à faire par la psychiatrie"

La psychiatrie, est-ce aussi la recommandation de l'Église belge ? La question a été posée ce lundi matin dans Le Plus de Matin Première en radio à Tommy Scholtès, porte-parole des évêques de Belgique. 

Voici sa réponse : "Si j'entends les propos du Pape, c'est vérifier simplement, avoir un accompagnement. Je pense que découvrir une réalité pareille chez son enfant..., il faut voir aussi si ce sont des choses transitoires comme cela peut arriver au moment de l'adolescence, par exemple. Et donc, il faut, je crois, aider un enfant à se situer, aider les parents à comprendre une situation et donc, la psychiatrie ou la psychologie, ce sont des manières d'accompagner la réflexion des personnes et je pense que cela peut être un conseil judicieux"

L'homosexualité découle-t-elle de troubles psychiatriques? 

Quant à la question de savoir si l'homosexualité découle de troubles psychiatriques, il répond : "Non, ce n'est pas une question de troubles psychiatriques, c'est une question d'une certaine nature chez les personnes. Ces dernières années, on a bien perçu cela et c'est bien pour ça qu'il est toujours question de dialogue, de non-jugement et de respect total de la personne".

Rappelons que l'homosexualité n'est plus considérée comme une maladie par l'Organisation mondiale de la santé depuis bientôt 30 ans. 

Les excuses du pape François sont-elles suffisantes? 

Lors de sa visite en Irlande ce week-end, le pape François a demandé pardon pour les agressions sexuelles commises en Irlande par des prêtres catholiques. 14.500 enfants seraient concernés.

Qu'en pense Tommy Scholtes ? "Je pense d’abord qu’elles sont essentielles, parce que la souffrance des enfants est réelle. En Belgique, on a connu des situations extrêmement graves aussi, et donc des centaines de personnes ont été reçues. Il y a un tribunal d’arbitrage qui a été mis en place, des instances ont réfléchi, il y a une forme de 'réparation financière' qui a été installée, et donc il y a une structure qui a été faite aussi. Je pense que c’était absolument indispensable que le pape demande pardon. La réalité des enquêtes qui sont en cours et qui ont eu lieu ont toujours aussi la difficulté de l’histoire, c’est-à-dire comment rétablir, redire exactement ce qui s’est passé. Mais sur le fond, absolument, c’est la première chose à faire. Après ça, il y a des sanctions qui sont prises par rapport aux personnes qui sont en vie. Parce qu’on parle souvent d’histoires qui remontent à 60-70 ans, donc beaucoup de ces personnes agresseurs ne sont plus en vie. Mais là où il est question de personnes qui sont toujours présentes, il y a évidemment des sanctions à prendre."

Comment mettre un terme à la pédophilie au sein de l'Église? 

L’Église est dans la tourmente à travers le monde. Outre la Belgique, il y a des victimes aux États-Unis, en Allemagne (des enfants de chœur de Ratisbonne), en France (un prêtre sous contrôle judiciaire pour avoir abusé de 70 scouts), au Chili (158 personnes visées par des enquêtes pour sévices), et ce ne sont pas les seuls cas.

Comment mettre un terme définitif à tout cela ?
"Je pense que je suis le premier ou le dernier — c’est comme vous voulez — à évidemment vouloir que cela s’arrête, mais cela fait malheureusement partie de la nature humaine. Donc, très malheureusement, le problème de la pédophilie n’est pas lié du tout à l’Église, il est présent dans la société et tous les jours dans les journaux on en parle comme un drame. Mais dans l’Église, il faut donc contrôler un maximum les gens, rendre attentifs les gens. Dans sa dernière lettre au peuple de Dieu — il l’a écrite la semaine dernière — le pape a demandé à toute l’Église, c’est-à-dire à tous les chrétiens, à tous les citoyens finalement, d’être extrêmement attentifs à tous les comportements qui pourraient être déviants, qui pourraient être harceleurs, qui pourraient être agressifs, qui ne respectent pas la dignité d’enfants", affirme le porte-parole des évêques.

Autrement dit, le choix, la formation et l’encadrement des prêtres ont pu être en cause  ?

"Ce n’est pas une question de formation. Peut-être qu’à un moment donné, on a trop idéalisé la fonction du prêtre — ça, c’est possible — et on a voulu protéger les prêtres quand il y avait des questions. Donc, cette situation-là est tout à fait retournée maintenant depuis quelques années, où clairement les prêtres... il y en a d’ailleurs un certain nombre, vous venez de le dire vous-même, sont en prison pour des faits comme ceux-là".

Le célibat des prêtes n'est-il pas le problème? 

A la question de savoir s'il ne faudrait pas autoriser les prêtres à avoir une vie affective et sexuelle pour éviter les frustrations, il répond : "Même si je n’ai pas de vie affective et sexuelle, si je ne suis pas en couple, je revendique quand même d’être un homme comme les autres. Ça veut dire qu’à un moment donné, le prêtre qui se prépare, le séminariste qui se prépare fait un choix librement consenti de dire 'je choisis cette vie-là', qui est une vie qui n’est pas facile, je le reconnais, mais de se consacrer totalement à Dieu dans le célibat et j’essaye de vivre le mieux possible ce don. Ça ne veut pas dire que le sacerdoce marié ne peut pas exister. Il y a des prêtres mariés, y compris déjà dans l’Église catholique pour les prêtres d’Orient, et pour les prêtres orthodoxes cela existe aussi. C’est donc une réalité qui est posée, la question a d’ailleurs été posée au Vatican et elle n’est pas fondamentale par rapport à la prêtrise. Autrement dit, il est possible que le Vatican, dans cette situation-là, réfléchisse davantage à la question. Mais je pense aussi... et ce sont des responsables d’église d’Orient qui nous ont dit à plusieurs reprises : " Ne croyez pas que les questions affectives et sexuelles sont réglées par la question du mariage ". Il y a un tas de difficultés aussi qui existent au niveau des couples, au niveau des personnes mariées. C’est vrai que cela peut paraître une espèce de solution, mais ne croyez pas que toutes les personnes non-prêtres ou non catholiques qui sont en prison pour des questions pareilles sont des personnes célibataires. Ce n’est pas vrai".

"Cela pourrait être un élément et je crois que cet élément vaut la peine d’être réfléchi. D’ailleurs, plusieurs fois ces dernières années, il y a eu des déclarations, y compris de la Secrétairerie d’État du Vatican, qui a précisé que c’était — comme nous le disons dans notre jargon à nous — une affaire de discipline, c’est-à-dire d’organisation. Ça n’est pas une affaire fondamentale liée à ce qu’est la prêtrise ou le sacerdoce puisque déjà, pour les prêtres orientaux catholiques ou bien pour les prêtres orthodoxes, il existe des prêtres mariés."

Les évêques de Belgique ont-ils pris la mesure de la situation?

Tout à fait selon Tommy Scholtès : "Je dois dire que je reconnais que pendant toute cette période extrêmement difficile... parce qu’il faut bien se rendre compte que nous sommes les premiers à être honteux. Vous imaginez que moi, quand je me réveille le matin et que j’entends des choses de ce genre-là, je me dis : 'Mais c’est encore de nous qu’il s’agit ', et quand je dis "nous", c’est de ma famille. L’Église catholique est ma famille. Les prêtres sont tous concernés et l’Église catholique est entièrement concernée. Fondamentalement, les évêques de Belgique ont pris énormément de temps — et quand je dis énormément de temps, ce sont des centaines d’heures — à recevoir les victimes et à s’adresser aux auteurs quand ils le pouvaient, en faisant aussi bien sûr non seulement démissionner, mais y compris retirer leur statut de prêtre à un certain nombre de personnes. Et donc, les sanctions ont quand même été très fortes".

Voici l'intégralité de la déclaration du pape

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK