L'égalité financière entre les femmes et les hommes n'est toujours pas une réalité en Wallonie

L’égalité financière entre les femmes et les hommes n’est pas une réalité en Wallonie
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L’égalité financière entre les femmes et les hommes n’est pas une réalité en Wallonie - © PHILIPPE HUGUEN - AFP

À l’approche de la Journée mondiale de lutte contre la pauvreté, l’IWEPS (Institut wallon de l’évaluation, de la prospective et de la statistique) publie ce mardi le quatrième cahier de sa publication " Égalité entre les femmes et les hommes en Wallonie " consacré aux revenus, à la pauvreté et à la dépendance financière.

Parmi les constats de cette étude interpellante : le taux de dépendance financière des femmes de 27% vaut plus du double de celui des hommes qui est à 12%. Le revenu moyen des femmes n’atteint que 70% de celui des hommes.

Les mères de familles monoparentales sont confrontées à un taux de risque de pauvreté très élevé de 47%. 

Nouvelle méthodologie

Si de nombreuses analyses comparent les taux de risque de pauvreté des hommes et des femmes, en se basant sur l’ensemble des revenus de leurs ménages, l’IWEPS innove "nous proposons une étude quelque peu différente. Pour une fois, nous étudions, non pas les revenus du ménage, mais les revenus perçus à titre personnel par les femmes et les hommes : salaires, allocations, pensions… Une telle approche permet de construire un taux de dépendance financière, alternative individuelle au taux de risque de pauvreté". L’approche individuelle dévoile ainsi des inégalités importantes que ne captent pas les indicateurs classiques calculés au niveau des ménages.

Par exemple, en Wallonie, en 2017, le taux de dépendance financière des femmes (27%) vaut plus du double de celui des hommes (12%) alors que leurs taux de risque de pauvreté sont plus proches – ils s’élèvent respectivement à 21% et 18%. 

Cela constitue une inégalité plus importante que les écarts de salaires. En effet, le salaire annuel brut moyen des femmes (tous temps de travail confondus) s’élève en Wallonie à 78% de celui des hommes.

Les différences sont encore plus importantes en ce qui concerne les bas revenus, puisque, en 2017, les femmes étaient 2,2 fois plus à risque de dépendance financière que les hommes.

D’autres composantes du revenu étant collectées au niveau du ménage, comme les revenus du patrimoine, elles n’ont pas été prises en considération. Il s’agit des allocations familiales et allocations de naissance, des allocations liées au logement et des transferts réguliers entre ménages (majoritairement des pensions alimentaires). Afin de donner une idée précise de l’importance des revenus omis de notre revenu individuel net, nous avons construit le tableau ci-dessous. Il montre que même si 64% des ménages perçoivent des composantes de revenu que nous avons décidé de ne pas prendre en compte, ces composantes ne représentent en moyenne que 11% de la totalité des revenus. Ce sont les allocations familiales qui sont les plus problématiques, elles sont perçues par un tiers des ménages et représentent 9% de la totalité des revenus des ménages qui les perçoivent. Les transferts entre ménages, essentiellement sous forme de pensions et contributions alimentaires, et les loyers perçus représentent une part plus importante de la totalité des revenus des ménages concernés, respectivement 21% et 23%, mais ils concernent respectivement seulement 5% et 8% des ménages ce qui en réduit l’impact sur nos analyses.

Des inégalités de revenus qui ne diminuent que faiblement en 10 ans

La faible diminution des inégalités de revenu entre femmes et hommes avec le temps ne change guère ce tableau sombre. Ainsi, sur plus d’une décennie, entre 2005 et 2017, le taux de dépendance financière des Wallonnes ne s’est réduit que de 6 points de pourcentage, passant de 33% à 27%. Sur la même période, le revenu moyen des femmes, exprimé en pourcentage du revenu moyen des hommes, est passé de 59% à 70%. L’évolution, certes positive, est lente et la situation actuelle témoigne d’inégalités qui restent criantes.

Des indicateurs complémentaires

Les indicateurs alternatifs développés n’ont pas pour vocation, selon l’IWEPS "de remplacer les taux de risque de pauvreté classiques ni d’autres indicateurs construits à partir des revenus du ménage : les deux types d’indicateurs (individuels et au niveau du ménage) sont fondamentalement complémentaires. Cette complémentarité s’illustre très bien dans le cas des mères de familles monoparentales. Cette catégorie est confrontée à un taux de risque de pauvreté très élevé (47%) mais à un taux de dépendance financière plutôt faible (7%). Cela s’explique par le fait que les femmes seules avec enfant(s) vivent généralement dans des conditions précaires parce que leur seul revenu permet difficilement de répondre aux besoins de toute une famille. Par contre, elles sont indépendantes financièrement au sens où elles vivent sans compter sur une part du revenu d’un conjoint (ou d’un parent)".

Au-delà des chiffres, des pistes politiques d’amélioration

Ces constats nous montrent que l’égalité financière entre femmes et hommes est loin d’être une réalité en Wallonie. Quelques pistes politiques d’amélioration peuvent être envisagées selon  l’IWEPS  "On peut tout d’abord lutter contre les inégalités sur le marché du travail en s’opposant tant aux discriminations directes et indirectes. Permettre aux jeunes mères de concilier emploi et parentalité à travers une offre suffisante et financièrement accessible de milieux de garde d’enfants de qualité constitue une piste d’action importante. Éviter une division sexiste du travail au sein des ménages en luttant contre les stéréotypes et en garantissant une utilisation équivalente des congés parentaux et de naissance par les deux parents ne peut aussi qu’avoir des répercussions positives.

Par ailleurs, on pourrait réformer le système de sécurité sociale pour le rendre moins défavorable aux femmes. Par exemple, supprimer le statut de cohabitant permettrait d’augmenter les revenus de remplacement de nombreuses femmes. Réduire l’influence de l’insertion antérieure sur le marché de l’emploi sur l’accès à et le montant de certaines prestations (par exemple les allocations de chômage ou les pensions de retraite) diminuerait aussi les inégalités de revenu. Permettre aux femmes d’accéder plus facilement aux pensions alimentaires en cas de séparation, en assouplissant certaines conditions juridiques et en élargissant les missions du Service des créances alimentaires (SECAL) augmenterait le revenu des femmes séparées. Cependant, certaines de ces mesures doivent être étudiées avec prudence, car il faudrait éviter qu’elles ne créent des pièges à l’emploi cantonnant les femmes au foyer afin de se consacrer au travail domestique".

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