L'écriture inclusive, hérésie de la langue française ou son évolution logique?

"Le masculin l'emporte toujours sur le féminin" : une règle de grammaire gravée dans le cerveau des écoliers francophones dés qu'ils ont un stylo en main... mais qui fait grincer des dents nombre de féministes. L'égalité des genres est une thématique qui prend de plus en plus de place dans le débat publique, jusqu'à porter une réflexion concernant notre langue, qui a donné naissance à l'écriture inclusive.

Une écriture qui se veut égalitaire et donne ainsi autant de place au masculin qu'au féminin : la règle la plus connue est que chaque mot possédant les deux genres porte ses deux suffixes. Lorsque l'on parle "des agriculteurs" comme l'ensemble des agriculteurs et des agricultrices d'une région, on dira en écriture inclusive "des agriculteur.rice.s". Et là, c'est au tour de certains amoureux de la langue française de grincer des dents. Le débat fait rage en France, certains invoquant une dislocation du langage à cause des points médians, aboutissant à des mots illisibles ou encore une plus grande difficulté d'apprentissage de la langue. 

Le masculin ne l'a pas toujours emporté sur le féminin

Dans l'histoire de notre langue, le masculin ne l'a pas toujours emporté sur le féminin, loin de là. Avant le XVIIIème siècle, c'est la règle de proximité qui s'appliquait : un adjectif s'accordait en genre et en nombre au nom le plus proche qu'il qualifie. Appliqué au français actuel, on dirait "François et Claudette est allée se trémousser sur la piste de danse." ou encore "Le renard et les poules sont parties de l'autre côté de la ferme."

"Si, à un moment donné, notamment avec l'Académie française, on a basculé dans ce sens-là, c'est tout simplement parce que les académiciens et les gens cultivés de cette époque ont considéré qu'il y avait deux genres grammaticaux, un masculin et un féminin, explique Michel Francard, linguiste et professeur émérite de l'UCL. L'un des deux, le masculin, l'emportait, parce que, 'Le mâle l'emporte sur la femelle', c'est aussi net que cela." Cette règle est donc une trace persistante d'une société inégalitaire où la femme était considérée comme inférieure à l'homme. Alors si cette société a évolué, pourquoi pas son langage ? De quoi ouvrir le débat sur le rapport de la langue à la société...

En choisissant les mots adéquats, nous arrivons à être plus conscient de toute une série de stéréotypes

"Nous sommes dotés d'une langue qui nous permet de dire le monde dans lequel nous vivons. Alors ce n'est pas le monde tel qu'il existe, mais le monde tel que nous le construisons par les mots. Ces mots, nous avons une prise sur eux. Et en choisissant les mots adéquats, nous arrivons, je pense, à être plus conscient de toute une série de stéréotypes, de représentations du monde dans la langue."

Changer l’histoire et ses injustices au profit d’un présent égalitaire via l'écriture inclusive, les opinions divergent. Pour certains, le langage n'est pas en charge de l'égalité. Pour d'autres, notre outil pour décrire le monde doit tendre vers une représentation de sa diversité.

Le français est-il une langue sexiste ?

Ecoutez le Débat Première du 11 octobre, qui posait la question "Le français est-il une langue sexiste ?", avec Sabine Panet, rédactrice en chef du magazine "Axelle", Michel Francard, professeur de linguistique à l'UCL et chroniqueur de langue au journal Le Soir et Sadia Pamart, professeur de lettres, présidente de l'association "Sauvons l'école de la République".

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