L'école, lieu de transmission du coronavirus? L'épidémiologiste Marius Gilbert fait le point

Alors que les élèves retournent ce lundi à l’école après deux semaines d’arrêt, Marius Gilbert, épidémiologiste à l’Université libre de Bruxelles est venu faire le point au micro de La Première sur le rôle que peuvent jouer les enfants dans la transmission du coronavirus. Selon lui, les nombreuses données sur ce sujet ne permettent actuellement pas une réponse tranchée à cette question : "La transmission peut se dérouler dans les écoles, mais pas dans des proportions alarmantes. Les études commencent à montrer que le taux d’attaque secondaire, lorsque le virus est apporté par une personne adulte tourne autour de 30% alors que lorsqu’il est apporté par un enfant il tourne autour de 10%. De plus, lorsque le virus arrive par une personne asymptomatique le risque de transmission au sein du foyer est beaucoup plus faible aussi. Est les enfants sont beaucoup moins symptomatiques que les adultes. Donc : oui, les enfants peuvent être infectés mais ils sont très rarement symptomatiques, ils font des épisodes cliniques beaucoup plus faibles. Si l’on combine ces deux facteurs, les enfants sont beaucoup moins à risque de transmission que les adultes".

"On ne peut pas exclure complètement le risque de transmission en milieu scolaire : la transmission qui va s’y dérouler ne sera pas uniquement causée par la présence d’enfants, mais aussi du fait des enseignants comme cela s’est vu ces dernières semaines. Si l’on rouvre les écoles, qui sont un lieu de transmission, il faut malgré cela que le taux de reproduction général dans l’ensemble de la population reste inférieur à 1", poursuit-il. Des mesures ont été prises afin de diminuer la transmission en milieu scolaire, mais aussi en dehors de l’école. "Quand l’épidémie a commencé à ralentir, cela ne pouvait pas biologiquement être la conséquence de la fermeture des écoles. Au niveau du timing, le ralentissement s’est fait à un moment qui correspondait au moment où les mesures de fermeture de l’horeca sont entrées en vigueur. Donc on pense qu’il est possible de maintenir le taux de reproduction en dessous de 1 tout en ayant les écoles ouvertes dans des conditions particulières", dit aussi Marius Gilbert.

L’aération des locaux est "un des gestes barrières qui est trop peu intégré dans les comportements individuels", insiste-t-il : "Il faut bien s’habiller pour pouvoir aérer souvent dans des conditions hivernales".


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Marius Gilbert fait la différence entre contamination et contagion : "Lorsqu’on fait des études sur la sérologie (qui a fait une réaction immunitaire par rapport à une infection?), on se rend compte que les enfants ont aussi été exposés. Les proportions de séroprévalence ne sont pas très différentes de celles des adultes. Les infections sont très peu sévères mais elles ne donnent pas nécessairement lieu à une transmission importante".

La commune de Courcelles a voulu imposer le masque aux enfants de moins de 12 ans. Selon Marius Gilbert, "on manque de données pour mesurer l’efficacité réelle" de ce type de mesure. "L’inconfort et l’impact psychologique sont certains, alors que le bénéfice l’est très peu".

Face aux dérives complotistes, Marius Gilbert estime qu’il faut pouvoir dire que "le doute scientifique est toujours là. Des décisions sont prises sur base de données empiriques, il ne faut pas laisser penser que l’on a l’information scientifique qui nous permet d’affirmer quelque chose de façon péremptoire".

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