L'Ecole 19, créée par "ceux qui pensent que la nouvelle génération sera meilleure que la nôtre"

John Bogaerts
John Bogaerts - © RTBF

L'Ecole 19 est inaugurée ce vendredi à Uccle. Cet établissement, qui fonctionne sans professeur ni cours, a été fondé par John Bogaerts, créateur du cercle d'affaires B19, avec Ian Gallienne, administrateur délégué du groupe Bruxelles Lambert. Interrogé sur La Première, John Bogaerts explique pourquoi il s'est attelé au projet d'ouverture de cet établissement, qui est gratuit : "Cela faisait plus de 10 ans que je cherchais un moyen d'aider la jeunesse. Moi j'ai personnellement été beaucoup aidé dans ma vie, j'ai eu beaucoup de chance. J'ai un père qui s'est énormément occupé de moi et s'il n'avait pas été là, je ne serais peut-être pas là où j'en suis aujourd'hui. J'ai été visiter l'École 42 (le concept parisien qui inspire l'Ecole 19) avec Ian Gallienne au mois de mars 2017. J'ai mis un pied dans cet établissement et j'ai compris que c'était ça qu'il fallait faire ici en Belgique. C'est donc 100% philanthropique. J'insiste que oui, ça me prend du temps, mais on a des équipes qui travaillent avec nous, qui sont remarquables. Je trouvais qu'il fallait offrir cela à la jeunesse, parce que finalement quand on les envoie à Sciences Po, on les envoie presque au chômage direct. Il n'y a pas de déçus chez nous parce que l'examen d'entrée (surnommé la "piscine") ne dure qu'un mois. Donc, en un mois, si on n'est pas sélectionné, on n'a dans le pire des cas perdu qu'un mois. Donc, il n'y a pas de déçus. Est-ce vraiment une école? C'est peut-être l'école du XXIe siècle, c'est ça qu'il faut dire. Est-ce que l'école est encore une école avec des tableaux noirs, de la craie, des éponges et les bancs qui étaient les mêmes que nos arrière-grands-parents ? Je n'en suis pas convaincu, donc on ne peut-être pas l'appeler 'école', mais en tout cas le résultat est là. On a 100% de taux d'embauche et quand on parle d'élitisme, il n'y a aucun élitisme parce qu'avec l'information qu'ils ont, même des étudiants moyens ont un job garanti. Alors effectivement, on aura quelques pépites, mais ils auront tous un job".

Pour les geeks

"Au mois de septembre, quand ce projet de l'École 19 est sorti dans la presse, je discutais avec Jean-Claude Marcourt. Ce ministre a été visiter de son plein gré l'École 42, donc il l'avait visité avant moi, et il trouvait ça formidable. Le problème c'est que je crois que dans le domaine public, les décisions se prennent moins vite parce qu'il y a toujours l'opposition qui est là pour mettre des bâtons dans les roues", poursuit-il.

Le projet est "de mettre en place une structure pour que des jeunes qui sont mal aimés, parce qu'ils sont ce qu'on appelle des 'geeks'. Ces gens sont là, on les met un peu sur le banc de la société et je fais partie de ceux qui pensent que la nouvelle génération sera meilleure que la nôtre. Parce que si on ne pense pas ça, alors la société va droit dans le mur. Et je peux vous dire qu'on a des jeunes qui sont là depuis maintenant 25 jours, qui codent 18 heures par jour. Ils ont un peu mauvaise mine, mais ils sont motivés à mort et ça prouve qu'on a une jeunesse qui ne demande qu'à travailler et à donner 200% d'eux-mêmes. Mais tous ne veulent pas faire droit, médecine ou ingénieur. C'est ridicule de dire que les métiers de demain, ce sont les métiers d'aujourd'hui. Regardez votre métier comme il a changé en cinq ans, eh bien nous on donne la possibilité, par cette formation, de valoriser ces gens. Vous ne vous rendez pas compte comme ils sont valorisés, des gens qui ne l'ont jamais été avant".

L'autonomie totale pour les élèves, sans prof, où chacun suit le cursus comme il l'entend n'est-ce pas un piège ? Le problème de la discipline "a tout de suite mis sur la table. Il n'y a aucun problème. Ils travaillent en équipes, et ça, c'est aussi un des grands points de cette formation. Qui dit geek, dit en général isolé. On les oblige à travailler en groupes, donc en plus ils apprennent l'esprit d'équipe et finalement ça se passe merveilleusement bien. Il y a une ambiance de dingue et ils sont très disciplinés" selon John Bogaerts.

Pas de diplôme

"Il n'y a pas de diplôme. Pourquoi ? Pour expliquer de manière simple, c'est un jeu électronique en 21 niveaux. Quand vous étiez jeune, comment est-ce qu'on passait du niveau 1 au niveau 2 de Mario Bros, par exemple ? Il y avait deux manières : ou on essayait 100 fois tout seul de passer et à un moment on y arrivait, ou on demandait à son grand frère ou à sa grande sœur comment elle avait fait. Et c'est comme ça qu'on va très vite. À partir du niveau 7, on est déjà en entreprise. À partir du niveau 12-13-14, on a vraiment un niveau très élevé. Donc, il n'y a pas diplôme parce que si un employeur décide de vous proposer de rester travailler chez lui, vous pouvez accepter dans la minute. Vous n'avez pas ce problème de dire 'j'ai encore un an avant mon diplôme, je dois remettre mon mémoire'. Le jeune peut commencer à travailler. En fait, on est des créateurs d'emplois, on forme des codeurs parce que c'est la plus grande demande d'emploi aujourd'hui" explique-t-il.

Les chiffres du nombre d'emplois disponibles dans ce créneau "sont complètement délirants, on parle en tout cas de 1,5 million en Europe dans les 10 ans à venir et d'une pénurie de 30 000 à 40 000 en Belgique. Donc, nous, avec nos 150 et on espère monter à 200-300 par an, déjà si on peut amener ça… Et il y a plein d'autres initiatives avec qui nous collaborons, comme MolenGeek, comme Bicode. Le but est simplement de donner un job et de valoriser la jeunesse qui va quand même devoir s'occuper de nous et payer nos pensions plus tard" conclut-il.

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