L’E-sport est un vrai métier « sans aucun statut, aucune protection » ici en Belgique

L'E-sport un vrai métier « sans aucun statut, aucune protection » ici en Belgique
L'E-sport un vrai métier « sans aucun statut, aucune protection » ici en Belgique - © YANN COATSALIOU - AFP

L’E-sport est une nouvelle industrie qui brasse des millions chaque année. Cette discipline basée sur les jeux vidéos remplit des stades de la même manière que les compétitions sportives classiques, et elle est en train de se structurer. Samy Bessi président du European Advisory Board et fondateur Epsilon, club qui emploie une trentaine d’e-sportifs, apporte son éclairage au micro de La Première.

L’Europe est-elle en retard par rapport aux autres régions du monde ?

Samy Bessi : « Tout à fait, l’Europe a du retard. Pourquoi ? Parce que certains pays d’Europe ont aussi du retard par rapport à ces thématiques-là. Ils se sont donc dit que l’Europe devait trouver un terrain d’entente pour avoir une voix dans l’échiquier mondial de l’e-sport. En Belgique, il y a un très grand retard qui s’est accumulé de par le fait que beaucoup de gens n’étaient pas intéressés ou ne considéraient pas ça comme quelque chose de grand. En Belgique, l’e-sport reste tout petit. Mais aujourd’hui, on essaie de rattraper le retard. »

Pourquoi est-ce important de créer des fédérations et de réguler l’univers de l’e-sport ? Il y a des risques de dérives ?

« Exactement. Comme dans les fédérations de football ou les Jeux olympiques, il faut un organisme compétent et des tribunaux compétents pour savoir ce qu’il se passe quand les acteurs de l’e-sport ne sont pas contents, quand des joueurs se sentent lésés ou, au contraire, quand des joueurs pratiquent de la fraude ou du dopage. »

Y a-t-il beaucoup de pression sur les joueurs ?

« Je ne dirais pas qu’ils ont de la pression sur la durée, mais ils ont de la pression dans le jeu, parce que ce sont des compétiteurs pour qui chaque seconde compte et c’est vraiment très intense. Aujourd’hui, il n’y a pas de régulations, donc il y a beaucoup de choses qui se font par les différents promoteurs, organisateurs d’événements, joueurs, structures… Le statut de joueur professionnel en Belgique n’est pas reconnu. »

Qui sont les e-gamers, des étudiants ?

« Il y a des jeunes talents qui commencent très tôt et qui sont recrutés très tôt. J’ai eu l’honneur d’accompagner une personne qui joue maintenant pour le PSG et qui représente le PSG sur FIFA [les grands clubs ont leur équipe virtuelle en ligne] dans la scène mondiale. Je me suis occupé de la personne quand il avait 15 ans et maintenant il en a 19. Mais il y a des joueurs belges très connus à l’étranger qui ont déjà 26 ou 27 ans, et plus. »

E-gamer est-il un vrai métier ? On peut gagner sa croûte en jouant à des jeux vidéo ?

« J’ai envie de dire oui, mais malheureusement ici en Belgique, sans aucun statut, sans aucune protection, sans rien du tout. »

Les e-gamers font-ils de longues carrières ?

« On peut vraiment dire que c’est comme une carrière de footballeur. La formation commence très jeune, puis on arrive au pic de sa capacité, et ensuite c’est l’expérience qui prévaut, un peu moins les capacités techniques, jusqu’au moment où ils arrêtent et ils deviennent coach, manager ou dans d’autres secteurs de l’environnement e-sport. »

Connaît-on les éventuelles conséquences sur la santé de ces joueurs de rester si longtemps devant des écrans ?

« La Wesco et le but des associations européennes et fédérations est de travailler sur ces sujets-là. Il y a déjà des études qui ont été faites sur l’incidence des jeux vidéo, bonne ou mauvaise, parce que c’est vrai qu’on parle parfois d’addiction, on parle parfois de tenues, etc. Donc, tout ça, c’est vraiment le grass root, comme on dit en anglais, et il faut travailler là-dessus et faire plus d’études. »

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK