L’avocate Nasrin Sotoudeh récompensée à Bruxelles du prix Ludovic Trarieux

La militante anti-voile Nasrin Sotoudeh récompensée à Bruxelles du prix Ludovic Trarieux
La militante anti-voile Nasrin Sotoudeh récompensée à Bruxelles du prix Ludovic Trarieux - © BEHROUZ MEHRI - AFP

Le 23e Prix International des Droits de l’Homme « Ludovic-Trarieux » 2018 a récompensé l’avocate des droits humains Nasrin Sotoudeh, une militante iranienne reconnue pour son engagement notamment envers les jeunes femmes qui refusaient de porter le voile dans l’espace public, un geste obligatoire dans ce pays depuis la Révolution islamique de 1979.

Un prix émis par des confrères

Ce prix, crée en 1984 et exclusivement réservé aux avocats, est attribué à une personne « sans distinction de nationalité ou de barreau, qui aura illustré par son œuvre, son activité ou ses souffrances, la défense du respect des droits de l’Homme, des droits de la défense, la suprématie du droit, la lutte contre les racismes et l’intolérance sous toutes leurs formes ».

Bertrand Favreau, président et fondateur de l’Institut des Droits de l’Homme des avocats européens, s’est exprimé à propos du choix de cette lauréate. « En septembre 2018, lors de la réunion annuelle qui s’est tenue à Paris, le jury a désigné Nasrin Sotoudeh au premier tour et à la majorité absolue. D’une part pour son long passé d’engagement pour les droits de l’homme mais notamment parce qu’elle avait été interdite d’exercer par les procureurs du régime iranien ».

Comme l’explique Bertrand Favreau, l’avocate s’était depuis battue pendant 9 mois en allant s’asseoir tous les jours devant l’Ordre des Avocats pour obtenir le droit de ré-exercer sa profession.

Le tout premier lauréat de ce prix « Ludovic-Trarieux » remis par l’Institut des Droits de l’Homme des avocats européens n’était autre que Nelson Mandela. Malgré l’absence de l’avocate iranienne, toujours emprisonnée à la prison d’Evin à Téhéran, la cérémonie officielle de remise du prix a eu lieu ce vendredi au palais de justice de Bruxelles. Karim Lahidji, avocat au barreau de Téhéran et président de la Fédération internationale des ligues des droits de l’homme, ainsi que l’artiste réfugiée Parastou Forouhar étaient présents.

Condamnée à de lourdes peines

Arrêtée en juin 2018, Nasrin Sotoudeh, avocate spécialisée dans la défense des droits humains et dans la cause des femmes, avait été condamnée en mars dernier à 33 ans de prison et 148 coups de fouet dans le cadre des poursuites engagées contre elle par les autorités iraniennes.

Nasrin Sotoudeh a notamment été reconnue coupable de sept chefs d’inculpation dont « incitation à la débauche », d’avoir commis ouvertement « un acte immoral… en apparaissant en public sans porter le hijab » et de « troubles à l’ordre public ». En 2018, au moment d’entamer une énième grève de la faim, elle déclarait :

« Je sais qu’ils m’ont arrêtée parce que je défends les droits de l’homme, les militantes féministes et que je lutte contre la peine de mort. Mais je ne les laisserai pas m’empêcher de parler ».

En septembre 2016, elle avait déjà été condamnée à cinq ans d’emprisonnement pour « espionnage », une peine qui vient ainsi s’ajouter à cette nouvelle condamnation, portant son total à 38 ans de prison. Sa sanction est la plus lourde prononcée à l’égard d’un opposant en Iran ces dernières années.

L’avocate a déjà passé trois ans en prison, entre 2010 et 2013, pour action « contre la sécurité nationale » et « propagande contre le régime ». Les autorités iraniennes lui reprochaient son soutien en 2009 aux opposants politiques emprisonnés car contre la réélection de l’ancien président Mahmoud Ahmadinejad.

Soutien de la communauté internationale

Dans un communiqué, Amnesty International a qualifié cette nouvelle condamnation de cette « éminente avocate iranienne des droits humains et défenseure des droits des femmes […] d’« injustice scandaleuse » en demandant qu’elle soit « libérée immédiatement ».

L’Union européenne, par la voix du cabinet de la cheffe de la diplomatie européenne, Federica Mogherini, avait aussi dénoncé cette peine de prison particulièrement lourde en demandant « un réexamen immédiat de la sentence ».

En 2012, l’avocate iranienne de 56 ans avait reçu du Parlement européen, le Prix Sakharov, « pour la liberté de l’esprit ». Son compatriote, le cinéaste iranien Jafar Panahi avait également été primé. A noter que Nasrin Sotoudeh était apparu dans son film « Taxi Téhéran » en 2015, pour dénoncer les méthodes du régime iranien.

Elle a depuis reçu de nombreux prix internationaux qui viennent récompenser son combat. Elle est également membre d’honneur de nombreux Barreaux en Europe.

« Je ne sais pas si le régime des Mollah, qui a sa propre logique sera sensible à ces distinctions et à ce prix, mais je crois que si cela apporte un baume sur ses blessures alors qu’elle est en prison, cette reconnaissance internationale ne peut pas représenter quelque chose de négatif au destin de Nasrin Sotoudeh », conclut Bertrand Favreau.

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK