L'avion moins polluant que le train? Seulement dans de très rares cas

Pour ce qui est des destinations de vacances préférées de Belges, le train reste moins polluant.
Pour ce qui est des destinations de vacances préférées de Belges, le train reste moins polluant. - © Tous droits réservés

Depuis quelques jours, un article du très réputé The Economist circule sur les réseaux sociaux. Son titre ne prête pas à équivoque : "Pourquoi les trains ne sont pas toujours aussi verts qu’ils en ont l’air". Il indique clairement que dans certains cas, un voyage en train peut être plus polluant (en termes d'émissions de CO2) que le même trajet en avion. Cette discussion a forcément atterri ces derniers mois au cœur de vos repas de famille. Alors est-ce vrai ? Et comment cela s’explique-t-il ?

Le calcul du "coût de la pollution"

L’article prend l’exemple du RER autour de Boston construit en 1964. Mises bout à bout, toutes ces lignes forment près de 640 kilomètres de voies. Un réseau électrifié bien sûr mais de façon assez surprenante, une étude (qui date de 2009) suggère que la même distance pourrait être moins polluante en avion. Pour réaliser cette étude, les chercheurs ont précisément calculé le nombre de passagers qu’il y avait dans un train, un avion, un bus tout au long de sa durée de vie, et combien de kilomètres ces différents véhicules pourraient effectuer. De même, la construction et l’entretien des infrastructures nécessaires à leur bon fonctionnement (pistes d’aéroport, routes, voies de chemin de fers) ont été pris en compte dans leur "coût de pollution".

La première conclusion est ainsi que la voiture est bien le mode de transport le plus polluant: un véhicule qui nécessite à chaque fois un moteur, une batterie, de nombreuses technologies parfois très précises et énergivores, une infrastructure routière très présente et développée dans nos sociétés, mais aussi une durée de vie estimée à la louche autour de 250.000 km, un maximum de 5 personnes (pour une voiture normale) qui peuvent être transportées en même temps et enfin, bien sûr, un carburant polluant (même s’il l’est de moins en moins).

Deuxième conclusion, c’est celle qui nous intéresse, l’étude reprend l’exemple de Boston et indique que parcourir les 641 kilomètres de son réseau RER est plus polluant que réaliser la même distance en avion.

Un nombre très important de variables

On l’a dit, pour arriver à ce calcul, il faut prendre en compte :

  1. L’énergie nécessaire à la production des véhicules et leurs infrastructures ainsi que leur entretien 
  2. La durée de vie de chaque véhicule 
  3. La capacité moyenne de chaque véhicule au cours de sa durée de vie 

Mais il ne faut surtout pas oublier de tenir compte, pour les véhicules électriques, de ce qu’on appelle le "mix électrique", c’est-à-dire la provenance de l’électricité qui peut parfois être polluante elle-même. Ainsi, en Belgique, 60% de l’électricité provient du nucléaire et 13% du renouvelable, soit 73% de notre électricité ne rejette pas de CO2 (sauf en tenant compte à nouveau des infrastructures et du transport de cette électricité). Le reste (27%) provient d’énergies fossiles polluantes dont le très polluant charbon à 3,1%. Et chaque pays possède un mix électrique très différent : l’électricité belge est globalement plus verte que l’allemande mais moins que la française. "Globalement, il faut compter 280 grammes de CO2 par KwH en Europe", résume Damien Ersnt, ingénieur spécialisé dans l’électricité et l’énergie de l’Université de Liège.

Mais alors, comment peut-on arriver à un trajet en train plus polluant qu’en avion ? Et bien dans le cas de Boston, c’est justement le mix électrique qui entre en jeu. A Boston, l’électricité est produite à 82% en brûlant du fuel ou du charbon, des techniques de production d’électricité très polluantes, bien loin de l’électricité peu polluante issue du renouvelable ou du nucléaire.

A l’inverse, entre Paris et Londres, reprend The Economist qui cite la compagnie Eurostar, le train à grande vitesse épargnerait 90% des émissions de CO2 produites sur le même trajet par un avion car le nucléaire représente plus de 50% du mix électrique de la France et de la Grande-Bretagne.

Quel moyen de transport idéal pour partir en vacances?

Alors résumons, et redevenons concrets. Pour les Belges qui depuis plusieurs années privilégient la France, l’Espagne ou l’Italie pour leurs vacances estivales, quel moyen de transport est le plus respectueux de l’environnement ? "Pour ces destinations-là, il n’y a pas de doute, c’est le train qui convient le mieux, tranche Damien Ersnt. Même s’il faut un peu démystifier à la fois l’avion et le train." Ainsi, il conviendrait de réduire l’énorme différence de pollution que la population perçoit de l’un et l’autre. "Pour une personne seule qui voudrait aller en vacances dans le sud de la France, prendre l’avion ou la voiture est aussi polluant l’un que l’autre. Et le train, même s’il roule à l’électricité qui est moins polluante que l’essence ou le kérosène, il faut beaucoup plus d’infrastructures (des voies ferrées, des gares) mais aussi plus de personnel que pour le faire rouler qu'un avion ou une voiture. Tout cela a un coût qui pénalise l’efficacité énergétique du train."

Les lignes à grande vitesse moins polluantes

Cependant, pas de quoi rendre l’avion plus efficace que le train pour vos destinations au soleil. "En effet car pour aller en France, en Italie ou en Espagne, vous prendrez généralement une ligne à grande vitesse. Ces trains-là sont beaucoup plus occupés qu’une petite ligne sous exploitée de province car le TGV sera bien souvent rempli donc son coût énergétique sera dilué entre davantage de passagers. Dans ce cas, le train sera plus intéressant écologiquement parlant que l’avion."

Au niveau mondial, 67% de l’électricité produite provient d’énergies fossiles (pétrole, gaz, charbon), contre 23% de renouvelable et 10% de nucléaire. En Europe, les énergies fossiles ne représentent plus que 40% du mix électrique.

Alors, l’avion peut-il être plus écologique que le train ? Oui dans certains pays et régions du monde où le mix énergétique est très carboné, ou encore dans les cas précis de trains sous-occupés. Pour ce qui est des destinations de vacances préférées de Belges, le train reste moins polluant.

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