L’autorisation de "Spoutnik", "premier" vaccin russe contre le coronavirus, inquiète les scientifiques

L’autorisation d’un "premier" vaccin contre le coronavirus développé par la Russie, après moins de deux mois d’essais cliniques chez l’homme, suscite des inquiétudes dans la communauté scientifique. Celle-ci estime qu’en l’absence de données complètes sur les essais, il était difficile de faire confiance à ce vaccin.

Annoncé ce mardi par le président Vladimir Poutine, ce vaccin sera mis en circulation le 1er janvier 2021, selon le registre national des médicaments du ministère de la Santé, consulté par les agences de presse russes.


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Pourtant, dans son désir d’être la première dans la course mondiale au développement d’un vaccin, la Russie n’a pas encore mené d’essais à grande échelle permettant de produire des données prouvant son efficacité, une précipitation que les immunologistes et les experts en maladies infectieuses jugent "imprudente".

Absence de données publiques

L’absence de données publiques sur le vaccin russe, notamment en termes de fabrication, de sécurité, de l’immuno-réponse et de prévention de l’infection par le COVID-19, prive les scientifiques, les autorités sanitaires et le public de données essentielles.

Ayfer Ali, spécialiste de la recherche pharmaceutique à la Warwick Business School, en Grande-Bretagne, a mis en garde contre les effets indésirables potentiels d’un vaccin approuvé aussi rapidement.

François Balloux, expert à l’Institut Génétique de l’UCL, estime pour sa part qu’il s’agit d'"une décision imprudente et stupide". "La vaccination de masse avec un vaccin testé de façon inappropriée est contraire à l’éthique", a-t-il ajouté. "Tout problème lié à la campagne de vaccination russe serait désastreux, à la fois en raison de ses effets négatifs sur la santé, mais aussi parce qu’il retarderait davantage l’acceptation des vaccins par la population."


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Une analyse partagée par Danny Altmann, professeur d’immunologie à l’Imperial College de Londres, pour qui les "dommages collatéraux" liés à la diffusion de tout vaccin dont la sécurité et l’efficacité ne sont pas encore connues "exacerberaient de manière insurmontable nos problèmes actuels".

Il est impossible de savoir si le vaccin russe s’est avéré efficace

"Normalement, il faut qu’un grand nombre de personnes soient testées avant d’approuver un vaccin", a dit Peter Kremsner, expert de l’hôpital universitaire de Tuebingen en Allemagne qui travaille sur les études cliniques du candidat vaccin pour CureVac.

Pour Keith Neal, spécialiste de l’épidémiologie des maladies infectieuses à l’université britannique de Nottingham, "il est impossible de savoir si le vaccin russe s’est avéré efficace sans la publication des documents scientifiques à analyser".

Tandis que la Russie se félicite de son vaccin, plus d’une demi-douzaine de laboratoires à travers le monde sont en train de mener des essais pour un potentiel vaccin anti-COVID-19. Plusieurs de ces fabricants, dont Moderna, Pfizer et AstraZeneca, espèrent démontrer l’efficacité et la sûreté de leurs vaccins d’ici la fin de l’année.
 

Sujet sur l'annonce par la Russie à propos de "Spoutnik", dans notre 19h30 de ce 11 août:

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