L'autisme, une denrée rare pour les entreprises high-tech

L'entreprise Passwerk s'est spécialisée dans la mise à l'emploi de personnes autistes et les demandes sont nombreuses
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L'entreprise Passwerk s'est spécialisée dans la mise à l'emploi de personnes autistes et les demandes sont nombreuses - © Tous droits réservés

Aujourd'hui 1 enfant sur 68 est diagnostiqué autiste dans le monde. Cette pathologie peut parfois être une force car certains autistes développent des capacités particulières, notamment dans le domaine informatique. Des aptitudes qui intéressent les grandes entreprises high-tech comme Google ou Apple. En Belgique, une entreprise anversoise s'est spécialisée dans la mise à l'emploi de personnes autistes.

"Mon autisme n'est pas un obstacle pour travailler ici avec les autres. Les gens le prennent en compte. C'est un vrai plaisir de travailler ici. Les gens m'acceptent", confie Bram, 21 ans. Ce jeune homme est autiste et travaille depuis 3 mois dans les bureaux de l'Onem. Il officie au poste de testeur de logiciel.   

Les gens m'acceptent

Du côté des autres employés, le trouble dont le jeune homme est atteint n'engendre quasiment aucune différence par rapport à un collègue lambda. "Ma fille est autiste donc je suis un peu habitué", raconte Léo, qui travaille lui aussi à l'Onem. Néanmoins, il concède qu'il faut parfois "exprimer les choses de manière plus explicite", mais pour lui, cela ne pose aucun problème.

Sensibilisation, formation et suivi

Cet emploi est le premier travail de Bram. S'il l'a décroché, c'est avec l'aide de Passwerk. Cette entreprise a pour but "d'accompagner vers une mise au travail régulière et adaptée les personnes présentant un profil du spectre de l'autisme avec une intelligence normale ou supérieure à la moyenne", et ce "en tenant compte de leurs qualités spécifiques et dans les limites de leurs capacités". 

Grâce à ce service, le jeune autiste a pu bénéficier de l'aide d'un jobcoach : Peter van der Velden. Son rôle est d'accompagner Bram, mais aussi les 30 autres personnes dont il est coach, dans leur nouvel emploi 

"Avant que Bram ne commence ici, j'ai fait de la sensibilisation", explique-t-il. Concrètement, Peter s'est rendu à plusieurs reprises à l'Onem pour rencontrer ceux qui sont aujourd'hui ses collègues. Mais son travail ne s'arrête pas là : "Depuis qu'il a commencé, je viens toutes les deux à trois semaines. Je m'assieds à la table avec Bram. Je lui demande si il y a eu des problèmes", ajoute le jobcoach.

Les personnes qui profitent de l'aide de l'entreprise sont toutes soumises à la même sélection. Après un premier processus de recrutement composé d'un entretien et de tests pratiques, la personne autiste est évalué. "Durant cette évaluation, ils vont avoir des tâches individuelles, des tâches administratives, des tâches en groupe", explique Yolande Pacco, une autre jobcoach de Passwerk. Si ces tests sont fructueux, les candidats peuvent accéder à une formation de 4 semaines. Après cette période, ils sont prêt pour être de véritables testeurs de logiciel.

Les autistes: un atout pour les entreprises

En 10 ans, l'entreprise a déjà formé et mis à l'emploi plus d'une centaine de testeurs de logiciel et de nombreuses entreprises sont demandeuses. "Il y a une grande demande. Ces derniers temps, on ne peut plus répondre à la demande du marché", constate Dirk Rombaut, co-fondateur de Passwerk. "La fonction de testeur de logiciel est très difficile car il faut garder l'attention pendant longtemps. Chaque application doit être testée sinon il y a d'énormes problèmes de productions. Les entreprises veulent être sûres que l'application correspond aux besoins.

Ils retrouvent plus facilement des problèmes dans des séries de programmation

Pour ce genre de tâche, l'autisme n'est pas un frein, il est même un atout. "Ils posent leur attention sur le détail plutôt que sur le global comme une personne neurotypique le ferait. Au-delà de ça, ils peuvent garder une attention soutenue très élevée et peuvent rester concentrés très longtemps sur une même tâche. Ce sont des caractéristiques qui peuvent être intéressantes pour l'entreprise", analyse Fanny Papastamou, doctorante en sciences cognitives à l'ULB.

Ces avantages que représentent les autistes en matière de test de logiciel, les géants Google, Microsoft ou encore Apple l'ont bien compris puisqu'ils misent eux aussi sur leurs capacités intellectuelles. "On a beaucoup d'exemples de personnes qui disent qu'ils retrouvent plus facilement et rapidement des détails, des problèmes dans les séries de programmation, dans les pages de site web, etc", ajoute la chercheuse. 

73.500 autistes en Belgique

Mais le cas de Bram, qui apprécie son nouveau travail, n'est pas assimilable à toutes les personnes autistes. En Belgique, on estime que l'autisme touche environ 73.500 personnes, soit environ une personne sur 150 mais il existe différentes formes d'autisme. Chacune engendre des comportements variables et s'accompagne parfois de déficience mentale.

L'enracinement dans le travail est donc adapté au cas par cas et tous ne sont donc pas destinés à devenir des génies de l'informatique. 

Archives : Journal télévisé 03/11/2018

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