L'armée belge dispose d'avions ravitailleurs… sans les avoir achetés !

Un petit pays dispose naturellement d’une petite armée, qui doit donc faire des choix. Ainsi, si la Composante Air dispose d’avions de combat et de transport, elle n’a pas les moyens d’investir dans des avions ravitailleurs. Elle n’est pas la seule dans ce cas et l’Agence Européenne de Défense a donc eu l’idée d’un partage des coûts, en créant une unité commune.

9 avions, 6 pays

Les Pays-Bas disposaient d’anciens modèles de ravitailleurs qu’il fallait remplacer. En toute logique, c’est la base d’Eindhoven, où ils étaient abrités, qui a été choisie pour accueillir les nouveaux aéronefs. Cet été, les deux premiers Airbus A330 MRTT (pour Multi-Role Tanker Transport) sont donc arrivés, accompagnés par du personnel international. Car en plus de la Belgique et des Pays-Bas, le Grand-duché de Luxembourg, la Norvège, la République tchèque et l’Allemagne font partie du programme.

Mais la particularité de l’unité, c’est qu’aucun pays n’est réellement possesseur du moindre avion. Malgré l’immatriculation néerlandaise, c’est bien l’Otan qui les a achetés et qui les prête à chaque Etat en fonction de leur quote-part financière. C’est en quelque sorte du car-sharing, ou plutôt du "plane sharing" dans ce cas de figure. En ayant investi un peu plus de 250 millions d’euros, la Belgique a droit à 1000 heures d’utilisation, soit un peu près 10% du total. Elle peut aussi revendiquer 10% du personnel, navigant ou non. C’est donc pour cela qu’on trouvera à terme huit équipages belges sur le sol néerlandais.

Pas que du ravitaillement

La particularité de ces Airbus A330 MRTT, c’est qu’ils sont, comme le nom l’indique, multirôles. Un seul avion peut transporter 267 passagers, 45 tonnes de fret et 110 tonnes de carburant, sans changer de configuration.

Car le kérosène qui est utilisé lors des ravitaillements en vol provient directement des réservoirs de l’Airbus. Il n’y a pas de citernes supplémentaires ou de manipulations à effectuer. Seule la configuration d’évacuation médicale nécessite des aménagements dans la cabine. Trois des neuf avions seront dévolus à cette fonction et stationnés à Cologne plutôt qu’Eindhoven.

Capable de parcourir plus de 8000 km d’une traite, l’A 330 MRTT offre à la Belgique une capacité unique dans son histoire aéronautique militaire. Elle sera enfin capable de ravitailler aussi bien les F-16 actuels que les futurs F-35.

Et si on utilise l’indicatif futur, c’est parce que pour l’instant, l’unité n’est pas encore pleinement opérationnelle. La plupart des vols effectués pour l’instant sont des vols d’entraînement ou de formation des équipages. Il faut également parvenir à trouver ses marques dans une logistique impliquant autant de nationalités différentes. C’est évidemment moins pratique que de gérer sa propre flotte, mais c’est bien moins onéreux.

En schématisant, on pourrait dire qu’on applique à l’aéronautique les recettes éprouvées en automobile avec l’autopartage. Sauf qu’ici, les montants investis sont un rien plus importants.

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