L'Argus Team: ces citoyens qui traquent les pédophiles sur les réseaux sociaux

L'Argus Team: ces citoyens qui traquent les pédophiles sur les réseaux sociaux
L'Argus Team: ces citoyens qui traquent les pédophiles sur les réseaux sociaux - © STEPHAN ENGLER - BELGAIMAGE

Ils sont une cinquantaine et ont lancé l'Argus Team à la fin de l'année 2019. Leur "mission"? Traquer ceux qu'ils appellent pédocriminels sur les réseaux sociaux. "Jusqu’à il n’y a pas très longtemps, avant l’avènement de tous ces réseaux sociaux, le pédophile était dans la rue. Aujourd’hui, il est sur tous les réseaux sociaux, quels qu’il soient", constate Yves (nom d'emprunt pour éviter toute vengeance ou représailles de la part de ceux qu'il traque).

Pour débusquer les prédateurs sexuels, leur technique est simple: créer des faux profils d'enfants de 12 ou 13 ans, et inscrire ces profils sur des groupes Facebook en vogue chez les ados (comme des groupes de fans de stars, par exemple). "En m’inscrivant sur ces groupes, lorsqu’on voit que le profil de mon enfant est là en tant que nouveau membre, ils viennent directement me contacterDès qu’il y en a eu un ou deux qui m’ont ajoutée, j’en ai eu très vite pas mal qui  sont venus. Donc ça a été vraiment très très rapide", raconte une "interceptrice" de l'Argus Team qui a créé récemment un faux profil d'une enfant âgée de 13 ans. Elle ajoute : "En trois mois d’interception, j’approche le chiffre 20. On a à peu près entre 15 et 20 présumés pédo-criminels". 

Des adultes viennent parler aux enfants. On leur spécifie bien l’âge de l’enfant qui tourne autour de 12-13 ans, mais ça ne les arrête jamais. Très rapidement, on a des photos, des vidéos d’eux-mêmes, de sexe, un peu plus hard où ils se masturbent… ou autre 

Les membres de l'Argus Team se préparent afin d'être les plus crédibles possibles vis-à-vis des adultes qui les approchent: ils apprennent à écrire avec le langage SMS comme le feraient des enfants de 12 ans, ils utilisent leur faux profil uniquement entre 17h et 21h (après l'école, jusqu'à l'heure du coucher). Leur objectif, c'est que la peur change de camp: "On veut que ces pédocriminels ne sachent plus à qui ils s’adressent : est-ce qu’ils s’adressent à un réel enfant ou à quelqu’un de la Team Argus?"

Certaines conversations avec des présumés pédocriminels peuvent durer plusieurs semaines. "On mène des enquêtes pour aller jusqu’au bout, et une fois qu’on est sûrs de notre dossier, on les dépose à la justice, explique Yves. On leur amène toutes les conversations Messenger qu’on aura eues, on fait des screenshots au fur et à mesure parce que certains effacent leurs photos ou vidéos dès qu’ils les ont mises. Et tout ça, ça constitue un dossier qu’on amènera à la justice".

Pas d'incitation

Pour que les dossiers aboutissent à une procédure judiciaire, les membres de l'Argus Team respectent toute une série de règles, notamment celle de ne pas être dans l'incitation. "Je ne vais jamais faire une demande d’ami à quelqu’un moi-même, c’est toujours eux qui viennent m’ajouter, précise l'interceptrice. On ne peut pas les inciter du tout. C’est-à-dire qu’on va lui montrer qu’on reste un enfant qui est choqué par ses propos. On va mettre une réaction comme "Ah mais c’est pas normal", "C’est bizarre". Les "traqueurs" insistent également sur l'âge de leur faux profil: "Régulièrement il faut bien leur répéter l’âge. Il ne faudrait pas que la justice vienne nous dire qu’on leur a dit une seule fois qu’on avait 12 ans et que la personne ait complètement oublié".

Ces méthodes, les membres de la Team Argus les tirent de la Team Moore, lancée en France en mai 2019. Ses membres vont d'ailleurs un pas plus loin que leurs homologues belges puisqu'ils acceptent les rendez-vous donnés par les pédocriminels avec qui ils échangent sur les réseaux. Ils se présentent donc devant ces derniers avec une caméra, les confrontent à leurs propos et mettent la vidéo en ligne. Une méthode elle-même inspirée des "chasseurs de pédophiles" britanniques. Au Royaume-Uni, d'après le National Police Chiefs Council, il existe 190 groupes de ce type. Les autorités tolèrent leur existence et la police collabore même avec eux pour organiser des arrestations. 

On voudrait avoir vraiment un cadre légal

La Team Argus réclame d'ailleurs un cadre légal pour leur action, ils veulent une vraie collaboration avec la police. "Nous on les signale à la police, on vient leur amener des cas, explique Yves. On a même dans notre mouvement des policiers qui nous ont rejoints, qui travaillent avec nous de manière citoyenne. En aucun cas, ils se servent de leur statut de policier pour nous aider. Mais ils ont des enfants et ils sont prêts à nous aider car ils savent qu’ils manquent de moyens. C'est une collaboration uniquement officieuse. On voudrait avoir vraiment un cadre légal, un cadre citoyen pour pouvoir aider la police".

Pour l'instant, les dossiers transmis par la Team Argus (qui n'a que quelques mois) sont entre les mains de la justice et n'ont débouché sur aucune condamnation. De son côté, la police fédérale dit connaître le phénomène et traiter les informations reçues par ce genre de collectif. Elle déconseille toutefois les membres d'aller jusqu'à intercepter physiquement des présumés pédophiles, comme c'est le cas en Royaume-Uni ou en France, estimant que cela représente des risques sur le plan personnel et procédural. 

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