L'appel aux neurosciences, sources d'innovation dans les pratiques scolaires

L'appel aux neurosciences, sources d'innovation dans les pratiques scolaires
L'appel aux neurosciences, sources d'innovation dans les pratiques scolaires - © FRED TANNEAU - AFP

Dans un peu plus d’une semaine, ce sera le grand retour sur les bancs de l’école. A quelques jours de la rentrée, on se pose cette question : et si les progrès scientifiques pouvaient faire évoluer les pratiques scolaires ? Ainsi, de plus en plus d’outils pédagogiques sont amenés, notamment par la neuroéducation. "La neuroéducation, aussi appelée neuropédagogie ou neurosciences éducative, est le rapprochement de deux disciplines, deux domaines de recherche, à savoir les neurosciences et les sciences de l’éducation d’autre part. C’est une approche qui étudie les mécanismes cérébraux liés aux apprentissages scolaires et à l’enseignement dans le but de mieux comprendre et parfois d’apporter des pistes de solution à certaines problématiques éducatives, " explique Natacha Duroisin, Docteur en sciences psychologiques et de l’éducation, et également chercheuse à l’UMons.

En termes de mécanismes d’apprentissage, on observe également quelques avancées, comme par exemple, l’utilisation de stratégies qui sont efficaces, telles que le fait de se poser des questions quand on a lu un texte, en tant que manière de procéder. "Cela permet de consolider l’information en mémoire et de la retenir sur le plus long terme. Bien souvent, quand on pose des questions aux élèves, quand on les questionne sur la manière dont ils étudient, ils disent qu’ils relisent à plusieurs reprises, qu’ils réécrivent leur cours ou qu’ils surlignent dans leurs notes. La recherche a montré que tout cela n’était pas des stratégies efficaces d’étude. Par contre, l’auto questionnement par rapport aux lectures qui ont été faites est vraiment une stratégie efficace," assure la chercheuse. "Cependant, afin de bien comprendre, il faut d’abord remettre les choses en contexte et au lieu d’employer le terme neurosciences pour expliquer comment fonctionnent les élèves cognitivement et de dire que les neurosciences apportent des solutions aux enseignants pour améliorer leurs pratiques pédagogiques, il serait plus juste de dire que les neurosciences apportent un certain nombre d’éléments sur la manière dont fonctionne et évolue cérébralement l’individu," précise-t-elle.

Des méconnaissances des stratégies existantes

Et du côté des enseignants, comment ces recherches en neuroéducation peuvent-elles améliorer leur enseignement ? "Pour poursuivre l’exemple que je donnais sur les stratégies, il est avant toute chose nécessaire que les enseignants sachent qu’il y a des stratégies efficaces, et à l’heure actuelle, peu d’informations circulent. Ce type d’informations n’est pas présent dans les programmes d’étude. Bien souvent, ces programmes mettent en évidence les contenus Bien souvent, les programmes d’études mettent en évidence les contenus à aborder lors des cours et on retrouve dans les programmes très peu d’éléments qui offrent à l’enseignant des pistes pour dire " OK, c’est comme ça qu’il faut procéder ". Il y a donc cette première chose : les enseignants doivent être informés des stratégies qui fonctionnent."

Les enseignants doivent s’emparer de ces théories et stratégies

Ce qu’il manque donc pour le moment, ce sont des tests en situation réelle, tel que l’affirme Natacha Duroisin. "À l’heure actuelle, il n’y a pas réellement de transfert automatique ; il faut bien s’en rendre compte. On a avancé, la science progresse, elle apporte un certain nombre d’explications sur le fonctionnement et le développement cérébral, sur le cognitif des apprenants, mais il est encore trop tôt pour des transferts de type automatique. Il faut donc vraiment que les enseignants s’emparent de ces théories, des théories justes et pas des fausses croyances basées sur ce qu’on appelle les neuromythes. Par exemple, en discutant parfois avec des enseignants, ils nous disent : " oui, mais ils existent huit types d’intelligence "… Non. Ç’a été une théorie à un moment donné qui a été donnée par certains chercheurs, mais à l’heure actuelle on sait que la théorie des intelligences multiples n’est pas une théorie correcte. Il est donc dangereux de s’accaparer certaines de ces théories, qui par ailleurs n’ont pour certaines pas été validées scientifiquement, et d’imaginer qu’on va les transposer directement dans la classe. Le transfert n’est pas automatique et il demande vraiment un travail important, notamment avec des chercheurs."

Cette universitaire rappelle enfin, qu’il est important de garder un esprit critique face aux théories et face aux nouvelles théories qui sont parfois très séduisantes, mais qui apportent en fin de compte peu d’éléments pratiques, dont ce qu’il faut faire en classe avec des élèves en contexte réel.

 

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