L'appel à l'aide du secteur festif "qui est en train de disparaître", "c'est la catastrophe !"

Illustration - Sans perspective aucune, les discothèques et organisateurs de soirée tirent la sonnette d'alarme.
Illustration - Sans perspective aucune, les discothèques et organisateurs de soirée tirent la sonnette d'alarme. - © OLI SCARFF - AFP

La décision de fermer, à nouveau, pour un mois minimum les bars et cafés bruxellois est un nouveau coup de massue pour le secteur, mais pas seulement pour eux.

Le monde de la nuit tire à son tour la sonnette d’alarme. Si certains clubs et discothèques, et c’est loin d’être la majorité, ont réussi à survivre jusqu’ici, c’est parce qu’ils avaient aussi l’agrément bar ou café. Mais avec cette nouvelle fermeture, c’est un nouveau bâton dans les roues et un avenir sans perspective qui s’annonce.

Sans oublier que c’était déjà le cas pour les festivals.

Des mesures de survie, mais pas de perspective

"Les lieux de nuit est l’un des premiers secteurs qui a fermé. On a d’ailleurs assez vite compris que cela n’allait pas rouvrir vite", explique Lorenzo Serra, porte-parole et cofondateur de la fédération Brussels By Night. Mais si "les premiers mois, on a trouvé ça normal qu’on ne parle pas du secteur de la nuit comme on n’a pas parlé d’autres secteurs. L’urgence n’était pas là, elle était sanitaire. Après, il fallait rouvrir l’économie de manière globale et bien sûr, il fallait commencer par, sans doute, les écoles et d’autres secteurs plus faciles à rouvrir que le secteur festif. Et c’est sûr que jusqu’à la mi-juin, tout le secteur trouvait ça normal qu’on ne parle pas de ça. Malheureusement depuis il n’y a pas beaucoup de travail qui a été fait pour tenter de trouver des solutions", regrette-t-il.

Et ce n’est pas faute d’avoir essayé en interpellant "le politique au niveau fédéral, régional et communal". Si les deux derniers discutent avec le secteur, force est de constater que, sept mois plus tard, ils ne planchent que sur des "mesures de survies, des aides financières".

"À l’arrêt ces établissements ont des coûts énormes"

Or ces aides financières sont loin de compenser les pertes et frais actuels, estime Lorenzo Serra : depuis le mois de mars, "en Région de Bruxelles-Capitales, il y a eu une prime de 4000 euros, prime unique. Maintenant, on parle d’une prime pour les bars, et les discothèques vont en bénéficier aussi, de 3000 - 4000 euros. La commune de Bruxelles-Ville a sorti une prime supplémentaire de 2000 euros et la Région bruxelloise va encore sortir une prime de 3000 à 9000 euros. Donc si on additionne, on va arriver à 15.000 euros. Or, il faut savoir que les coûts fixes d’un lieu nocturne à Bruxelles se situent entre 8000 et 45.000 euros par mois (sont compris dans ces montants : les loyers qui vont entre 5000 et 30.000 euros en fonction de la taille de l’établissement ; les prêts sur le matériel sons et lumières et l’investissement mobilier ; et les assurances). Donc vous imaginez après un an de fermeture si vous avez 25.000 euros de coûts fixes par mois, cela donne 300.000 euros de paiement qui sont partis à la poubelle sans aucune perspective de réouverture". A cela s’ajoutent les coûts sur le personnel car "même s’il y a le chômage économique, le treizième mois et le pécule de vacances doivent être payés" par l’employeur.

D’ailleurs, sans aucune perspective de réouverture, "beaucoup vont se mettre en redressement judiciaire ou en faillite, ça, c’est une certitude ! Il y a déjà un établissement, FFORMATT dans le centre de Bruxelles, qui a déclaré qu’il ne rouvrirait pas. D’autres vont suivre. A ma connaissance, il y en a déjà trois qui sont en redressement judiciaire…".

L'"ignorance" d’un secteur "qui est en train de disparaître"

Or, au niveau fédéral, on ne semble pas s’intéresser à cette problématique, affirme Lorenzo Serra. Et il est loin d’être le seul à le dire, tout le secteur le pense. "Lors des dernières déclarations gouvernementales, on n’évoque même par le secteur. Or c’est un secteur économique d’importance, surtout en Région de Bruxelles-Capitales puisqu’il a une grande visibilité en termes d’économie, de tourisme et d’image. On sait qu’une mégapole avec une nuit dynamique et ambitieuse attire beaucoup les jeunes. Et sans nuit ambitieuse, les jeunes se tournent vers d’autres grandes villes", explique le porte-parole et cofondateur de la fédération Brussels By Night.

"On voit bien que certaines personnes ne réalisent pas l’importance de ce secteur, pas qu’au niveau festif. Le milieu de la nuit est quand même en majorité géré par des chefs d’entreprise qui sont des gens responsables et qui, si un protocole est mis en place, ils vont le respecter", ajoute-t-il. "Aujourd’hui, les seules images que l’on transmet au public sont des images de soirées clandestines, de fêtes qui ont lieu à gauche et à droite,…S’il y a des excès à tous les niveaux, le secteur festif est aussi un immense terrain d’expression, de créativité. Beaucoup d’artistes naissent dans les lieux de nuit". Il y a d’ailleurs des clubs qui, comme le Fuse, "font la réputation de la Belgique dans toute l’Europe" et "nous sommes aussi une vraie terre de festival".

Par ailleurs, il rappelle que "c’est un secteur où le nombre d’acteurs n’est pas forcément si élevé. Donc ce n’est pas un secteur qui est si cher à sauver". Et de rappeler que "dans une démocratie, on a le droit au travail et le droit de choisir son travail. Donc, quand on demande à un secteur entier de s’arrêter, il faut le dédommager".

Pour lui, il est donc "temps de venir au chevet d’un secteur qui est complètement en train de disparaître !".

Des fêtes clandestines pour les remplacer

Ces nouvelles mesures, on le sait, ont été prises pour tenter d’endiguer cette nouvelle vague de contaminations, mais pour Lorenzo Serra, c’est une erreur.

"Tous ces établissements se sont organisés, depuis des années, pour encadrer la fête. On a l’habitude de gérer les problèmes d’alcool, les problèmes de drogues, les problèmes de harcèlement. Et donc, s’il n’y a plus de lieux festifs, la fête, comme aujourd’hui, elle est clandestine, elle est sauvage. Et cela veut dire qu’elle part sans garde-fou", dit-il.

Et d’ajouter : "Avec la fermeture des bars aujourd’hui, ce sont des gens qui vont faire la fête dans le Brabant wallon ou en Flandre ou en Wallonie. Et puis, ils reprennent la route après avoir trop bu parce qu’ils sont allés faire la fête chez quelqu’un d’autre ou dans un bar à l’extérieur de Bruxelles".

"Les problèmes de drogues sont tout aussi dramatiques. Parce qu’il faut savoir qu’il y a des drogues, si vous prenez un millilitre de trop, vous faites une overdose. Donc si les problématiques de la nuit ne sont pas encadrées, on part vers de vraies catastrophes !".

"Un état des lieux" pour "une réouverture la plus rapide possible"

Pour le secteur, il faut donc "un état des lieux du monde de la nuit qui est catastrophique financièrement. Et donc il faut venir au chevet du malade en urgence pour sauver ce secteur parce que ce secteur permet d’encadrer toute la vie festive et donc de le protéger. Et se retrouver le plus vite possible à table pour mettre en place un protocole de réouverture, et franchement de faire une réouverture la plus rapide possible en connaissance de cause de ce virus. Parce qu’aujourd’hui, ce monde n’a pas de perspective de réouverture. On ne peut pas dire aux gens de vivre sans perspective. On veut être entendu à tous les niveaux. C’est vraiment un cri d’alarme. Si on ne fait rien, qu’on ne vient pas avec des protocoles, la fête se passe ailleurs. Aujourd’hui on danse partout et la contamination est plus importante parce qu’ils font la fête partout, sauf dans des lieux assez grands et ventilés".

 

 

 

Le "monde de la nuit" déçu par le CNS de juillet dernier (extrait JT)

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