L'apesanteur peut-elle aider à guérir du cancer ? L'expérience belge dans la station spatiale chinoise

La Chine a lancé, il y a quelques jours, le premier module de sa station spatiale qui orbite désormais à 450 kilomètres autour de la terre. Une équipe de chercheurs belges était particulièrement attentive au succès de l’opération. C’est, en effet, à bord de cette station, qu’ils collaboreront à une expérience inédite. Son but : tester si l’apesanteur peut aider à guérir du cancer.

Une des dix études sélectionnées pour aller à bord de la station spatiale chinoise

Les Chinois ont réussi à lancer le 1er module de leur station orbitale la semaine dernière. D’ici peu, s’y accolera un laboratoire de recherche à bord duquel une expérience sera menée notamment par des chercheurs belges. Pour se retrouver à bord de la station spatiale chinoise d’ici 2024, l’étude "Tumors in space" a dû être sélectionnée par les Nations unies parmi des centaines d’autres. Au final, seules dix études internationales parmi lesquelles la belge, pourront voler à bord de la station chinoise.

Les organoïdes, reproduction en miniature de l’anatomie humaine

L’étude "Tumors in space" s’avère particulièrement prometteuse. Il s’agit, pour la première fois, de tester l’évolution de tissus cancéreux humains dans l’espace.

"Nous voulons comprendre comment améliorer les traitements contre le cancer, sur Terre", nous explique Sarah Baatout, responsable de l’Unité de radiobiologie au SCK-CEN de Mol.

Concrètement, les scientifiques observeront comment se comportent les cellules cancéreuses ou saines d’un même patient dans les conditions spatiales. "Ce que nous proposons, c’est d’envoyer des mini-tumeurs c’est-à-dire un excellent modèle en trois dimensions et de tester leur comportement dans l’environnement spatial."

Appelés organoïdes, ils reproduisent parfaitement l’anatomie humaine, mais en miniature. Autre caractéristique de l’étude, elle comparera les biopsies de mêmes patients à la fois de tissus cancéreux et sains. Une chose est sûre, ils risquent d’évoluer autrement que sur terre car ils seront en situation d’apesanteur et surtout bombardés par de grosses doses de rayonnements cosmiques.

L’apesanteur au secours des patients cancéreux ?

Sur ce point Sarah Baatout est formelle : "Sur Terre, nous sommes protégés des radiations cosmiques par notre atmosphère mais ce n’est pas le cas dans l’espace. Lors d’une mission aller-retour vers Mars qui peut durer trois ans, les astronautes pourraient être soumis à des radiations mille fois plus élevées que ce que nous avons sur Terre".
 

Par contre, le phénomène d’apesanteur pourrait neutraliser, du moins, en partie les effets des radiations cosmiques. "Notre corps, poursuit Sarah Baatout, évolue grâce aux forces mécaniques entre les cellules, mais aussi la pesanteur. Les cellules communiquent entre elles et la pesanteur sur Terre impose une contrainte mécanique dans nos cellules. Les cellules évoluent et se développent en fonction de cette pesanteur. Un tissu tumoral est généralement plus dur qu’un tissu sain. En changeant le contexte et en plaçant les tissus tumoraux en apesanteur les cellules flottent davantage et changent de comportement ! ".

Vladimir Pletser, ex-candidat astronaute à l’ESA et co-investigateur de cette étude "Tumors in space" fonde beaucoup d’espoirs dans cette étude : "Il semblerait que l’apesanteur aurait tendance à freiner la prolifération des cellules cancéreuses. Est-ce que, à terme, ça pourrait arrêter le cancer, voire le faire disparaître ?"

Ce sont encore des hypothèses et l’étude n’en est encore qu’à ses premiers balbutiements.

L’été prochain, avec l’équipe du CEN, Vladimir Pletser organisera un vol parabolique depuis l’aéroport de Saint-Hubert avec, à son bord, les premiers échantillons d’organoïdes. L’idée est de créer déjà des conditions d’apesanteur et de voir ce qui se passe.

A terme, cette étude est cruciale pour envisager des vols habités de longue durée dans l’espace. Par ailleurs, sur Terre, on pourrait aussi imaginer, à l’avenir, une thérapie basée -pourquoi pas ?- sur l’apesanteur.

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