L'amiante, matériau mortel, est encore présent partout autour de nous

L'amiante, matériau létal, est encore présent partout autour de nous
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L'amiante, matériau létal, est encore présent partout autour de nous - © FABRICE COFFRINI - AFP

Malgré des instructions recommandées dans un rapport confidentiel il y a dix ans à l'école Julie et Mélissa à Grâce-Hollogne, les travaux requis pour se protéger de l'amiante présent dans la cour, les façades des bâtiments et même dans le faux-plafond des classes, n'ont pas été entrepris.

Encore présent dans de très nombreux bâtiments, l'amiante a été longtemps utilisé pour la simple raison qu'il est peu onéreux. Par ailleurs, c'est également résistant au feu, à la traction, aux produits chimiques corrosifs et un bon isolant thermique et électrique.

Autant dire que ce matériau de rêve a rapidement trouvé sa place dans de très nombreuses pièces des maisons et bâtiments :

  • Plâtre d’isolation;
  • marbres d'imitation utilisés dans les appuis de fenêtre et les marches d'escalier;
  • dalles de carrelage ou de revêtement mural;
  • bacs à fleurs;
  • isolation de conduites et conduits de cheminées;
  • joints de chaudières;
  • plaques ondulées ou ardoises;
  • gouttières.

La liste est encore longue, son utilisation est telle que l'OMS estime que 125 millions de personnes dans le monde y sont exposées sur leur lieu de travail.

Bombe à retardement

L'utilisation massive d'amiante a seulement commencé à se résorber dans les années 1970, soit plusieurs décennies après son inondation du marché. Le problème étant que les maladies liées à l'amiante se déclarent généralement 20 à 40 ans après son inhalation.

L'amiante n'est dangereux que s'il est manipulé, détérioré ou transformé : le risque réside dans l'inhalation de fibres invisibles à l’œil nu qui s'en seraient détachées. Cette poussière extrêmement nocive peut provoquer une série de maladies dites "de l'amiante". Notamment, l’asbestose, le mésothéliome (un cancer rare de la plèvre ou du péritoine), des affections pleuropulmonaires, les cancers du poumon et du larynx.

La plupart de ces maladies conduisent bien souvent à la mort. Si le nombre de décès exact est difficile à approcher, les estimations ont de quoi effrayer : l'OMS estimait à 107.000 le nombre de morts dans le monde pour la seule année 2004 tandis que l'IHME, un institut de Washington plaçait la barre à 220.000 en 2016.

Selon cette dernière étude, 2800 personnes en sont mortes en Belgique en 2016, soit près de 25 décès pour 100.000 habitants, faisant de notre pays le quatrième le plus meurtrier par habitant derrière le Royaume-Uni, les Pays-Bas et l'Italie. Bernard Hermans, directeur technique du laboratoire a-ULaB, précise toutefois qu'"il est délicat d'attribuer un décès au cancer des poumons puisqu'il est multifactoriel. La cigarette et l'amiante fonctionnent en synergie. Le nombre de décès pourrait tout aussi bien être sous-estimé".

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L'amiante dans le monde

Le premier pays à interdire certaines utilisations de l'amiante est le Danemark en 1972. L'Islande l'interdira complètement en 1983. Il faudra attendre 2001 pour qu'un arrêté royal y mette fin sur le territoire belge. L'Union européenne ne l'imposera qu'en 2005.

Son interdiction est encore loin d'être généralisée dans le monde, certains pays fortement industrialisés tels que la Russie ou la Chine l'utilisent encore massivement. Ces deux pays représentent, avec le Kazakhstan, 90% de la production mondiale. D'autres, comme les États-Unis ne s'en servent plus malgré que rien ne soit indiqué à ce sujet dans leur loi américaine.

En décembre 2016, Radio-Canada publiait une carte des pays qui ont banni l'emploi du matériau meurtrier :

Pays qui ont interdit l'amiante

Map created by radio-canada-gobeil in CARTO

Plus récemment, en décembre 2017, le Brésil, 3e producteur mondial d'amiante, décide de divorcer avec l'amiante.

Inventaire amiante

Depuis le 1er janvier 1995, tout employeur est tenu de rédiger un inventaire de tout ce qui contient de l'amiante dans l'entreprise. Cela permet de se prémunir du détachement de fibres lors de tous travaux éventuels, ne pouvant être entamés avant la publication d'un inventaire.

L'inventaire est produit à l'initiative de l'employeur avec l'aide de la prévention du travail ou, à défaut, la délégation syndicale, des techniciens chargés de la maintenance et de l’entretien des bâtiments, et les travailleurs. Pour éviter toute contestation, l'employeur a tout intérêt à laisser l'un des 18 laboratoires belges agréés réaliser l'inventaire, mais il n'est en aucun cas contraint à y recourir.

"Il n'y a pas de procédure unique en Belgique pour établir une évaluation du risque. On se base sur des méthodes américaines par exemple", précise le directeur technique du laboratoire a-ULaB. "Mais une pièce est étiquetée quelle que soit sa concentration." L'inventaire ne couvre que les parties accessibles, sauf "pour démolition ou travaux, auquel cas il faut parfois percer dans un mur".

Cet inventaire est le point de départ d'un programme de gestion visant à réduire l'exposition des travailleurs à un niveau aussi bas que possible. Il impose une évaluation annuelle des pièces amiantées. Selon plusieurs critères, dont la difficulté d'accès aux pièces ou parties du bâtiment qui contiennent de l'amiante, les mesures seront plus ou moins contraignantes, comme l'explique Bernard Hermans : "Cela va de l'enlèvement à l'interdiction d'y toucher. Il est parfois utile de réparer ou de recouvrir de peinture".

Connaître sa maison

Étant donné que tout bâtiment construit avant 1998 contient de l'amiante et face au danger que représente sa manipulation, il est impératif d'identifier sa présence dans votre maison. Il convient de se renseigner auprès des différents spécialistes du bâtiment ou de faire appel aux laboratoires agréés.

En cas de doute, le portail officiel de la Belgique recommande de ne pas toucher, scier, meuler, découper, poncer, forer, pulvériser à haute pression, endommager ou nettoyer un matériau avec des produits abrasifs en cas de doute sur sa composition. Si vous choisissez malgré tout de traiter vous-même un matériau, prenez les mesures de protections nécessaires en mouillant le matériau, en évitant de l'endommager, en aérant correctement la pièce, en portant un masque à poussières spécial, en évitant d'aspirer la poussière d'amiante et, enfin, en ne la mélangeant pas à d'autres déchets.

Fonds pour l'amiante

Il y a 11 ans, la Belgique mettait en place un fond d'indemnisation pour les personnes qui ont contracté une maladie en raison de l'amiante. Le Fonds Amiante (AFA) ne peut toutefois verser des indemnités aux victimes de mésothéliome ou d'asbestose, maladies directement imputées à la présence du matériau toxique. Toute autre maladie provoquée par l'amiante implique une demande d'indemnisation auprès de l'Agence fédérale des risques professionnels (Fedris).

L'Association Belge des Victimes de l'Amiante se bat pour une indemnisation des victimes de l'amiante ainsi que pour une meilleure connaissance des risques liés à leur présence dans les endroits publics et privés, pour empêcher que de nouvelles personnes soient encore contaminées à l'amiante.

Le matériau mortel a pris une telle place dans notre quotidien que nous devons composer avec. Son omniprésence nous impose de marcher sur des œufs... les écraser serait fatal.

>>> À lire aussi : Procès de l'amiante: "Après 111 ans, justice est faite

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