L'américanisation de la folie

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On connaissait la mondialisation par les McDo, Nike ou MTV, voici à présent l'américanisation de la folie. Selon un article du New York Times, les Etats-Unis seraient parvenus à imposer au monde entier leur vision de la santé mentale.

Les recherches d'un groupe informel d'anthropologues et de psychiatres de tous horizons culturels ont montré que les maladies mentales diffèrent fondamentalement des autres affections médicales, explique le New York Times.

Chaque culture, chaque époque a ses propres folies.

En Asie du sud-est, "l'amok" est typique : c'est une rage meurtière suivie d'amnésie qui frappe les hommes. Quant au "koro", qui sévit aussi dans ces contrées, c'est la crainte de voir ses parties génitales se rétracter dans son corps. Dans le croissant fertile du Moyen-Orient, une folie fréquente est le "zar" : une sorte de possession qui voit se succéder des phases de rires, de cris et de chants.

On observe pareille diversité à travers les époques. Nos folies contemporaines sont bien différentes de celles des hommes et femmes du 19ème siècle : longues déambulations en transe pour les premiers, paralysie hystérique des jambes pour les secondes...

Au nom de la science

Inutile de préciser que l'intervention des médecins, prêtres, chamanes et autres psys dans l'identification des symptômes a un impact sur leur "succès" : il est des périodes et des régions où l'on se concentre sur les convulsions, l'incapacité de parler, d'autres où l'on s'arrête surtout sur les maux de ventre ou les problèmes de flux nerveux.

Depuis un siècle, c'est la médecine occidentale qui impose de façon agressive sa vision de choses, au nom de la science. Les médecins occidentaux exportent leurs traitements et donc aussi leur catalogue de symptômes : anorexie, trouble de stress post-traumatique ou dépression gagnent du terrain.

Epidémie d'anorexies

A Hong-Kong, un médecin chinois a ainsi noté que l'explication donnée dans les médias d'un cas de mort due à l'anorexie en 1994 s'inspirait exclusivement du modèle américain. Et pourtant, au cours des années précédentes, il avait pu constater que l'anorexie qu'il observait chez les très rares cas hong-kongais était bien spécifique et n'ai rien à voir avec une quelconque obsession de maigrir mais bien avec des estomacs ballonnés.

Depuis lors, les cas d'anorexie observés par ce médecin à Hong-Kong ont été multipliés par dix, entraînant un nouvel intérêt médiatique qui a son tour a favorisé l'émergence d'une affection extrêmement rare dix ans plus tôt...

Cette vision occidentale de la médecine va de pair avec une foi immodérée dans la nécessité de parler des émotions mais aussi dans le rôle des médicaments. Et là, le New York Times met en garde : ce n'est pas nécessairement la solution au stress psychologique déclenché par la modernisation et la globalisation. Il faut au contraire respecter les conceptions et les médecines locales.

JFH

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