L'Allemagne s'apprête à vivre une grève ferroviaire historique

Des passagers attendent sur le quai d'un gare à Munich pendant une grève ferroviaire, le 18 octobre 2014
Des passagers attendent sur le quai d'un gare à Munich pendant une grève ferroviaire, le 18 octobre 2014 - © Tobias Hase

L'Allemagne va vivre à partir de mercredi sa plus longue grève ferroviaire depuis 20 ans, avec un arrêt de travail de cinq jours des conducteurs de train, au moment où le pays fête l'anniversaire de la chute du Mur de Berlin.

Le conflit mené depuis des semaines par les conducteurs de la Deutsche Bahn pour de meilleurs salaires et une réduction du temps de travail, semble s'enliser.

Mardi, pour la sixième fois depuis début septembre, le syndicat allemand des conducteurs de trains GDL a appelé à une grève de cinq jours, entre mercredi 15H00 (14H00 GMT) et lundi 04H00 (03H00 GMT).

Le mouvement concernera d'abord le fret uniquement, puis le trafic passagers à partir de jeudi 02H00 locales (01H00 GMT), selon un communiqué du syndicat.

Cinq jours de grève, c'est du jamais vu depuis la transformation de la compagnie ferroviaire allemande en société de droit privé (Deutsche Bahn AG) en 1994.

La direction s'est dite "sans voix" après l'annonce du conflit. "Alors que les gens se réjouissent de fêter les 25 ans de la Chute du Mur le 9 novembre, GDL, en appelant à la plus longue grève dans l'histoire de la Deutsche Bahn, souhaite que la vie s'arrête dans notre pays", a-t-elle critiqué dans un communiqué.

La compagnie ferroviaire, qui devait annoncer en début de soirée un dispositif de substitution, a demandé à GDL de retirer "immédiatement" son appel pour "revenir à la table des négociations".

La dernière grève des conducteurs de train allemands remontait aux 18 et 19 octobre : déjà, GDL n'avait pas hésité à cibler un week-end de vacances, brisant un tabou dans un pays où les mouvements sociaux sont en général assez policés.

Auparavant, les conducteurs de trains avaient déjà mené quatre grèves depuis début septembre.

"Tant que Deutsche Bahn ne reconnaîtra pas les droits fondamentaux des membres de GDL, le conflit ne trouvera pas de solution", a soutenu mardi le syndicat.

Un mouvement de plus en plus critiqué

 

GDL réclame une augmentation des salaires de 5% et une réduction de deux heures de la semaine de travail des conducteurs.

Autre point de friction et casus belli pour le bouillonnant leader de GDL, Claus Weselsky : le refus de la Bahn de négocier avec le syndicat des accords salariaux pour des catégories de personnels autres que les conducteurs de train, vivier historique de GDL.

Le syndicat, à la taille plutôt modeste (19.000 adhérents sur 196.000 salariés de la Deutsche Bahn), est en concurrence avec une autre centrale, EVG, qui représente d'autres catégories de personnels de bord de l'opérateur du rail allemand.

Depuis un bon moment, direction et syndicat campent sur leurs positions et se rejettent la faute de prendre en otage les Allemands. Et le week-end dernier, un énième round de négociations a, encore une fois, échoué.

Les milieux syndicaux eux-mêmes ont de moins en moins de sympathie pour le mouvement et GDL est de plus en plus critiqué pour son intransigeance, y compris par les médias allemands.

Le président de la confédération syndicale (DGB) Reiner Hoffmann s'est dit mardi matin "horrifié" par la manière d'agir du président de GDL, Claus Weselsky.

Même agacement au sein de la classe politique, à gauche comme à droite : M. Weselsky "a perdu toute mesure", s'est énervée la secrétaire générale du parti social-démocrate allemande (SPD), Yasmin Fahimi, interrogée sur le site internet du Spiegel. "J'espère que (GDL) va vite revenir à la raison", a réagi de son côté son homologue du parti conservateur CDU, Peter Tauber, toujours auprès du Spiegel en ligne.

En parallèle des conducteurs de trains, et alors que le gouvernement prépare une loi sur les syndicats, les pilotes de la compagnie aérienne Lufthansa se sont également illustrés récemment avec une dizaine de grèves successives depuis fin août sur fond de conflit sur leurs conditions de fin de carrière.


AFP

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