L'alcool: que peut une loi contre une "culture nationale"?

Que peut-on boire et à quel âge? Notre réglementation sur la vente d'alcool aux mineurs est-elle suffisante ? Une étude de l'université de Liège et de Gand fait le point sur cette question. Théoriquement, il est interdit de vendre ou d'offrir de l'alcool aux moins de 16 ans, les 16-18 ans ne devraient pas avoir accès aux alcools forts, mais la loi n'est pas toujours bien appliquée.

L'interdiction de la vente d'alcool aux mineurs en Belgique est une vieille histoire. La première loi date de 1939 et elle a été revue et complétée en 1983 et en 2009. Pour faire simple, la loi de 2009, appliquée en réalité depuis 2010, interdit de servir de l'alcool à toute personne de moins de 16 ans. Et servir de l'alcool, ça concerne tout le monde, que vous soyez patron de bistrot, caissière de supermarché, mais aussi père ou mère de famille. Servir de l'alcool, ça peut aussi être offrir un verre à la maison. Pour les 16-18 ans, la vente d'alcool obtenu par fermentation, c'est-à-dire le vin et la bière, est autorisée, mais pour les alcools plus forts, obtenus par distillation, comme la vodka par exemple, ça reste interdit. Pourtant, en Belgique près d’un jeune sur deux a déjà goûté à l'alcool avant l'âge de 16 ans. L'étude de l'ULG qui vient d’être publiée,note que cette loi semble n'avoir eu aucun effet en matière de santé publique.

Pour Cécile Mathys, docteur en psychologie qui a codirigé cette étude sur la loi sur l'alcool pour l'université de Liège, la consommation d'alcool chez les jeunes en Belgique reste un problème actuel. " Les chiffres avancés se sont vérifiés. On a collecté en partie des données dans le cadre de cette recherche et un peu plus 40 % des jeunes ont déjà consommé de l'alcool avant 15 ans. "

80% 14-18 ans consomment de l'alcool

Difficile, en revanche, de déterminer si c'est un phénomène en augmentation et si les jeunes boivent de plus en plus tôt. Pour Cécile Mathys, il faut toujours se méfier de cette précocité, que ce soit au niveau de la consommation d'alcool ou d'autres types de conduites. "On a souvent tendance à faire des généralisations à partir d'exemples singuliers." Ce qui est sûr, c’est qu’un peu plus de la moitié des 1200 jeunes rencontrés a consommé avant 15 ans, et presque 80 % — entre 14 et 18 ans — consomment de l'alcool.

Loi trop complexe

Le durcissement de la loi de 2009 n'a donc pas eu d'effet auprès des jeunes. Pour la psychologue, la cause est à trouver dans la complexité de la loi.

Notamment, "parce que les boissons mixtes posent la question de savoir finalement dans quelle catégorie on se retrouve."  Les boissons mixtes sont les boissons alcoolisées qu'on mélange avec des jus de fruits. "Les bières spéciales peuvent aussi se poser. Cette loi complexe mériterait donc plus d'accompagnement  pour se donner encore plus les moyens d'exister. "

Mais la loi, est aussi insuffisante: "On vise une population adolescente qui n'est, par définition, pas rationnelle. Il est important d'investir dans la loi, de la rendre plus claire et de se donner les moyens de l'appliquer. Et aussi d'investir d'autres secteurs, comme la prévention et la sensibilisation, que ce soit des établissements qui vendent de l'alcool, via davantage de contrôles ou la mise à disposition des boissons."

Je ne peux pas, donc je ne consomme pas 
 

Une des recommandations de Cécile Mathys est, par exemple d’indiquer sur les étiquettes que telle boisson est interdite aux moins de 16 ans, et que telle autre l'est aux moins 18 ans. "Je pense que cela permettrait un choix conscient, c'est-à-dire que le mineur ne pourrait plus dire ‘je ne savais pas, je n'avais pas compris ’. Pour ceux qui ont envie de consommer, ça ne va rien changer. Par contre, ceux qui hésitent ou auraient peut-être plus tendance à se conformer se diraient " finalement je ne peux pas, donc je ne consomme pas ".

Qui punir en cas d’infraction?

Ne faudrait pas aussi punir le jeune qui achète de l'alcool et non plus uniquement celui qui le vend aux mineurs d'âge? Une évidence pour Cécile Mathys : "Celui qui est puni aujourd'hui est celui qui vend l'alcool, alors que celui qui est censé démontrer qu'il a l'âge requis est le mineur. Il n'y a pas d'obligation légale pour le vendeur ou l'établissement. C’est au mineur à démontrer qu'il a l'âge requis".
Cette zone de flou ne facilite pas le respect de la loi et son application au niveau des établissements. Aux Pays-Bas, explique la scientifique, Il existe bien une sanction administrative pour les mineurs. Ce pourrait être une option chez nous, sachant que "derrière les mineurs, il y a les parents qui assument".

La conclusion de l’étude pourrait se résumer en une phrase: " boire semble être associé à une forme de culture nationale en Belgique ". Ce qui prouve que la législation n’est qu'une partie du problème, " On est effectivement dans une culture où l'alcool est associé à toute une série d'événements, d'ordre festif, mais également de récompense, de félicitation, de convivialité… "

Reportage dans notre JT 13h :

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