L'agriculture 4.0 pour faciliter le travail de la terre et pallier au manque de main-d'œuvre

Le salon de l’agriculture Agribex, le plus important salon indoor du Benelux pour le secteur, a ouvert ses portes mardi aux professionnels sur le site de Brussels Expo au Heysel. Le grand public est attendu dès mercredi, et ce jusqu’à dimanche.

L’innovation s’invite effectivement dans les fermes et les machines sont de plus en plus intelligentes et performantes pour aider l’agriculteur, mais aussi soulager son travail et aider la terre.

"On est entré dans l’ère de l’agriculture 4.0", explique Dominique Emond, membre de Fedagrim, l’organisateur de ce salon. "C’est une agriculture connectée, dans laquelle non seulement les machines sont de plus en plus performantes, mais pas uniquement en termes de performance rendement, mais également en termes de performance protection de l’environnement et protection du travail."

Le big data pour protéger l’environnement

Il donne l’exemple d’une société autrichienne qui a développé un système de protection de la faune lors de la fauche de l’herbe. "Si vous avez un gibier qui se trouve dans le fourrage à faucher, vous avez des détecteurs qui vont stopper la machine et prévenir le chauffeur pour empêcher de détruire la faune qui est présente dans le fourrage. Un autre exemple est celui de la connexion des machines avec le PC de l’agriculteur à l’exploitation, ce qui va permettre des échanges de données. On est donc complètement dans le Big Data, et ce Big Data va permettre, en analysant les données, de protéger l’environnement. Par exemple, la protection des sols ou la protection des eaux par l’utilisation de moins de phytos ou éventuellement la distribution de moins de nitrates sur les sols, donc il y aura moins de percolations de nitrates dans les eaux des sous-sols."

La machine enregistre toute une série de données lors du passage et elle sait par exemple qu’il y aura plus besoin d’azote à un endroit précis et un autre un peu moins. Quand elle repasse pour retourner la terre ou mettre des engrais, elle a retenu toutes ses informations.

"Un cas très concret : on peut aujourd’hui analyser le taux de chlorophylle des plantes par rapport à la couleur verte de la plante, et grâce à ce taux de chlorophylle, on sait s’il y a effectivement une présence suffisante de nitrates dans les sols ou pas. Et la machine qui va distribuer l’engrais par après va utiliser cette donnée prélevée par rapport à la coloration de la plante pour savoir si elle doit en mettre plus ou moins à cet endroit. La machine a été développée pour pouvoir doser de manière très précise en fonction des différents endroits et des localisations GPS."

La technologie peut être abordable à tout le monde, en fonction de son exploitation

Il s’agit de faciliter le travail de la terre, de faciliter le travail à la ferme. "C’est tout à fait dans le même système. Aujourd’hui, certains travaux à l’exploitation sont astreignants et assez difficiles. Parfois, il est aussi difficile de trouver de la main-d’œuvre, donc certaines machines ont été développées pour faciliter ça. À titre d’exemple, une spin-off de l’Université de Gand a développé un robot pour cueillir les fraises en serre parce que c’est une tâche effectivement très répétitive et sensible, et le robot est capable, parfois mieux qu’un homme, de cueillir la fraise en fonction de sa couleur et de sa maturité."

De manière générale, ce sont tous les agriculteurs de manière générale qui peuvent se mettre à cette agriculture 4.0. "La technologie peut être abordable à tout le monde, en fonction de son exploitation. Le tout est de bien savoir à quel type d’exploitation on a affaire", précise-t-il.

Ce qui peut paraître un peu paradoxal. On essaye de retourner à un travail de la terre, à une exploitation beaucoup plus petite, plus locale, et en même temps on utilise les nouvelles technologies pour plus d’efficacité. Qui va en bénéficier le plus, le petit ou le grand exploitant ?

"Il est tout à fait possible de trouver des machines adaptées à chaque type d’exploitation. Si on prend l’exemple du maraîcher, on est de plus en plus vers de l’exploitation bio, avec du circuit court, et il existe aujourd’hui des robots qui vont aller désherber, enlever les mauvaises herbes entre les plantes, entre les légumes, entre les fruits, et ça peut tout à fait être adapté à des toutes petites exploitations. Et pendant ce temps-là, l’agriculteur, le producteur aura du temps pour valoriser ses produits. Il va donc bénéficier de son temps libre, enlevé à cette tâche astreignante, pour pouvoir valoriser ses propres produits."

Production locale et production de masse

Ce qui modifie tout de même le métier : avant l’agriculteur travaillait la terre, il arrachait lui-même ses mauvaises herbes. Aujourd’hui, il est plutôt celui qui doit valoriser ses produits.

"Je vais faire un petit retour en arrière. Il y a quelques dizaines d’années, les agriculteurs valorisaient leurs produits. Le monde de l’industrie agroalimentaire n’existait pas comme il existe aujourd’hui. Fin des années 50-60, presque tout le monde allait acheter ses produits à la ferme. Donc, pourquoi ne pas revenir à un système comme ça ? Il ne faut pas opposer agriculture locale, marché de distribution local et marché de distribution industriel ou de type industriel, parce qu’il faut quelque part assurer la nourriture pour la planète. Il faut donc produire de la masse à certains moments pour assurer ça. Mais on ne sait bien sûr pas produire de la masse tout le temps et travailler local, donc les deux types d’exploitations vont coexister."

Et selon lui, il serait très compliqué de n’avoir qu’une production locale. "Il y a des énormes plaines de culture, comme l’Ukraine, la Russie, les États-Unis ou le Brésil, où vous avez des terres agricoles, et on ne peut pas penser qu’on ne va plus exploiter ces terres-là parce qu’il n’y a personne autour pour acheter les produits. Elles vont donc être exploitées et ces produits-là vont quand même être transformés et dirigés vers des villes."

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