L'agriculteur français Cédric Herrou condamné en appel pour être venu en aide aux migrants

L'agriculteur français devenu le symbole de l'aide aux migrants à la frontière franco-italienne, Cédric Herrou, a été condamné mardi par la cour d'appel d'Aix-en-Provence (Bouches-du-Rhône, sud-est de la France) à 4 mois de prison avec sursis, rapportent plusieurs médias français. L'agriculteur est plus sévèrement sanctionné qu'en première instance.

L'agriculteur militant, âgé de 38 ans, était poursuivi pour aide à l'immigration clandestine dans la vallée de la Roya, après avoir aidé quelque deux cents étrangers en situation irrégulière à traverser la frontière italienne.

Ce producteur d'olive avait été condamné en février dernier à 3.000 euros d'amende avec sursis lors du procès en première instance au tribunal correctionnel de Nice pour avoir, en 2016, pris un stop des migrants côté italien. Lors du procès en appel, le parquet avait requis huit mois de prison avec sursis. "C'est une peine d'avertissement", lui avait alors déclaré le président du tribunal.

L'agriculteur bio avait en revanche été relaxé pour l'occupation illicite d'un bâtiment désaffecté où il avait abrité une cinquantaine d'Érythréens. Mais la cour d'appel l'a reconnu coupable de ces faits et l'a condamné à 1.000 euros de dommages et intérêts.

À la lecture de la sentence mardi par la juridiction, où une trentaine militants étaient venus le soutenir, un "scandaleux" s'est élevé dans le public, selon le journal Le Monde.

C'est une politique d'extrême droite

"C'est le rôle d'un citoyen d'agir lorsqu'il y a défaillance de l'État", avait déclaré Cédric Herrou à son arrivée à la cour d'appel.

Commentant sa condamnation, l'agriculteur a estimé qu'"on a l'impression que la politique instrumentalise la justice. On est en train de perdre les fondamentaux de ce qu'est la France. C'est une politique d'extrême droite".

"Je dirai à toutes les familles que j'ai aidées que je ne regrette rien, que je l'ai fait avec plaisir. Si l'immigration venait du nord de l'Europe, la justice n'agirait pas comme ça, il y a un racisme d'État", a-t-il encore lancé. "J'invite le parquet à venir dans la vallée de la Roya entendre les familles des quinze personnes mortes en tentant de franchir la frontière. J'attends avec impatience les trente prochaines décennies et on verra qui se retrouvera devant les tribunaux. Je continuerai à me battre. Ils n'ont qu'à me mettre directement en prison, ce sera plus simple", a-t-il poursuivi.

Né en 1979, ce jeune homme mince, barbu et à lunettes, incarne pour ses partisans un héros au grand coeur, alors que ses détracteurs voient en lui un irresponsable.

Sa propriété se trouve à quelques kilomètres de la frontière italienne. Avec l'association Roya citoyenne, il aide les personnes qui arrivent chez lui dans leur premières démarches pour demander l'asile.

Le 24 juillet, il a de nouveau été interpellé et inculpé alors qu'il accompagnait 156 migrants pour qu'ils s'enregistrent à Marseille.

Selon les derniers chiffres de l'Organisation internationale pour les migrations, l'immense majorité des migrants arrivant en Europe par la mer débarquent en Italie: plus de 95 000 sur les quelque 115 000 migrants arrivés entre le 1er janvier et le 2 août, soit 83%. L'Italie dénonce le manque d'entraide européenne et appelle vainement ses partenaires à ouvrir leurs ports aux bateaux.

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