L'agrandissement de l'Antarctique n'est pas lié au réchauffement climatique

Les glaces fondent au Pôle Nord. La banquise s'étend au Pôle Sud. Ce paradoxe est apparent. Il ne remet pas en cause les hypothèses qui expliquent le réchauffement climatique. Dans le bimensuel scientifique Nature communications, des chercheurs de l'UCL valident une théorie sur l'élargissement de la banquise au Pôle Sud.

En couplant des données de satellites et de collectes de température de l'océan austral par des bouées autonomes ou via des bateaux, ils rendent réelle une théorie existante: celle d'un phénomène propre à l'Antarctique. Entre cent et deux cents mètres de profondeur, les eaux sont légèrement plus chaudes. Des échanges se produisent entre cette chaleur et la surface glacée. Mais ces échanges tendent à diminuer avec le temps. "La chaleur qui ne remonte plus à la surface est piégée en profondeur", explique Olivier Lecomte, chercheur en climatologue à l'UCL, "et puisqu'elle est piégée, elle n'est plus disponible en surface pour favoriser la fonte en été ou limiter la croissance en hiver, ce qui a pour conséquence une augmentation de l'étendue de la banquise."

Un impact général

Observé depuis une trentaine d'années, l'élargissement de la banquise est plus limité depuis quelques mois. Est-ce exceptionnel ou l'indication de l'inversion d'une tendance? Trop tôt pour le dire: "Restons prudents. En tout état de cause, l'élargissement n'est pas lié au réchauffement climatique. Il est compatible avec toutes les hypothèses expliquant le réchauffement." Autre particularité de l'Antarctique: la banquise évolue autour du continent et, dans son expansion en hiver, elle n'est pas freinée par les côtes, à l'inverse de l'Arctique qui, lui, est entouré de continents.

Les changements qui s'opèrent sur la banquise ne restent pas aux Pôles: "Les impacts se font à une échelle globale, poursuit Olivier Lecomte. La banquise est un isolant entre l'océan et l'atmosphère, elle réduit les échanges de gaz, elle reflète la lumière du soleil. L'influence sur le climat est locale et globale. La formation de glace en Antarctique a un impact sur la circulation générale océanique et sur les écosystèmes marins locaux."

Mieux comprendre encore l'Antarctique

Les chercheurs ne s'arrêtent pas à cette publication dans l'ouvrage scientifique international. Avec les outils nécessaires à cette étude et d'autres encore à l'avenir, ils souhaitent mieux comprendre l'évolution de la banquise antarctique. "Nous avons besoin de tout et en tout cas de nouvelles observations pour vérifier nos hypothèses. L'étude mise en place propose une sorte de diagnostic qui permet d'évaluer les modèles, leur éventuels défauts. Dans cette démarche, nous pouvons améliorer le système en général et assurer des meilleures prévisions."

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