L'Agneau Mystique en danger?

L'Agneau Mystique en danger ?
L'Agneau Mystique en danger ? - © NICOLAS MAETERLINCK - BELGA

L'adoration de l'agneau Mystique, célèbre retable des frères Van Eyck, refait parler de lui. Habituellement, lorsqu'on en parle dans les médias, c'est pour évoquer un rebondissement dans l'affaire du vol d'un panneau du retable, celui des juges intègres. Une enquête irrésolue depuis 1934... Mais cette fois-ci, rien de tout cela.

Le polyptyque peint en 1432 et exposé à Gand à la cathédrale Saint-Bavon est une des pièces maîtresses des primitifs flamands. Et donc une des prunelles du patrimoine artistique de la Flandre. Si on ne sait toujours pas où se cachent les juges intègres, les médias flamands évoquent aujourd'hui le danger couru par cette oeuvre, aux dires de certains experts. 

Problème d'hygrométrie

L'adoration de l'agneau Mystique a traversé les siècles. Le retable a survécu à l'iconoclasme, il est tombé entre des mains françaises sous Napoléon, et a été convoité par l’Allemagne nazie pendant la seconde guerre mondiale. Mais aujourd'hui, c'est une mauvaise gestion de l'hygrométrie, c'est-à-dire de l'humidité ambiante, qui met le chef d'oeuvre en danger. 

Un musée déjà sous le feu des critiques

Il faut savoir que le tableau est en restauration depuis 2012. Une restauration réalisée par l'IRPA, l'Institut royal du patrimoine artistique, et qui a lieu au Musée des Beaux-Arts de Gand. C'est dans la salle de restauration que le taux d'humidité serait beaucoup trop bas depuis le mois de décembre. Et s'il fait trop sec, la peinture risque de craqueler, de se fissurer. Les restaurateurs se sont officiellement plaints par courrier, courrier relayé début mars dans le Standaard. Ils dénoncent la mauvaise gestion des conditions de conservation par le musée des Beaux-Arts de Gand. 

Notons aussi que cela fait presque deux mois que le Musée des Beaux-Arts de Gand s'attire le courroux d'un certain nombre d'acteurs du marché de l'art, dans l'affaire de la collection Toporovski. L'authenticité de tableaux de l'avant-garde russe prêtés aux Beaux-Arts de Gand est en effet actuellement très contestée.

Nous ne tolérerons aucune négligence

Les deux affaires ne sont en fait peut-être pas sans lien. Face aux soupçons qui planaient autour de la collection des tableaux de l'avant-garde russe exposés à Gand, le ministre flamand de la culture Sven Gatz avait commandité une expertise. Et cette expertise avait été confiée à l'IRPA. Mais, à peine avait elle commencé, que les experts de l'IRPA devaient conclure à leur impuissance : les propriétaires des tableaux surtout, mais aussi les Beaux-Arts se mettaient en travers de leur route. De peur sans doute pour les uns de voir la valeur de leurs tableaux chuter, pour les autres de voir leur crédibilité entachée.

Une nouvelle enquête demandée

C'est donc dans ce contexte de tension entre les deux institutions que les critiques sur la gestion de l'humidité de la salle de restauration apparaissent au grand jour, alors que ces problèmes existent manifestement depuis le mois de décembre. Et hasard du calendrier ou tir groupé, la lettre qui dénonce ces soucis d'hygrométrie est publiée le même jour qu'une lettre ouverte signée par différents directeurs de musées et d'institutions culturelles flamandes. Des sommités qui dénoncent, elles, la gestion catastrophique de l'affaire des tableaux d'avant-garde russe. Ils réclament qu'une nouvelle enquête soit ouverte pour savoir si, oui ou non, ces tableaux sont des vrais.

La bonne nouvelle, c'est que l'appel à l'aide des restaurateurs de l'IRPA n'est pas tombé dans l'oreille d'un sourd. Le ministre-président flamand Geert Bourgeois siffle la fin de la récréation. Dans un communique signé de sa main et de celle du ministre de la Culture, les deux éminences flamandes se montrent particulièrement sévères et un brin chauvins. "Nous ne tolérerons aucune négligence", dit le communiqué. "Il serait intolérable que des facteurs environnementaux menacent la restauration de cette perle de notre patrimoine, l'une des œuvres les plus iconiques des pièces maîtresse du patrimoine flamand." Voilà qui est dit !

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