L'adrénaline du muguet : reportage chez un producteur français

L'adrénaline de la cueillette du muguet
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L'adrénaline de la cueillette du muguet - © RTBF

Le soleil n’est pas encore levé mais comme toujours en avril, les lumières de l’entrepôt sont déjà allumées. Sur le parking, deux pick-up identiques, le blanc qui appartient à Bertrand et le noir qui appartient à Louis. Les deux frères Bouyer sont assis dans leur bureau, déjà occupés à examiner les commandes, les comptes rendus sur l’état des fleurs, les horaires des saisonniers et des semi-remorques.

Il faut dire que la récolte du muguet ne dure que dix jours. Une récolte express qu’il ne faut absolument pas louper : elle rapportera à cet entreprise familiale des abords de Nantes 20% de son chiffre d’affaires, à côté des cultures de poireaux, de carottes et de mâches. Dix jours intenses qui cette année encore, feront perdre à Louis plusieurs kilos. "Pour l’adrénaline, pas besoin de faire du saut à l’élastique : je fais du muguet".

Une heure après notre arrivée sur ce site du bord de Loire, la nuit s’efface enfin et laisse apparaître un parking dorénavant complet. Autour, au plastique blanc recouvrant 8000 hectares de parcelles, viennent contraster des dizaines et des dizaines de petites taches colorées. Ce sont les saisonnières et les saisonniers, qui vont et qui viennent, genoux dans la terre et mains dans le muguet frais.

"Habituellement, on a 30 personnes permanentes, toute l’année, nous explique Louis entre deux parcelles, l’une récoltée, l’autre non. Pour la récolte du muguet, on monte à 350 personnes." Un nombre de mains multiplié par plus de dix car comme le définit Louis, "le muguet est un mangeur de main-d’œuvre" : cultiver un hectare demande 6000 heures de travail, des dizaines de fois plus que toute autre fleur.

Sitôt cueillis, les brins sont envoyés à l’intérieur, dans des boîtes en polystyrène blanc. Pas question de perdre du temps et des degrés, pour cette culture qui mélange intuition et science. Exemple avec cette machine aussi surprenante que bruyante : la calibreuse photographie, analyse puis trie chacun des 4 millions de brins récoltés, selon "la taille de la tige, le nombre de clochettes, l’écart entre la première et la dernière clochette, l’épaisseur du brin".

C’est donc un ordinateur qui décide si le muguet est Super, Extra ou Premier. Trois catégories différentes, trois prix de vente différents, mais heureusement "tous les brins portent bonheur" glisse Louis, juste avant que son téléphone ne sonne. Une nouvelle commande à gérer.

Les brins de muguets ne restent pas bien longtemps dans l’entrepôt, parfois seulement quelques heures. Le travail d’emballage se fait à la chaîne, par des saisonniers cette fois assis, mais tout aussi méthodiques. Parmi eux, on retrouve la grand-mère de Louis et Bertrand. Cinquante ans qu’elle met la main à la fleur sans rechigner, pour aider l’entreprise à tourner. "Quand on aime…" sourit-elle, avant de lancer un clin d’œil à deux de ses petites-filles, occupées elles aussi à la tâche.

D’ailleurs, entre les différentes lignes d’emballage, cet esprit familial se ressent presque autant que le parfum pinçant et frais du muguet. Malgré les tâches répétitives, les saisonniers gardent un visage paisible et souriant. Ils sont de tout genre et de tout âge, "de 16 à 76 ans" selon Louis. Le cogérant regrette néanmoins l’absence de certains habitués cette année, des séniors "qui ont choisi de ne pas prendre de risque, à cause du Covid".

 

En fin de chaîne, des cartons et des cartons disposés les uns sur les autres. Sur leurs étiquettes, des noms bien connus : Delhaize, Carrefour ou encore Mestdagh. Dans la fraîcheur de cet immense frigo, Louis se satisfait d’envoyer "75% de ces paquets en Belgique".

Un semi-remorque, le moteur tournant, attend d’ailleurs sa dernière palette, avant de prendre la route pour Nivelles. A son bord, du muguet qui viendra fleurir plusieurs supermarchés du pays, cinq jours plus tard. A 600km de là, il sera enfin temps pour l'entrepôt de Louis et Bertrand de reprendre un rythme normal.

 

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