L'ADN est-il vraiment d'une efficacité à toute épreuve?

On l’appelle la reine des preuves. En 30 ans, l’ADN s’est imposé dans les enquêtes judiciaires. Le procès de l’attentat du musée juif nous le rappelle encore. Et à en croire les nouvelles techniques, les progrès en la matière sont prometteurs. Mais notre législation est-elle prête ? L’ADN est-il  vraiment d’une efficacité à toute épreuve ?

Dans le laboratoire d’Eurofins dans la région de Bruges, les experts s’affairent autour d’un frottis ADN. Grâce à ce petit bout de coton-tige imbibé de salive, les experts vont pouvoir en extraire l’ADN et ainsi tenter de générer un profil. Une fois le profil dégagé, il est comparé à quatre banques de données. La première est celle des « condamnés » à savoir les personnes ayant fait l’objet d’une condamnation pour un délit ou un crime. La seconde est celle dite « criminalistique ». Elle contient l’ensemble des traces collectées sur les scènes de crime et un certain nombre de suspects. La troisième est celle des « personnes disparues ». Les experts disposent de profils ADN soit de l’entourage de la personne disparue, soit de la personne disparue elle-même. Enfin, la quatrième banque de données est celle des « intervenants ». Un terme qui désigne toutes les personnes pouvant potentiellement intervenir sur une scène de crime. Des personnes dont on pourrait retrouver l’ADN lors des analyses. Cette quatrième banque de données n’est pas totalement opérationnelle notamment en raison de certaines réticences des policiers ou autres magistrats peu désireux de voir leur ADN ainsi collecté.

L’ADN, la reine des preuves ?

En trente ans, les analyses ADN se sont construites une réputation à toute épreuve. Avec des taux de match souvent au-dessus des 95% ; les enquêteurs y font recours très régulièrement. Mais l’ADN est-il vraiment la reine des preuves comme certains aiment l’affirmer ? Selon Dieter Deforce, expert ADN et professeur à l’université de Gand, cette affirmation est à nuancer. « Si on a trouvé un profil ADN simple – correspondant à une seule personne – sur un objet, la probabilité de trouver quelqu’un d’autre qui a le même profil est quasiment inexistante. Mais ça n’est pas toujours le cas. On a parfois des profils ADN mixte -qui correspondent à plusieurs personnes indiquant que plus d’une personne ont été en contact avec la pièce à conviction- là les probabilités ne sont plus de 100%. Et il faut aussi tenir compte du fait que l’ADN est une preuve parmi d’autres. » Une analyse que partage Bertrand Renard, expert ADN à l’Institut National de Criminalistique et de Criminologie (INCC). Selon lui, « il est essentiel de ne pas se dire qu’on va faire reposer l’ensemble du dossier uniquement sur des éléments de preuves techniques. Il faut toujours poursuivre l’enquête plus tactique qui consiste à questionner le voisinage et collecter d’autres éléments que l’on peut avoir grâce à une enquête très classique ».

Les techniques en avance, la législation en retard

Ces dernières années, les évolutions technologiques permettent de travailler encore plus rapidement. C’est le cas du Rapid DNA qui va permettre de réaliser une analyse ADN en deux heures au lieu de trois jours dans un délai normal d’analyse. Délai qui peut être raccourci selon l’urgence à six ou sept heures.

En France, des experts ont mis au point la technique du portrait-robot génétique. « En analysant certaines zones de notre ADN, on va pouvoir dégager certaines indications sur la couleur de la peau, des yeux, des cheveux, la région du monde d’où provient la personne, son sexe, son âge approximatif ou sa tendance à la calvitie par exemple », explique Vanessa Vanvooren, cheffe de biologie à l’INCC. Pas question ici d’établir une photo du suspect mais bien de recueillir un ensemble de caractéristiques morphologiques.

Si les techniques existent, le cadre légal, lui, n’est pas encore adapté. C’est le message de Bertrand Renard. « Sur le plan technique, il y a énormément de choses pour lesquelles on est prêt. Sur le plan légal, on sent bien qu’on est dans un cadre assez restrictif et pour lequel il serait grand temps de prendre le temps du côté du parlement de réfléchir à ces questions. Il faut anticiper ces évolutions ».

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