Accord UE-Mercosur : "Un non-sens de faire traverser des océans à de la viande"

L’accord de libre-échange conclu vendredi dernier entre les pays du Mercosur (Brésil, Argentine, Uruguay, Paraguay) et l’Union européenne inquiète le milieu agricole. "Cet accord est un non-sens climatique, écologique et social", dénonce la Fédération wallonne de l’agriculture (FWA), à l’instar des principaux syndicats agricoles européens.

Discuté depuis vingt ans, cet accord prévoit notamment l’ouverture des pays du Mercosurl à l’industrie européenne, tout particulièrement ses voitures, mais aussi ses produits chimiques et pharmaceutiques, ainsi que ses marchés publics. En contrepartie, ces pays pourront exporter en Europe jusqu’à 99.000 tonnes de viande bovine, 100.000 tonnes de volaille et 180.000 tonnes de sucre par an sans droit de douane. Et c’est là où le bât blesse.

Concurrence

"Dans un contexte économique très difficile pour tous les secteurs de notre agriculture, notre agriculture, et en particulier notre production betteravière et notre élevage allaitant wallon risquent d’être particulièrement impactés", s’inquiète la FWA.

La Fédération nationale du commerce de bétail partage les mêmes craintes. Selon elle, cet accord pourrait "constituer l’arrêt de mort" de la race blanc-bleu-belge. "En effet, les contingents de viande qui seraient octroyés au Brésil, à l’Argentine, au Paraguay et à l’Uruguay seraient essentiellement des pièces à haute valeur ajoutée telles que les entrecôtes et les contrefilets. Actuellement, la différence de prix pour ces pièces entre l’Amérique du Sud et l’Europe est de l’ordre de 5 euros par kilo. Ces arrivées massives vont, par effet domino, pousser également le prix de toutes les autres pièces de boucherie vers le bas", s’inquiète le secrétaire de la fédération Benoit Cassart.


►►► A lire aussi : Automobiles, fromages, pharma : que prévoit l’accord entre l’UE et le Mercosur ?

Témoignage de Laurent Goomans, éleveur de bovins à Liernu (Namur)

Eleveur de bovins à Liernu, Laurent Goomans nous explique également ses inquiétudes. "On a l’impression d’avoir été vendus au bénéfice des intérêts économiques des grandes sociétés", confie-t-il. "On est mis en concurrence avec des viandes d’Amérique du Sud qui ne répondent pas aux mêmes critères […] On nous impose des standards très exigeants pour nos productions en termes de respect du bien être animal et environnemental. Ces contraintes ont un impact économique très important. Pourtant, elles ne sont absolument pas respectées en Amérique du Sud […] Là-bas, les hormones sont autorisées".

Il pointe également l’impact environnemental d’un tel accord. Ces derniers mois, "on a connu les marches des étudiants qui militent pour le climat, c’est un non-sens absolu de faire traverser des océans à de la viande alors qu’on est tout à fait capable de la produire ici", dit-il.

Version finale

L’inquiétude est partagée dans les autres pays européens. Le Copa-Cogeca, principal syndicat agricole dans l’UE, dénonçait ce week-end cet accord. Selon le syndicat, "le fossé entre ce qui est demandé aux agriculteurs européens et ce qui est toléré des producteurs du Mercosur".

L’UE et les pays du Mercosur doivent encore élaborer la version finale de leur accord, qui sera ensuite soumis aux Etats membres ainsi qu’au Parlement européen pour ratification.

Archives : Journal télévisé 19/03/2018

En mars 2018, les agriculteurs avaient déjà exprimé leurs craintes face à un éventuel accord entre l’Union européenne et les pays du Mercosur.

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK