Viesville: fraude au tachygraphe, le conducteur accable ses patrons

L'accident de Viesville
L'accident de Viesville - © rtbf;be

Le temps de conduite aurait été trafiqué dans le camion impliqué dans l'accident mortel, hier après-midi, à Viesville, près de Charleroi. Les enquêteurs ont relevé une fraude sur le tachygraphe, l'instrument de sécurité routière, qui enregistre notamment, les durées de conduite, de repos et de vitesse.

L'appareil indiquait qu'il y avait deux chauffeurs pour se relayer, alors qu'il n'y en avait qu'un à bord. Hier après-midi, le poids lourd avait dévié de sa trajectoire, sur la E42,  avant de percuter un camion qui protégeait un chantier de traçage des bandes autoroutières. Un ouvrier de 24 ans, originaire d'Eghezée, a été tué et 3 autres blessés. 

Privé de liberté, le chauffeur du camion, un Français de 44 ans, a été entendu ce jeudi matin par l'auditeur du travail de Charleroi, Charles-Eric Clesse. Quatre minutes avant l'impact, l'intéressé envoyait encore un SMS à son épouse. Il affirme toutefois s'être assoupi au volant juste après.

Selon l'auditeur du travail, le chauffeur n'aurait pris que 5h30 de repos entre deux trajets, ses patrons luxembourgeois lui ayant demandé "de faire le nécessaire pour que les marchandises soient livrées". Le tachygraphe, qui mentionnait la présence de deux conducteurs censés se relayer, a donc bien été trafiqué.

Au terme de l'audition, le chauffeur a été relaxé mais sera poursuivi devant le tribunal correctionnel de Charleroi du chef de faux et usages de faux, ainsi que de coups et blessures ayant entraîné la mort sans intention de la donner. Les deux gérants de la société de transport et le directeur financier sont également entendus et pourraient faire l'objet de poursuites similaires.

Des chantiers dangereux

Effectuer des chantiers à ces endroits est de toutes manières très dangereux. Mais dans la plupart des cas, c'est le comportement des automobilistes et des poids lourds qui est en cause.

"Une autoroute c'est par définition un endroit très dangereux", explique Fabian Namur de la SOFICO, le gestionnaire des autoroutes de Wallonie. "Plusieurs dizaines de personnes sont blessées voire plus gravement, tuées chaque année dans des accidents sur l'autoroute. Des gens, des ouvriers qui travaillent sur le côté ou en berme centrale dans le cadre d'un chantier. On a des cas de camions de chantier, de signalisation de chantier qui sont renversés par des véhicules quels qu'ils soient, des voitures, des poids-lourds et donc ça nous rappelle en permanence que ce sont des activités très dangereuses et qu'on doit rester très vigilants. Nous essayons d'avoir des garanties maximales pour notre personnel, les ouvriers qui travaillent. Maintenant, on demande aussi aux automobilistes de faire aussi un effort de leur côté, à savoir être vigilants. Souvent on entend le message : c'est un peu la faute de l'infrastructure. Mais il faut savoir que dans 9 accidents sur 10 en Wallonie, c'est un comportement qui est en cause et pas l'infrastructure".

Notons que, dans le cas présent, le ministre wallon des travaux public, Carlo Di Antonio (cdH), pointe néanmoins aussi un problème de sécurisation du chantier. Il a estimé, dans La Nouvelle Gazette de ce jeudi matin, que le véhicule tampon était trop près du camion contenant la matière brûlante. Il devait y avoir 100 mètres entre les deux véhicules et, visiblement, ce n’était pas le cas.

J.Audouard, S.Bourgeois, G.Fobe, Belga

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