L'abattage rituel avec ou sans étourdissement fait toujours autant débat

L’abattage rituel des animaux, avec ou sans étourdissement, un débat qui n’est pas nouveau… Et qui fait réagir tous les ans les associations pour le bien-être animal, comme Gaia. En Flandre, un accord politique a été dégagé afin de légiférer en faveur de l’étourdissement dès 2019. La Wallonie suivrait le même chemin, selon Carlo Di Antonio, ministre du Bien-être animal.

En face à face sur cette question, Ann De Greef, directrice de Gaia et Philippe Markiewicz, président du Consistoire Central Israélite de Belgique. Deux positions que tout oppose, sur fond de dialogues politiques en vue d'une législation des abattages rituels.

Une pratique vieille de plusieurs milliers d'années "qui ne changera pas"

Dès le début, le représentant de la communauté juive est clair : un abattage rituel avec étourdissement n'est pas kasher, ne respecte pas les textes du judaïsme, et brandit la liberté de culte comme bouclier. "Pour les Juifs, le bien-être animal est fondamental, mais le droit de pratiquer sa religion aussi. Il n’y a qu’une dizaine de personnes qui peuvent faire cet abattage rituel en Belgique, et ils doivent faire cinq ans d’étude. Ces gens sont préparés pour que les souffrances soient les moins importantes possibles. Si on ne veut plus de souffrance du tout, il faut tous devenir végétarien."

La directrice de Gaia répond en demandant une évolution dans l'interprétation des textes décrivant les rituels.  "Il y a un monde de différence entre un abattage avec et sans étourdissement. La moindre des choses, c’est de les rendre inconscient avant de lui couper la gorge. Je ne comprends pas comment vous continuer à nier que ça fait souffrir les animaux. Les rites, ils s’adaptent, la société progresse, et le bien-être animal devient, heureusement, de plus en plus important. On est en 2017, donc les rites d’il y a plusieurs milliers d’années, il faut les adapter."

"Dire qu’il y aura moins de souffrance grâce à l’étourdissement, je ne le crois pas, rétorque Philippe Markiewicz, surtout que pas d’étourdissement sont un échec. Et là, la souffrance est bien plus grande pour l’animal. C’est prévu dans les textes du judaïsme, qu’il n’y ait pas d’étourdissement, c’est une règle religieuse. On peut trouver que c’est idiot, mais il y a une liberté du culte en Belgique et il faut la respecter."

On vit dans un état de droit, pas dans une théocratie

Le président du Consistoire réitère d'ailleurs ses propos concernant la non-consultation de la communauté juive par le parlement wallon, ce qu'a démenti le ministre du Bien-être animal il y a quelques jours. "Déjà au parlement wallon il va y avoir un problème, seront entendus à la commission uniquement des représentants du bien-être animal, pas les communautés religieuses. Cela ne va pas, on a le droit d’être entendu. Mettre comme cela la communauté juive devant le fait accompli, je ne trouve pas cela normal. Moi, personnellement, en deux ans à la présidence du Consistoire, je n’ai jamais été entendu."

Ann De Greef relativise ces propos, arguant que Gaia dialogue avec les communautés religieuses depuis 25 ans, un dialogue "extrêmement difficile : parfois les représentants ne viennent pas, ou le représentant ne serre pas la main aux femmes. A un certain moment, c’est le monde politique qui tranche, et c’est ce que la Flandre vient de faire. On vit dans un état de droit, pas dans une théocratie." Elle rappelle par ailleurs que plusieurs pays européens, comme le Danemark, ont déjà légiféré en faveur d'un abattage avec étourdissement.

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