Kim Le Quang (Rise for Climate) : "L’Europe a voté un green deal, on veut qu’ils le concrétisent le plus rapidement possible"

Un Conseil européen se tient ces jeudi et vendredi à Bruxelles, l’occasion pour le collectif Rise for Climate de mettre la pression sur les chefs d’État.

Kim Le Quang, co-fondateur de Rise for Climate, un collectif citoyen bénévole et engagé né il y a environ trois ans, était ce jeudi matin l’Invité de La Première pour faire le point sur ce dossier. Il a répondu aux questions de Sophie Brems.

À quelques jours du début de la COP26 à Glasgow, vous voulez faire entendre votre voix auprès des chefs d’États européens ?

"Oui, on veut rappeler aux dirigeants européens de trouver les moyens le plus rapidement possible parce qu’on sait que le réchauffement climatique est déjà là, les conséquences sont déjà là en Europe, et on veut qu’ils trouvent ces moyens le plus rapidement possible, et surtout respecter l’accord de Paris, qui a été signé en 2015, parce qu’on sait qu’une majorité d’États à travers le monde ne respectent pas l’accord. L’Europe a voté un green deal il y a deux ans, et notamment une loi européenne contraignante, qui contraint les États à respecter les réductions de gaz à effet de serre de 55% par rapport à 1990, et on veut qu’ils concrétisent le plus rapidement possible ce green deal."

Il existe ce Fit for 55, l’Europe qui s’engage à réduire de 55% ses émissions de gaz à effet de serre pour 2030. Ce n’est pas suffisant, ça ne va pas assez loin ?

"Les experts de l’ONU estiment qu’il faudrait au moins 65%."

Pour rester sous le 1,5 degré de l’accord de Paris.

"Voilà, et c’est pour ça qu’on voit les jeunes, comme Greta [Thunberg, militante écologiste suédoise, NDLR], dire que c’est toujours insuffisant, que ce n’est pas assez, d’autant plus qu’on a déjà des objectifs, mais ce n’est pas encore facile de trouver les moyens, puisqu’on sait que ça va peut-être mettre deux ans pour pouvoir mettre en place ce Fit for 55. Les États sont aussi réticents."


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Selon vous, ce sont des paroles, mais les actes traînent ?

"C’est-à-dire que les ambitions sont là, mais les moyens sont toujours insuffisants."

Que faudrait-il alors comme moyens ?

"Il faudrait trouver un moyen que les 27 puissent entendre le plus rapidement possible parce qu’il doit souvent y avoir une majorité, et c’est pour ça que Charles Michel et le Conseil européen essayent toujours de trouver des accords entre les 27. Il faut donc trouver une formule qui accélère les décisions du Conseil européen."

Il faut aussi plus de cohérence, car d’un côté, il y a ce green deal, et de l’autre, l’Europe qui négocie des traités commerciaux qui vont à l’encontre de cet objectif, comme le Mercosur.

"Depuis trois ans, on a fait beaucoup de grandes marches et des mobilisations plutôt thématiques, sur l’Amazonie et justement sur le traité Mercosur."

C’est un traité entre l’Europe et cinq pays d’Amérique latine, dont le Brésil, et les activistes du climat sont furieux parce que le Brésil est dirigé par Bolsonaro et ça risque en plus d’accélérer la déforestation. On sait que l’Amazonie est un des poumons de la Terre et que si elle disparaît, ce sera très mauvais pour le climat et pour l’ensemble de la planète."

Il y a plusieurs mouvements citoyens, il y a des ONG, il y a les jeunes pour le climat, il y a les grands-parents pour le climat… est-ce que votre voix ne porterait pas plus forte si elle était portée ensemble ?

"Oui, et on a déjà fait énormément de mobilisations ensemble. Par exemple, on a invité Greta il y a trois ans. Après son action en Suède, elle est venue assez rapidement à Bruxelles et on l’a invitée avec les ONG. On a aussi co-organisé ensemble la première grève mondiale le 15 mars 2019. Il y avait les jeunes devant, mais on co-organisait derrière."

Le mouvement n’est pas trop éparpillé, selon vous ?

"Parfois, il est éparpillé parce que, par exemple, demain, il y aura une grève mondiale organisée par les jeunes, mais pour nous, en tant que travailleurs et citoyens, et on a beaucoup de familles, ce n’est pas évident d’organiser des choses et d’être présents le vendredi. On sait que les grèves étaient souvent le jeudi ou le vendredi, et nous, on fait souvent des actions le dimanche. On a d’ailleurs co-organisé la marche du dimanche 10 et on prépare une prochaine marche et beaucoup de concerts le 31 octobre, qui est le premier jour de la COP26."

Oui, justement, à propos de cette COP26 à Glasgow, quelles sont vos attentes ? On sait que les États doivent y venir avec de nouvelles ambitions de réduction de leurs émissions de gaz à effet de serre, tous ne l’ont pas encore fait et l’Europe est plutôt dans les bons élèves. Qu’est-ce que vous attendez donc de cette COP ?

"On attend qu’il y ait des accords, et surtout qu’il y ait des engagements très concrets, c’est-à-dire qu’on sait que l’accord de Paris fixe des objectifs, mais n’est pas vraiment contraignant. Ce qu’avait dit Jean-Pascal van Ypersele, c’est qu’ils avaient essayé à un moment donné, et même depuis 30 ans déjà, d’avoir des accords contraignants, mais ils ont vraiment peur que s’il y a trop de contraintes, les États se retirent de l’accord, comme l’ont fait les États-Unis ou peuvent le faire d’autres pays. Et donc, ce n’est pas facile de tous ensemble trouver un accord pour éviter que la planète devienne invivable."

D’autant qu’au sein des Nations unies, c’est un consensus qu’il faut trouver. Il n’y a pas de vote, donc ce n’est pas la majorité, mais ça doit être un accord qui soit accepté par tous. Vous voulez également une transition juste parce que vous êtes notamment aux côtés des sinistrés des inondations de juillet. Pourquoi ?

"En tant qu’activistes pour le climat, ça fait trois ans qu’on manifeste et on a toujours dit qu’on manifestait pour le climat, mais aussi pour la justice sociale. On sait, et je pense que pas mal de gens le disent maintenant aussi, que les victimes des inondations, les victimes du dérèglement climatique, sont principalement les personnes défavorisées qui habitent le long de la Vesdre, ou à New York par exemple, ou dans d’autres pays, qui n’ont pas les moyens de se déplacer et de prendre l’avion pour changer de ville ou de pays.

On voulait donc vraiment être solidaires et on a fait beaucoup d’actions de solidarité depuis le mois de juillet. On est aussi en contact avec tous les collectifs de bénévoles et on a fait le lien entre le gouvernement wallon et ces collectifs, qui sont très spontanés mais qui ne connaissent pas forcément très bien les institutions."

Dernière question par rapport à ces inondations, qui n’ont pas seulement touché la Belgique, mais aussi l’Allemagne. Il y a aussi eu des feux de forêt et une chaleur extrême dans le sud. Est-ce que vous pensez justement que l’Europe, qui va se réunir en conseil, est maintenant plus sensibilisée à la problématique ?

"Oui. La semaine passée, on a pu obtenir un rendez-vous avec le Conseil européen et c’est vrai que le cabinet de Charles Michel nous a dit que les 27 ont sous-estimé la crise du Covid, mais aussi la crise climatique. Et maintenant, comme c’est déjà là, je pense qu’ils vont bouger."

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