Kim De Gelder condamné à la réclusion à perpétuité

Kim De Gelder est condamné à la réclusion à perpétuité
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Kim De Gelder est condamné à la réclusion à perpétuité - © BELGA/NICOLAS MAETERLINCK

Kim De Gelder a été condamné vendredi soir à la réclusion à perpétuité, conformément à ce que l'avocat général Yves Van Den Berge avait requis devant la cour d'assises de Flandre orientale. "La manière lâche dont les victimes ont été tuées prouve que Kim De Gelder manque totalement d'empathie et de conscience des normes", a motivé la cour d'assises. Kim De Gelder est aussi déchu de ses droits et ne pourra jamais plus posséder d'arme.

Kim De Gelder a été reconnu coupable sur toute la ligne ce vendredi par le jury de la cour d'assises de Flandre orientale. Oui, il a assassiné Elza Van Raemdonck, 72 ans, Marita Blindeman, 54 ans, Leon et Corneel, neuf mois, en janvier 2009. Oui, il a tenté d'assassiner les autres personnes présentes à la crèche Fabeltjesland le 23 janvier 2009. Oui, il a tenté d'assassiner une famille, absente lors de sa visite, deux jours avant l'assassinat d'Elza Van Raemdonck.

Kim De Gelder disposait des facultés mentales pour savoir ce qu'il faisait, le jour où il est entré dans la crèche. "Il a hésité à repartir, mais il a quand même choisi de continuer ses projets criminels", ont motivé les douze jurés.

Ceux-ci ont également estimé que la tentative d'assassinat d'une famille, habitant dans la même rue qu'Elza Van Raemdonck à Vrasene, deux jours avant que celle-ci ne soit assassinée, était suffisamment prouvée, notamment par les déclarations de l'accusé lors de ses interrogatoires.

Les jurés se sont rangés derrière le rapport des experts-psychiatres, estimant qu'il n'y avait "pas d'évidence de schizophrénie" et que le trouble de la personnalité détecté chez l'accusé n'avait pas gravement altéré sa capacité de discernement. Kim De Gelder représente, en raison de son double profil de tueur de masse et de tueur en série, un danger extrême pour la société.

Kim De Gelder a été reconnu coupable de tous les meurtres et tentatives de meurtre dont il était accusé, le jury retenant également la circonstance aggravante de la préméditation. L'accusé était impassible, les bras le long du corps lorsque le président Koen Defoort a prononcé le verdict. Il semblait absent selon Quentin Warlop qui se trouvait dans la salle d'audience.

L'avocat général requiert la réclusion à perpétuité

L'audience a été suspendue un quart d'heure, puis ont commencé les débats sur la peine. L'avocat général Yves Van Den Berge a requis la peine la plus sévère à l'encontre de Kim De Gelder, à savoir la réclusion à perpétuité. "En toute objectivité, j'ai cherché des circonstances atténuantes. Je n'ai pas dû chercher longtemps, parce qu'il n'y en a pas", a-t-il commenté.

Yves Van Den Berge a fait référence à l'immense souffrance infligée aux victimes, estimant que seule la peine la plus sévère pourrait l'adoucir quelque peu. Il a aussi rappelé que l'accusé n'a aucune empathie pour les autres ni aucune aptitude sociale. "De telles personnes, de tels criminels appartiennent à la prison, pas à la société", a-t-il souligné. Il a fustigé l'attitude de Kim De Gelder pendant le procès, toujours centré sur lui-même et ses tendances dépressives.

"En toute objectivité, j'ai cherché des circonstances atténuantes. Je n'ai pas dû chercher longtemps, parce qu'il n'y en a pas." Yves Van Den Berge a expliqué au jury qu'on considère en général une enfance malheureuse comme une circonstance atténuante. "Il a eu une enfance dorée, ses parents ont tout fait pour lui. Ils ne doivent d'ailleurs pas se sentir coupables. Eux aussi sont les victimes de ses actes."

L'avocat général a aussi évoqué la plaidoirie de la défense jeudi matin, quand Jaak Haentjens a affirmé que son client devait être mis à l'écart de la société jusqu'à la fin de ses jours. L'avocat général a précisé au jury que s'il condamnait l'accusé à la perpétuité, Kim De Gelder pourrait commencer à demander sa libération conditionnelle dans onze ans, après qu'il aura purgé quinze ans de prison. La loi durcissant l'accès à la libération conditionnelle a été publiée au Moniteur Belge en début de semaine.

Ensuite, l'avocat de Kim De Gelder n'a invoqué aucune circonstance atténuante et n'a pas explicitement rejeté l'hypothèse de la réclusion à perpétuité. Jaak Haentjens s'est borné à rappeler qu'il avait dit jeudi, "en âme et conscience", que Kim De Gelder ne pouvait plus revenir dans la société. "Je continue à le croire. Vous ne devez pas attendre de ma part que j'invoque une circonstance atténuante, même si vous y avez fait référence implicitement dans votre motivation."

Il s'est demandé ce qu'il en serait si la Belgique reconnaissait, à l'instar des Pays-Bas, cinq degrés de responsabilité pénale, mais n'a pas demandé explicitement de peine précise.

"Je vous présente mes excuses pour ce que j'ai provoqué"

Kim De Gelder a encore déclaré: "Si c'est la dernière fois que je peux m'exprimer, je voudrais dire que je présente mes excuses pour ce que j'ai provoqué pour les victimes et ce que j'ai provoqué dans la société. Même si vous ne me croyez pas, je regrette. Mais je voulais vous présenter mes excuses puisque c'est la dernière fois que je peux parler", a-t-il poursuivi, marquant plusieurs arrêts. Le jury et la cour se sont alors retirés pour délibérer sur la peine. Kim De Gelder a été condamné à la réclusion à perpétuité. "La manière lâche dont les victimes ont été tuées prouve que Kim De Gelder manque totalement d'empathie et de conscience des normes", a motivé la cour d'assises. Kim De Gelder est aussi déchu de ses droits et ne pourra jamais plus posséder d'arme.

"La liste de vos victimes est presque infinie"

"Les atrocités que vous avez provoquées sont presque innommables. Au début du procès, vous avez demandé une liste de toutes vos victimes. La liste est presque infinie. Vos parents, votre frère, votre soeur en font aussi partie", a déclaré le président de la cour Koen Defoort à Kim De Gelder après avoir lu l'arrêt. "Vous ne méritez pas de place dans la société."

"Vous allez être mis à l'écart de la société pour un petit temps. Profitez-en pour réfléchir", lui a-t-il également conseillé.

Le président a aussi tenu à rendre hommage à l'avocat de Kim De Gelder, Jaak Haentjens. "Vous avez accepté de le défendre et vous l'avez fait d'une manière remarquable. Peu l'auraient fait." Il a encore remercié les membres du jury pour leur attention, leur implication et leur sérieux.

Jaak Haentjens, l'avocat de Kim De Gelder, a conseillé à son client de ne pas se pourvoir en cassation : "J'étais convaincu qu'il fallait l'interner", a-t-il commenté.

Kim De Gelder peut introduire son pourvoi en cassation depuis la prison, mais Jaak Haentjens a précisé qu'il le lui déconseillerait. "J'ai quinze jours pour réfléchir, mais c'est une option théorique. Je n'en prendrai pas l'initiative et je pense que ses parents sont d'accord. Si on voit certains éléments pour éventuellement aller en cassation, il faut les soulever pendant le procès."

Satisfaction des victimes

Les victimes ont accueilli avec satisfaction la condamnation à perpétuité de Kim De Gelder. "Justice est faite", a déclaré la soeur de la défunte Elza Van Raemdonck. Les parents d'un des enfants gravement blessé dans la crèche Fabeltjesland de Termonde ont quitté la salle des assises avec des tracts, affichant une photo de Kim De Gelder derrière les barreaux avec l'inscription "Meurtrier, plus jamais libre!"

"Vous ne me manquerez vraiment, vraiment pas", a plaisanté la soeur aînée d'Elza Van Raemdonck. Elle a ajouté qu'elle n'avait "rien d'autre à attendre" que cette condamnation à perpétuité.

Le fils de la puéricultrice assassinée Marita Blindeman a lui déclaré qu'il espérait "trouver un peu de repos". "Je suis content que cela soit finalement terminé."

"Les excuses de l'accusé ne signifient rien pour nous", ont indiqué les parents de Leon, l'un des bébés décédés lors de la tuerie. Ils se sont également déclarés satisfaits concernant la condamnation de Kim De Gelder et heureux de pouvoir rentrer chez eux "après quatre semaines éprouvantes".

"Ce procès a fonctionné comme un rituel de purification", a expliqué Filip Van Hende, avocat de la famille de la puéricultrice décédée. Ce dernier a estimé que le procès était plié depuis vendredi dernier lors de l'audition des experts-psychiatres de la défense. L'un deux aurait gaffé, en changeant de version concernant la schizophrénie éventuelle de l'accusé, selon Me Van Hende. L'avocat s'est également dit soulagé que le procès soit terminé. "Quatre semaines, c'est long. C'était émotionnellement difficile, en raison de la nature des faits."

RTBF avec Belga

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