Kim De Gelder: "Réalisez-vous la souffrance que vous avez engendrée?"

Le témoin a, comme l'avait fait peu avant le président Koen Defoort, insisté sur le fait que selon elle, le personnel de la crèche n'avait pas à se sentir coupable. "J'entends beaucoup de personnes dire: 'j'aurais dû faire ceci ou cela', mais on ne ne peut jamais dire ce qu'on aurait dû faire dans pareille situation. Cela vous tombe dessus. Malgré l'angoisse que les membres du personnel de la crèche ont dû éprouver, je trouve qu'ils ont réagi de manière rationnelle. J'en suis très fière."

Ellie V., du centre parascolaire De Rakkertjes (dont une porte donne directement sur la crèche), avait témoigné précédemment et relaté qu'il lui arrivait encore de se réveiller en se disant qu'elle aurait pu en faire davantage. "Je ne suis pas quelqu'un de très ouvert, je garde beaucoup de choses pour moi, mais j'avoue que je me sens parfois très mal."

"Incrédulité, effroi, colère et angoisse"

"Incrédulité, effroi, colère et angoisse étaient les sentiments qui prédominaient chez les victimes", a déclaré l'inspecteur principal de la police de Termonde, Rudy Moreel, qui dirigeait également le service d'accompagnement des victimes. Le policier, pourtant expérimenté mais très ému, a eu des difficultés à livrer son témoignage.

Le service d'accompagnement des victimes de la police est immédiatement présent aux côtés de celles-ci, contrairement à l'aide aux victimes qui intervient dans un deuxième temps, explique Rudy Moreel. "Lorsque je suis arrivé à la crèche, j'y ai découvert des gens qui étaient complètement désespérés, en état de choc." L'inspecteur a notamment décrit les "tremblements sur leur chaise des puéricultrices, dont les vêtements étaient maculés de sang". Il y avait chez elles "une angoisse très intense".

"Une puéricultrice décrivait, en larmes, la douleur insupportable que représentait la vue d'un enfant qui ne se doute de rien ouvrir les bras vers l'auteur comme s'il s'agissait d'un père et recevoir un coup de couteau (...) Incrédulité, effroi, colère et angoisse étaient les sentiments qui prédominaient chez les victimes. Toutes étaient également animées d'un fort sentiment de culpabilité." "Je vois que malgré votre expérience, vous avez beaucoup de difficultés à relater les faits. Cela vous honore", a répondu le président Defoort à l'inspecteur.

Emotion

Le compagnon de Hilde D., une puéricultrice blessée lors de l'attaque de Kim De Gelder à la crèche de Termonde, a présenté jeudi devant la cour d'assises de Gand des SMS et des photos qui montrent à quel point sa compagne a changé depuis le drame. "La société doit vous maintenir à l'écart jusqu'à la fin de votre vie", a-t-il lancé à l'accusé.

Frank D. a notamment montré un SMS d'avril dernier dans lequel la victime lui demande: "Chéri, si je me suicidais, est-ce que tu comprendrais?". Sur la photo qu'il a présentée, sa compagne pèse seize kilos de moins qu'avant les faits. "Et tout ça à cause d'un salaud", a-t-il résumé.

Le témoin s'est ensuite tourné vers l'accusé. "Je veux remercier De Gelder pour le 'sac à dos' qu'il nous a offert à tous. Il est lourd, pour certains très lourd même. Dans ce sac il y a deux mères qui ne pourront être présentes pour leurs enfants et petits-enfants. Il y a également deux enfants arrachés à la vie. Enfin, il y a les enfants blessés qui devront vivre le restant de leurs jours avec des cicatrices."

Frank D. a déclaré qu'il n'avait pas peur de l'accusé, mais que lui devait peut-être avoir peur. "Je ne m'abaisserai cependant pas à votre niveau. La société doit vous maintenir jusqu'à la fin de votre vie dans un endroit où nous pouvons vous contrôler, où nous dominons le jeu. Si ça ne dépendait que de nous, vous ne sortiriez jamais."

Le témoin a demandé à Kim De Gelder de le regarder dans les yeux, ce qu'il n'a pas fait. "Tu es trop lâche. A mes yeux, tu es une crapule."

La salle a salué le témoignage de Frank D. par une salve d'applaudissements.

Katleen B., la mère de Joyce D.L., la jeune fille qui effectuait un stage en tant que puéricultrice à la crèche Fabeltjesland, a quant à elle indiqué que sa fille était comme "un petit chien" après les faits. "Elle devait systématiquement avoir quelqu'un près d'elle: pour aller à la toilette, prendre une douche ou dormir. Elle n'osait même pas aller seule chez le boulanger situé dix mètres plus loin dans la rue."

"Joyce était une jeune fille de 16 ans qui aimait sortir, elle rigolait sans cesse. Mais après les faits, cela a changé. Quand elle avait encore de l'humour, c'était de l'humour noir. Une semaine j'avais une fille de seize ans, la suivante une femme de 17 ans." Katleen B. a également indiqué que sa fille avait toujours rêvé de travailler avec des enfants mais que ce rêve était désormais brisé. "Elle n'ose plus faire cela."

Kim De Gelder n'a pas pris la parole durant la journée.

D'après Belga

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK