Karen, victime des attentats du 22 mars: "Je n'avais aucune chance de survivre"

Deux ans après les attentats du 22 mars 2016, Karen Northshield est la dernière victime toujours hospitalisée. Elle nous reçoit dans sa chambre d'hôpital.

Un lit médicalisé, un fauteuil roulant, et des soins quotidiens. Voilà à quoi se résume aujourd'hui la vie de cette Belgo-américaine de 32 ans. Depuis quelques mois, elle est autorisée à sortir le week-end. Mais elle n'a plus d'appartement, ni de maison. Et tout déplacement dépend de son état.

"J'ai encore des séquelles de la tête jusqu’aux pieds," nous confie Karen Northshield. "Pour commencer, je suis devenue sourde de l'oreille gauche, et malentendante de l'oreille droite. J'ai aussi des acouphènes, qui sont juste un enfer. J'ai de gros problèmes digestifs car je n'ai plus d’estomac et plus de rate. Mais mes plus grosses séquelles sont à la jambe gauche: une partie de ma hanche a disparu, et je ne sais plus marcher."

Une bactérie, dont les médecins n'arrivent pas à se débarrasser, empêche jusqu'à présent toute reconstruction de la hanche.

"Ma vie a basculé du jour an lendemain"

"J'étais une fille sportive, en hyper bonne santé. Je dirais que ce dont je souffre le plus finalement, c'est ce nouvel état dans lequel je suis suite aux attentats. Ma vie a basculé du jour au lendemain. Je suis devenue quelqu'un de dépendant, qui vit à l'hôpital, qui a des maux constants. C'est le plus difficile à accepter."

Karen Northshield a déjà été opérée une cinquantaine de fois. Et elle devra l'être encore dans les prochains mois.

"Il y a beaucoup d'inconnues pour les médecins. Ils sont face à l'improbabilité. D'abord, l'improbabilité que j'ai survécu. Et puis, ils n'ont pas l'habitude des blessures de guerre. Mon corps, c'est un nouveau terrain d'expérience pour eux."

Le 22 mars 2016, Karen devait prendre l'avion pour rendre visite à ses proches aux Etats-Unis. Elle était au guichet d'enregistrement à 7h58.

Ses souvenirs de l'attentat sont toujours très précis

"J'ai senti une vague de chaleur hyper puissante, qui m'a soulevée et m'a projetée au sol," se souvient la jeune femme. "J'étais étendue par terre, blessée. Je ne savais plus bouger. Il faisait noir, je me souviens de l'odeur des corps brûlés. Et puis, des cris humains qui résonnaient, comme si on était à l'abattoir."

Karen Northshield lutte pour ne pas s'évanouir. Elle sera sortie de l'aéroport, avant d'être conduite à l'hôpital Erasme. Dans l'ambulance, elle perd connaissance.

"Je me suis réveillée plusieurs semaines plus tard. Pour les médecins, je n'étais pas censée survivre. Mais mon corps et mon mental ont continué à se battre. Et je suis encore là."

Trouver la force de continuer

Quand on demande à Karen si elle est heureuse d'avoir survécu, elle réfléchit. "Je ne sais pas si je peux dire ça," explique-t-elle. "Ce que j'ai traversé, c'est beaucoup demandé à une personne. Beaucoup d'injustices à accepter. Injustice parce que je partais en voyage et que je me suis retrouvée aux soins intensifs, alors que je n'avais rien demandé. Injustice parce que j'ai connu la pire des souffrances. Injustice parce que dorénavant, toute ma vie sera consacrée à ma reconstruction. Parfois, quand je vois le long chemin qu'il me reste à faire, je n'ai pas envie..."

Chaque jour, elle doit trouver la force de se battre. Elle peut compter sur le soutien de ses proches et de ses amis. Mais elle se sent abandonnée par les autorités.

Un sentiment d'abandon

"J'espérais que le gouvernement, les politiciens soient plus présents. Mais en deux ans, personne n'est venu spontanément me voir, alors que tout le monde sait que je suis à l'hôpital. Or, on a besoin d'eux pour qu'ils nous rassurent, qu'ils prennent leurs responsabilités, et nous disent qu'ils vont assurer notre sécurité et notre avenir", insiste-t-elle.

"Avant, j'étais coach sportif, j'étais indépendante et je gagnais bien ma vie. Je pouvais assurer moi-même mon avenir et ma sécurité financière. Aujourd'hui, je n'ai plus ça. Je n'ai plus de perspective de carrière. Seuls les politiciens peuvent mettre ça en place pour moi. Alors oui, je me sens abandonnée."

Hier après-midi, Karen Northshield a reçu la visite, en privé, du Roi Philippe et de la Reine Mathilde. Les souverains se sont entretenus avec elle pendant une heure. Un geste que Karen attendait depuis deux ans. Elle ne sait pas encore quand elle pourra quitter l'hôpital. Selon les médecins, cela se comptera en mois, voire en années.

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