Juul, l'e-cigarette au parfum de scandale débarque en Belgique

Juul, la e-cigarette au parfum de scandale débarque en Belgique
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Juul, la e-cigarette au parfum de scandale débarque en Belgique - © JUSTIN SULLIVAN - AFP

Ce mardi 17 septembre, Juul Labs débarque en Belgique. Une e-cigarette qui fait couler beaucoup d’encre outre Atlantique avec un marketing qui cible les jeunes et des taux de nicotine élevés. Vous pourrez découvrir ces produits de vapotage au look moderne dans une série de magasins de tabac et de boutiques d’e-cigarettes. Cette arrivée se fera à pas feutrés, car les distributeurs que nous avons contactés signalent ne pas encore avoir reçu le produit.

Juul c’est un petit peu comme l’iPhone de l’e-cigarette, on dirait plus une clef USB qu’une cigarette. On devrait aussi trouver ces produits bientôt dans les rayons spécialisés de certaines grandes surfaces. Une introduction sur le marché belge préparé fin mars dernier par la création de la SPRL Juul Labs Belgium.

Pour l’instant Juul s’est déjà lancé dans une dizaine de pays européens comme au Royaume Uni, en Allemagne, en Suisse, ainsi qu’en France en décembre 2018. Dans ces pays européens, la marque a dû se souscrire aux normes européennes : 20 mg de nicotine par litre, c’est beaucoup moins qu’au Etats-Unis.

Six mois plus tard, on peut souligner que la part des Juul n’a pas explosé sur le marché des cigarettes électroniques. Mais les consommateurs se multiplient à mesure que le nombre de points de vente augmente.

Succès énorme chez les jeunes américains

En 2 ans a peine, Juul a conquis 75% du marché américain des cigarettes électroniques. Et si l’objet est vendu comme un produit "pour permettre aux adultes d’arrêter de fumer", force est de constater qu’il a trouvé un large public… Dans les lycées américains. Il est le nouveau marqueur du cool et de la différenciation que les ados recherchent. Dans un premier temps, les campagnes marketing ont d’ailleurs laissé penser qu’ils ciblaient un jeune public, notamment sur les réseaux sociaux comme Twitter et Instagram. Ces campagnes ont été ensuite supprimées, mais le mouvement était lancé. Et il a soulevé de nombreuses interrogations quant au signal envoyé par Juul, qui met justement en avant sa lutte contre le tabagisme comme argument politique et économique.

Davantage de nicotine

Parmi les éléments qui inquiètent, il y a notamment cette différence entre les cigarettes électroniques traditionnelles et les Juul : les Juul contiennent 59 mg de nicotine/litre, alors que les cigarettes électroniques habituelles aux USA en contiennent entre 6 et 30 mg. A titre de comparaison, dans l’Union européenne, la limite autorisée est de 20 mg/litre.

Conséquence de tout cela : les jeunes américains deviennent beaucoup plus vite accroc à la nicotine, et le deviennent très jeunes.

Entre 2017 et 2018, le nombre de lycéens qui vapotent aurait augmenté de plus de 70%. A tel point que la "Food and Drug Administration" (FDA), l’Administration des denrées alimentaires et des médicaments, s’inquiète. Elle considère que les Etats-Unis font face à une épidémie de vapotage.

La Commission fédérale du commerce (FTC) aux Etats-Unis enquête

La Commission fédérale du commerce (FTC) américaine enquête depuis la fin du mois d’août sur les pratiques commerciales du fabricant de cigarettes électroniques. La FTC cherche à déterminer si "Juul a eu des pratiques commerciales trompeuses, notamment en ciblant des mineurs et en ayant recours à des influenceurs, et réfléchit à des sanctions financières".

L’an dernier, la Food and Drug Administration, principale autorité sanitaire aux Etats-Unis, avait déjà effectué une visite surprise au siège social de Juul à San Francisco et y a saisi des documents. La Food and Drug Administration (FDA) a énuméré dans une lettre récente au patron de Juul, Kevin Burns, une série de violations dans les pratiques de marketing et les messages publics de la marque.

En particulier, un représentant de Juul est accusé d’avoir expliqué à des élèves lors d’une présentation dans une école que Juul était "99% plus saines que les cigarettes" et que la FDA "l’autoriserait tout de suite".

La FDA demande à Juul de prouver scientifiquement, sous 15 jours, son argument que les produits de Juul sont moins nocifs que les cigarettes, sous peine d’avoir enfreint la réglementation sur les produits alternatifs au tabac.

La question du vapotage est actuellement sur la table des politiques américains et le débat fait rage.

Vers une interdiction aux USA des cigarettes électroniques aromatisées

Le gouvernement de Donald Trump a annoncé début septembre que les cigarettes électroniques aromatisées seraient interdites à la vente dans les prochains mois, pour contrecarrer leur succès croissant dans les collèges et lycées américains.

"Beaucoup de gens pensent que le vapotage c’est formidable", a déclaré le président américain dans le Bureau ovale de la Maison Blanche. "Cela n’a rien de formidable, cela crée plein de problèmes".

Tous les goûts autres que le goût tabac seront prochainement retirés du marché, a expliqué le secrétaire à la Santé, Alex Azar. Le texte paraîtra dans "plusieurs semaines" et entrera en vigueur 30 jours plus tard.

Les produits aromatisés au tabac pourront continuer à être vendus mais devront demander une autorisation de mise sur le marché d’ici mai 2020.

"Nous avons l’intention de faire sortir du marché les e-cigarettes aromatisées afin de renverser l’épidémie très inquiétante d’usage d’e-cigarettes chez les jeunes", a déclaré Alex Azar.

450 personnes sont tombées gravement malades après avoir vapoté, et six sont décédées de maladies pulmonaires aiguës.

Les malades toussent, s’essoufflent, n’arrivent plus à respirer. Beaucoup sont hospitalisés en soins intensifs et branchés sur des respirateurs artificiels. Des jeunes en bonne santé se sont retrouvés dans des comas artificiels.

On ignore quel ingrédient a causé exactement les maladies pulmonaires.

Dans de nombreux cas, les liquides contenaient du THC, la substance psychoactive du cannabis, mais il est probable que ce soit l’un des nombreux additifs des liquides qui ait endommagé les poumons en étant vaporisé et inhalé. L’Etat de New York a cité une huile de vitamine E comme cause possible, mais cela n’est pas confirmé par la FDA.

L’offensive réglementaire contre les cigarettiers électroniques s’accélère donc. L’agence FDA avait déjà imposé des amendes contre des commerces vendant aux mineurs, et sommé des fabricants de retirer de la vente certains liquides aromatisés.

Elle a aussi menacé le leader du marché, Juul, de sanctions en raison de ses pratiques marketing passées à destination des jeunes. La société a retiré l’an dernier ses "pods" aromatisés (mangue, fruits, crème, concombre…) des ventes en magasin, les restreignant aux ventes en ligne afin de mieux contrôler l’âge.

Malgré la pression, Juul, une start-up de San Francisco qui avait l’an dernier les trois quarts du marché américain, a reçu un investissement de 13 milliards de dollars l’an dernier de l’un des plus grands cigarettiers du monde, Altria. Le marché mondial était estimé à 10 milliards de dollars en 2018 par la société Grand View Research.

L’ex-maire de New York Bloomberg part en campagne

Le milliardaire et ex-maire de New York Michael Bloomberg a annoncé il y a quelques jours à peine, une campagne dotée de 160 millions de dollars pour faire interdire les cigarettes électroniques aromatisées aux Etats-Unis, après la mort d’au moins cinq vapoteurs.

"C’est une crise sanitaire urgente, et les fabricants de tabac en sont la cause", a affirmé ce militant antitabac de longue date, qui avait fait adopter une interdiction de fumer dans les restaurants et bars new-yorkais lorsqu’il était maire au début des années 2000.

Les cigarettes électroniques sont interdites à la vente aux mineurs aux Etats-Unis, soit 18 ou 21 ans selon les Etats.

San Francisco est la seule grande ville à les voir complètement interdites.

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