"Je vous annonce un scoop: Bpost va bientôt perdre son statut public"

La tension sociale est plus que palpable sur le sol belge. Un mois de prison dans prisons francophones, une manifestation nationale suivie de près par une grève spontanée de la part de cheminots de la SNCB, un appel de la CGSP (le syndicat socialiste pour les services publics) à une grève dans l'ensemble des services publics à partir du 31 mai…

L'Acteur en direct de ce vendredi matin, le patron de Solidaris Jean-Pascal Labille, y voit le signe d'un épuisement "social et moral" et de la fin d'un capitalisme "trop" dur. L'ancien ministre des Entreprises publiques, chargé de la SNCB, sous le gouvernement Di Rupo lance un appel à la gauche pour trouver un nouveau modèle sociétal.

Les grèves, une réponse face à "des attaques systématiques"

Pour l'ancien ministre, les soulèvements syndicaux prennent tout leur sens face aux "attaques répétées systématiques sur la structure qu'est l'Etat et les services publics. "

"C'est le cas à la SNCB: 3 milliards de dotation en moins, et on demande en plus des grands chantiers comme le RER. Une productivité qui augmente de 5,7% en 2015, ils ont rempli leurs objectifs. On parle d'ici 2020 de 10 000 départs naturels vers la pension et entre 4000 et 5000 personnes pour les remplacer. Ça veut dire entre 5000 et 6000 travailleurs en moins."

"La dernière attaque en règle, ce sont ces fameux jours de crédit. Ils ont réagi de façon spontanée, sans recadrer évidemment cela dans l'aventure collective qu'est notre société, dans ce cas-ci les examens des étudiants. Ce sont des gens qui sont submergés par ces attaques et qui disent maintenant, y en a marre."

"Ces travailleurs-là, ils défendent aussi leur outil. J'ai rarement vu des travailleurs aussi attachés à leur entreprise. Ils ont vraiment une grande soif de rendre un vrai service de qualité à la population."

Et le patron de Solidaris prévient: le climat social n'est pas prêt de se calmer. "Je vous annonce un scoop: dans peu de temps, la poste va perdre son statut public. L'Etat va vendre une partie de ses actions, et ce n'est qu'une question d'heure. Et je vous annonce probablement aussi des réactions sur ce plan-là. Je suis au courant  de la colère qui monte, et des intentions du gouvernement de se séparer de cet outil qu'est la poste. Ce sont des formes de provocation (de la part du gouvernement)"

Contacté par nos soins, le vice-premier ministre Alexander De Croo dément les propos de Jean-Pascal Labille à propos d'une éventuelle perte de statut public de bPost.

Il faut être naïf, ou pervers, pour dire que les syndicats prennent leurs ordres du PS

Face aux propos de De Wever accusant les syndicats socialistes de mener une grève politique, Jean-Pascal Labille relativise. "Quand Bart De Wever dit ça, c'est le fil à couper le beurre. Les grèves ont toujours été politiques, avec un grand P. Elles ont toujours été politiques pour le droit de vote des femmes, pour l'abolition du travail des enfants, pour la protection sociale."

"Mais si vous croyez un instant que les dirigeants de la FGTB vont chercher leurs ordres au boulevard de l'Empereur (siège du PS), alors là c'est faire preuve d'une grande naïveté. Mais comme Bart De Wever est plutôt pervers que naïf, il est clair qu'il attaque sur ce côté-là."

Des francophones frustrés par une sous-représentation fédérale?

Alors que les syndicats francophones montent au front, leur pendant flamand ne suit pas le mouvement. La presse flamande y voit les prémisses d'une scission du pays, arguant que ceux qui font grève sont en train de scier le pays en deux. Une position que relativise Jean-Pascal Labille: "Mardi, lors de la manifestation nationale, j'étais dans la rue et il y a avait autant de Flamands que de francophones."

Mais l'ancien ministre reconnaît cette différence, en pointant deux raisons. "En Wallonie, on a davantage la culture du combat social et en Flandre ils ont plus la culture de la discussion, de la concertation. "

"La deuxième raison est que les francophones ne se sentent plus du tout représentés au sein de ce gouvernement. Il n'y a plus aujourd'hui un poids suffisant de francophones face à la frange néerlandophone qui est en plus très revendicatrice sur le plan de ce libéralisme très dur, des privatisations, de la précarisation. Ce sont deux éléments majeurs."

Le MR ne défend pas les francophones

Peut-on donc voir un refus de la CGSP, de la FGTB, de reconnaître un gouvernement démocratiquement élu? "Si le parti francophone qui est aujourd'hui au pouvoir défendait plus les francophones, ça n'arriverait pas" affirme le socialiste.

"Au sein du gouvernement, sur 13 postes importants, 11 sont néerlandophones. Prenez le cas des patrons des services publics fédéraux, ils sont quasi tous néerlandophones. Il y a là un déséquilibre qui est ressenti, et il n'y a plus les relais nécessaires pour la discussion. Le MR ne joue plus son rôle."

La fin de l'ère capitaliste

En France, la contestation populaire est vive face au passage (en force) de la loi Travail, qui propose des mesures assez proches de la loi Peeters chez nous. Mais avec une différence majeure, c'est un gouvernement socialiste qui annonce ces mesures contestées.

"N'attendez pas que je défende ce gouvernement Hollande-Valls –Macron qui est un gouvernement qui applique des méthodes de droite, mais avec une étiquette socialiste" réplique Jean-Pascal Labille.

"Je pense que l'on est à la fin de ce capitalisme très très dur, et comme toutes les fins elle présente deux grandes caractéristiques. La première c'est qu'elle peut être encore plus violente, tous les ingrédients sont réunis aujourd'hui: notamment la privation de droit, le contrôle de la presse, le contrôle de la critique du gouvernement. On voit ça fleurir à l'Est, c'est le cas en Russie et en Turquie, ce sont des capitalismes très très durs. On n'en est pas là aujourd'hui en Belgique, et notamment grâce aux syndicats."

La gauche doit se rassembler pour un autre projet de société

"La deuxième caractéristique de cette période, c'est comme toutes les fins, elle ne finit pas tant qu'il n'y a pas une alternative. Et c'est là que la gauche doit se rassembler aujourd'hui pour avoir un autre projet de société, pour proposer autre chose que la précarisation des travailleurs, que les riches qui deviennent plus riches ou les pauvres qui restent ou deviennent plus pauvres, des jeunes qui n'ont pas d'horizon."

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