Joutes verbales: quand les jeunes font des 'mots obstacles' leurs alliés

C'est à Ixelles, à l'Espace Lumen, qu'a eu lieu "La" grande finale d'un concours de joutes verbales qui a concerné des dizaines d'étudiants bruxellois âgés de 16 à 25 ans.

Des quoi?

Ces "joutes verbales" sont de véritables batailles d'argumentation où les jeunes s'affrontent sur scène, sur une thématique donnée et pour laquelle ils doivent défendre des points de vue qu'on leur a préalablement imposés. 

"Et d'ailleurs, on se rend compte que devoir défendre un point de vue opposé à ses propres convictions, c'est parfois plus simple, parce qu'on connaît déjà tous les arguments de son adversaire, forcément", nous explique Isis, 17 ans, finaliste issue de l'Athénée Royal Jean Absil, que nous avons rencontrée le 30 novembre dernier, juste avant son passage sur scène.

Pourquoi des joutes verbales?

"On organise de nombreux débats citoyens lors desquels on confronte des invités avec des jeunes. Mais on s'est rendu compte au fil des années que les jeunes n'avaient pas toujours les outils pour prendre la parole et que cela créait une réelle frustration. Beaucoup voulaient poser des questions, voulaient intervenir, voulaient contredire mais ils ne se sentaient pas à l'aise pour le faire". Chaïma El Yahiaoui est criminologue et active au sein de Bruxitizen, un projet de débats citoyens qui confronte des jeunes de 16 à 25 ans à des experts sur de grands sujets de société.

Mais comment débattre quand on n'a pas les moyens d'exprimer ce en quoi on croit, ce qu'on ressent ou lorsqu'on ne se sent pas légitime à prendre la parole?

Alors que le projet Bruxitizen en est à sa 6ème édition, le constat du manque d'outillage verbal de certains jeunes s'est imposé. Il a donc été décidé d'intégrer au projet des ateliers de joutes verbales, pour travailler l'éloquence et libérer la prise de parole auprès du public cible. 

Et pour les coacher sur la route de l'éloquence, il a été fait appel à une association spécialisée en la matière: les Ambassadeurs d'expression citoyenne (AEC).

"Les jeunes quand ils prennent conscience qu'ils peuvent parler, qu'on a envie de les entendre, que ça vient des tripes et qu'on arrive à leur donner les mots pour que ça sorte, c'est plutôt pas mal. Et c'est ça notre boulot", s'enthousiasme Monia, coordinatrice de l'asbl AEC.

Une expérience que tout le monde devrait tenter

Un coaching salutaire mais qui n'aura pas suffi à l'équipe d'Isis pour remporter sa joute malgré une prestation très honorable. 

Visiblement très déçue, la jeune étudiante compte pourtant bien poursuivre son aventure de jouteuse. Et ambitionne de devenir elle-même ambassadrice d'expression citoyenne.

Du côté des vainqueurs, au-delà de la victoire, c'est surtout l'expérience de vie qui les a marqués. Pour Yousra, "c'est une expérience que tout le monde devrait tenter parce que quoi qu'il arrive, on ne peut qu'apprendre".

Elle-même n'est pas satisfaite de sa prestation, elle a été très impressionnée par la scène et la salle face à elle. "Forcément j'ai pris des petits 'coups' mais bon, après les coups, on s'habitue, on sait à quoi on a affaire. Donc faut tenter le coup, quoi". 

Alors qu'ils deviennent de grands jouteurs ou pas, l'essentiel pour ces jeunes n'était pas là. Car quel que soit le palmarès, tous auront découvert que les mots peuvent devenir leurs alliés plutôt que d'être des obstacles.

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK