Journée mondiale de lutte contre la pauvreté: la précarité n'est pas toujours visible

Journée mondiale de lutte contre la pauvreté: la précarité n'est pas toujours visible
Journée mondiale de lutte contre la pauvreté: la précarité n'est pas toujours visible - © Tous droits réservés

Un cinquième de la population belge se trouve toujours dans une situation de pauvreté ou d'exclusion sociale, selon des chiffres du service de lutte contre la pauvreté, la précarité et l'exclusion sociale. À l'occasion de la journée mondiale de lutte contre la pauvreté et du refus de la misère, ce 17 octobre, des événements sont prévus aux quatre coins du pays, tant par des associations que des pouvoirs locaux, notamment pour porter la voix des personnes fragilisées.

Thibault Dauchet, coordinateur ATD Quart Monde en Belgique, définit la pauvreté : "Avoir des revenus bas mais aussi être privé d'un certain nombre de droits durablement et ne pas pouvoir les récupérer tout seul. Avoir besoin de l'aide d'autres pour récupérer ces droits. Quelqu'un disait 'Moi j'ai l'impression de vivre comme un zombie aujourd'hui', c'est-à-dire que je suis vivant, je suis dans la rue, j'avance, mais en même temps je suis mort socialement, on ne me voit pas, on ne m'entend pas."

Violence

Il existe un violence autour de cette pauvreté, poursuit Thibault Dauchet : "Ce qui est violent, c'est en fait de ne pas avoir le choix. On pense souvent à l'argent, mais c'est de ne pas pouvoir faire les choix qu'on veut pour soi, pour ses enfants. C'est avoir à choisir entre dire est-ce que je paie le médecin ou est-ce que je paie les médicaments ? Est-ce que je paie l'électricité ou le loyer ? C'est être jugé en permanence pour ces choix qui sont impossibles".

"En fait, personne n'arriverait à faire ces choix et les personnes font ce qu'elles peuvent, acculées dans ces situations-là, et elles sont constamment jugées par le reste des personnes qui les entourent, qui disent qu'ils ne font pas ce qu'il faut pour s'en sortir. Il y a beaucoup de préjugés, on dit que les pauvres sont des gens feignants, qui ne veulent pas travailler, or c'est complètement faux."

Une tendance à rendre les gens coupables de leur situation

La pauvreté n'est pas toujours visible, explique Thibault Dauchet : "Il y a une partie de la pauvreté qui est visible. On voit d'ailleurs qu'il y a beaucoup de projets politiques dans plusieurs communes pour justement rendre invisible cette pauvreté. Ce sont les personnes qui sont dans la rue et qui mendient qu'on voie, mais il y a aussi toute une pauvreté qui est invisible".

"Les chiffres sont énormes, ça veut dire que la plupart de la pauvreté n'est pas visible dans nos rues, ce sont des gens qui vivent isolés. La pauvreté casse les liens, les liens familiaux, mais les liens de quartier, les gens s'isolent."

Des familles en difficulté ont de moins en moins de moyens de s'en sortir, et de plus en plus de difficultés à s'en sortir, dit aussi Thibault Dauchet, "parce qu'on voit bien aujourd'hui qu'on a tendance à rendre les gens coupables de leur situation".

L'accusation de paresse n'est jamais loin : "En même temps, les gens sont de plus en plus contrôlés aussi. Tout au long de l'année, on voit qu'il y a eu plusieurs réformes, notamment au niveau du chômage, au niveau des contrôles, au niveau des CPAS, et donc les personnes sont de plus en plus contrôlées, et d'être de plus en plus contrôlées, c'est aussi être de moins en moins libres de pouvoir essayer de s'en sortir."

"Mettre les gens ensemble"

Cette journée de lutte contre la pauvreté vise "à mettre les gens ensemble, des gens qui vivent la pauvreté en premier, qui luttent contre la pauvreté, les premiers sont ceux qui la vivent, mais aussi les travailleurs sociaux, des associations, des citoyens qui, dans leur quartier, sont attentifs aux uns et aux autres. Une marche est organisée par la Fédération des travailleurs sociaux, qui veulent dire 'Toute cette pauvreté, toutes ces personnes isolées qu'on ne voit pas, on veut les rendre présentes à travers une marche qui passe par des lieux symboliques aussi dans la ville'."

Il y a plusieurs cortèges, un cortège qui part du parc Maximilien et un autre qui part du Cinquantenaire et une soirée festive au théâtre Saint-Michel à Bruxelles avec Grandgeorges, qui milite contre la pauvreté, et une trentaine d'associations avec des stands et des ateliers, et des concerts.

Reportage sur la précarité et la débrouille dans notre JT 13h de ce mardi 17 octobre

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