Journée mondiale de l'océan: que cherche-t-on dans les fonds marins? Avec quelles conséquences?

Le 8 juin est la journée mondiale de l’océan. Un océan malade… qui se vide à cause de la surpêche et de l’exploitation des fonds marins. Que cherche-t-on dans les fonds marins ? Avec quelles conséquences ? Réponses avec Sylvie Gobert, professeure en océanographie biologique à l’ULiège.

Que contiennent les fonds marins ?

Sylvie Gobert : "Les fonds marins regorgent de minerais, mais aussi de sel, par exemple. On va chercher dans la mer le sel que nous consommons et on est déjà au bout de son exploitation. On exploite aussi ce qu’on appelle les éléments rares ou éléments traces. Je parle ici d’éléments comme le fer, le titane ou le mercure. Ce sont des noms qu’on a déjà souvent entendus, mais leur production a été multipliée par dix, et même 10.000, ces 20 dernières années pour les utilisations dans nos batteries de GSM ou d’ordinateurs.


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On est aussi à la chasse au sable ou aux granulats. C’est un secteur qui fait vivre la construction et les voiries ou pour nourrir les plages qui sont érodées par le climat, pour des causes climatiques, ou parce que nous avons construit au bord de ces plages. Il faut savoir que pour faire une maison, pour une habitation classique, il faut plusieurs tonnes de ce sable. Le sable est une ressource naturelle largement exploitée juste après l’eau et juste avant le pétrole. C’est donc vraiment quelque chose que nous utilisons beaucoup."

Cette exploitation constitue justement une grave menace pour ces organismes qui vivent à cette distance ?

"Bien sûr, il y a de la vie sur l’ensemble des fonds marins et quand on est à 300 mètres de profondeur, vous imaginez bien que, comme il fait noir, la prospection se fait un peu à l’aveugle et on ne fait pas le tri entre les organismes. On prend donc tout, on remonte tout, on nettoie tout, on utilise soit les gravats, soit les éléments métalliques. Mais tous les organismes qui vivent sur le fond sont ramenés en surface et sont tués. Ils ont un cycle de vie avec une maturité sexuelle souvent très tardive. On les connaît peu, mais ça, on le sait, et on sait que ça peut avoir des catastrophes énormes sur les systèmes qui vivent sur des fonds marins."

Cette exploitation provoque aussi une pollution sonore ?

"Tout ce que nous faisons en mer en termes de machines et de turbines produit évidemment beaucoup de bruit. Mais pour prospecter et pour vérifier où on est, il faut se repérer, et pour se repérer, on émet aussi des sons, ou en tout cas des ondes. Et ces ondes, en fonction de comment elles sont ramenées vers la source, on peut alors se positionner. Mais toutes ces sources d’ondes perturbent tous les organismes. Les crevettes communiquent par le son, les poissons communiquent par le son, les baleines communiquent aussi par le son, donc ce brouhaha entraîne une impossibilité de communication pour les organismes."

Aller remuer les fonds marins fait également ressurgir des polluants ?

"Non seulement des polluants, mais ces éléments qu’on va chercher sont en principe enterrés, enfouis à l’échelle des temps géologiques. Et nous, ce que nous faisons, c’est un peu comme le pétrole, nous les extrayons et nous les remettons dans un mode de circulation très rapide qui est le nôtre, celui de la consommation humaine. Et nos téléphones, nos écrans sont plus ou moins bien recyclés, et ces éléments rares sont mis dans le milieu terrestre et peuvent polluer. Il est connu que ces éléments provoquent des cancers ou des perturbations sur les espèces animales, mais aussi sur l’espèce humaine."

Au niveau des océans, la situation est-elle dramatique aujourd’hui ?

"On va essayer de dire qu’elle n’est pas dramatique, on va encore essayer de donner des espoirs. Chaque année, je finis par dire la même chose. Il faut garder espoir, il y a encore moyen de freiner les choses et de réfléchir avant d’agir. Les pouvoirs politiques s’y mettent aussi, donc je ne dirais pas que la situation est dramatique. Il faut démarcher pour essayer de réduire les impacts que nous avons sur le milieu marin."

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