Journée internationale des personnes âgées: des inégalités existent en Belgique

C’est la Journée internationale des personnes âgées ce lundi. Dans le monde, près de 700 millions de personnes ont plus de 60 ans et elles atteindront deux milliards en 2050, soit plus de 20% de la population mondiale.

En vue du 60ème anniversaire de la Déclaration universelle des droits de l’homme, cette journée des personnes âgées veut réaffirmer son engagement dans la promotion de la pleine et égale jouissance des droits et des libertés fondamentales par ces personnes âgées.

Or, selon Philippe Andrianne, secrétaire politique d’ENEO, le mouvement social des aînés, des inégalités Est-ce que vous sentez une inégalité existent en Belgique : "En Belgique, effectivement, nous sentons pour certaines personnes une inégalité de droits dans la jouissance effective de ces droits, et ça se traduit à plusieurs niveaux. La première façon de pouvoir effectivement avoir ces droits, c’est d’avoir une parole des aînés. On va voter dans 14 jours et la parole des aînés est aussi de faire en sorte qu’ils puissent réaliser cet exercice de vote. Ça veut dire que dans les maisons de repos, on ne distribue pas systématiquement les certificats médicaux ; ça veut dire que les bureaux de vote soient adaptés, qu’on y soit attentif ; ça veut dire que les systèmes informatiques qui sont prévus notamment à Bruxelles soient aussi adaptés aux personnes qui n’ont pas l’habitude ; ça veut dire aussi qu’on mette en place de véritables conseils d’avis où les aînés puissent réellement, en tant qu’usagers des services, expliquer leurs besoins spécifiques pour qu’ils puissent être adaptés".

Le problème de la santé

Mais ce n'est pas tout, en matière de santé, il y a de nombreux progrès à réaliser : "D’abord, il y a les problèmes de santé où vous avez des particularités qui ne sont pas toujours entendues. Alors, effectivement, comme disait un membre d’ENEO éminent, on réglerait le problème du budget de la santé si on pouvait mourir un an avant ce qui est prévu, parce que c’est toujours dans la dernière année qu’on consomme le plus de budget de santé ; ce n’est pas ça qu’on veut comme société demain. Par rapport aux médicaments, par exemple, on n’entend pas au niveau du gouvernement le fait que certains médicaments dits de confort sont indispensables aux personnes âgées pour pouvoir assumer la fin de vie", explique Philippe Andrianne.

Le problème de l'ère numérique

De plus en plus, Internet est un vecteur de lien social — les réseaux sociaux, mais aussi l’accès à différents services publics — est-ce que les personnes âgées peuvent être considérées comme une génération perdue pour le numérique ?

"Non, pas tout à fait perdue", répond Philippe Andrianne, "mais les plus âgés d’entre eux ont vraiment à subir la fracture numérique. Cette fracture numérique n’est pas nécessairement le fait de ne pas posséder un ordinateur, mais de pouvoir suivre l’évolution des logiciels de deux manières : son ordinateur ne supporte plus les nouvelles versions, et donc ce sont les coûts, ou bien on a une difficulté à s’adapter aux nouveaux écrans, aux nouvelles logiques qui sont derrière, et donc on a une difficulté. Ceci impose, notamment pour les paiements bancaires, à avoir une totale confiance pour ces personnes dans quelqu’un qui va effectuer les paiements pour eux. Et d'autant plus en zone rurale, parce qu’avec la raréfaction des agences de proximité, on doit de plus en plus dans les zones rurales utiliser le 'net banking', et pour certaines personnes, c’est Kafka. Ça pose des tas de problèmes, y compris intra-familiaux".

Est-ce que cela veut dire qu'il y a une certaine déshumanisation de ces services à la clientèle et des services publics en général ? 

"Non, c’est la logique de rendement maximal qui fait que le Net, étant moins cher que du personnel en agence, fait en sorte que la logique de profit oublie une série de gens. Il n’y a pas que les aînés qui peuvent être dans cette situation. Vous avez des personnes qui sont atteintes d’un handicap, c’est la même problématique".

"30% des personnes pensionnées sont en-dessous ou au seuil de pauvreté"

A la question de savoir pourquoi la parole des aînés est-elle si importante, Philippe Andrianne répond : "Parce que par exemple, quand le service pension, le SFP comme on l’appelle maintenant, décide que si vous ne réagissez pas aux mails, dorénavant vous recevrez toutes vos informations en mails, il y a un problème. Si vous n’êtes pas connecté... si on a à un moment donné une dynamique au niveau du permis de conduire qui dit que les personnes âgées sont accidentogènes — il n’y a pas de statistiques qui le prouvent, mais on entend ce genre de discours — il faudrait donc que les personnes âgées repassent un permis de conduire ou en tout cas passent une visite médicale à partir d’un certain âge pour tout le monde, sans discrimination, on n’entend pas non plus les personnes âgées. Au niveau de l’aménagement de l’habitat, au niveau de l’organisation des services au domicile, cette parole des personnes âgées est importante, et ne parlons pas non plus de la hauteur des pensions. À ENEO, on a fait une étude qui montre que 30% des personnes pensionnées sont en-dessous ou au seuil de pauvreté. C’est quand même énorme !".

Un système de financement des pensions à revoir

Reste qu'"il y a un discours - et ça fait aussi partie de la considération à avoir pour les personnes âgées - des économistes principalement qui nous parle de guerre des générations en disant que les aînés sont pour le moment une partie de la population la plus avantagée. Certains le sont, c’est vrai, mais pas tous, au contraire. Donc, cette idée que les aînés sont en train de profiter d’un système qu’ils ont construit pour eux alors que les jeunes ont une grande difficulté..."

Or, "à ENEO, nous pensons qu’un autre système de financement, un système du style cotisation sociale généralisée est indispensable. Il faut savoir qu’à l’heure actuelle, seulement 33% de la richesse du pays est construite autour de l’heure travaillée. Le système a été construit sur 90%, et donc il faut revoir l’ensemble de la cotisation sociale sur l’ensemble des productions de richesse".

Et de conclure qu'il faut appeler à ouvrir le dialogue entre les jeunes générations et les plus anciens pour s’enrichir les uns les autres. Un dialogue que Philippe Andrianne va lancer via son mouvement.

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