Journée d'action européenne des syndicats du non-marchand: "La santé est déjà un marché"

Journée d'action européenne des syndicats du non marchand: "La santé est déjà un marché"
Journée d'action européenne des syndicats du non marchand: "La santé est déjà un marché" - © DIRK WAEM - BELGA

Ce vendredi, les syndicats des ONG des mouvements citoyens de nombreux pays (en Belgique, France, Espagne, Italie et ailleurs) ont appelé à une journée d’action afin de défendre la qualité des soins de santé.

Pour Yves Hellendorff, syndicaliste permanent national de la CNE pour le secteur non marchand, ces actions visent en particulier à s'opposer contre la commercialisation de la santé.

Qu’est-ce que vous entendez exactement par commercialisation de la santé ?

"Aujourd’hui, quand on parle de santé, on a l’impression que c’est un bien commun, c’est une chance qu’on a, c’est l’accès à des soins de santé pour tous. Demain, déjà aujourd’hui dans toute une série de pays, c’est un marché. C’est un marché avec des entreprises qui veulent faire du bénéfice".

Un exemple pour la Belgique?

"Pour la Belgique, le meilleur exemple évidemment sont les maisons de repos. Vous savez qu’aujourd’hui en Wallonie et à Bruxelles, la majorité des lits de maisons de repos sont des lits qui appartiennent au privé à but lucratif et là-dedans une très grosse part à des multinationales qui ont investi dans ce qu’on appelle ça maintenant l’or gris. Ce sont des investissements qui sont encore autour de rendements de 5 %. Ces investisseurs sont des fonds de pension, ce sont des multinationales et la santé devient vraiment une marchandise plutôt qu’un droit".

Est-ce que vous dénoncez également le fait que certains patients peuvent obtenir des rendez-vous chez un médecin plus rapidement que d’autres s’ils payent un peu plus ?

"Oui, voilà. Mais la commercialisation, c’est vraiment un état d’esprit, c’est vraiment toute une série, une déclinaison de situations où on fait passer l’intérêt financier avant le bien-être des gens. Alors vous avez évidemment, tout le monde a cet exemple en vue, vous téléphonez pour avoir un rendez-vous chez les spécialistes, on vous dit dans 6 semaines, dans 2 mois, dans 3 mois. Ou bien vous allez au cabinet privé, et là c’est la semaine prochaine, et là vous payez deux fois plus cher".

Ce que vous craignez, en quelque sorte, c’est la création d’une santé à plusieurs vitesses ?

"Ce qu’on craint et ce qu’on voit, c’est l’émergence du modèle américain, nord-américain, c’est-à-dire un financement à travers des assurances privées à but lucratif, un accès extrêmement limité au niveau de la base accessible à tous, et ceux qui ont de l’argent peuvent avoir alors accès à une médecine de qualité. Dans un pays comme le nôtre, où on a toujours eu l’habitude de parler d’efficience des moyens publics, c’est de la folie parce qu’on a un système de santé qui fonctionne bien, qui coûte moins cher que les Américains et un état de la santé publique meilleur avec moins d’argent. Et on veut faire passer vers un modèle américain".

Alors justement, Yves Hellendorff, au début de la semaine, le président de la mutualité chrétienne disait qu’un hôpital sur 4 pourrait fermer ses portes sans que ça n’affecte les prestations de santé ni l’accès aux soins. Qu’est-ce que vous lui répondez ?

"Moi, je n’ai pas de dogme là-dessus. Je pense que faire une politique de santé exclusivement sur des lits hospitaliers, c’est une erreur, tout à fait. Et donc on doit développer des alternatives à l’hospitalisation, et quand ces alternatives seront mises en œuvre et qu’il y aura une réelle accessibilité pour l’ensemble de la population, on verra bien qu’il y aura des lits en trop et il faudra en fermer des lits".

Donc vous ne mettez pas de côté cette hypothèse, il pourrait effectivement y avoir une surcapacité au niveau global, au niveau du pays ?

"Évidemment, dans une région comme La Louvière ou à (inaudible), il y a les mêmes services hospitaliers entre Tivoli et Jolimont, par exemple, c’est de la folie, c’est de la connerie. Donc il faut réfléchir, il faut le faire, mais il ne faut pas le faire n’importe comment, il faut laisser du temps et il faut mettre des balises. Nous avons dit ça à la ministre il y a un an et demi quand elle a lancé ses idées, et depuis un an et demi, on attend qu’elle nous convoque pour faire une réelle concertation et qu’on mette les balises. Depuis un an et demi, rien".

Elle ne vous reçoit pas jusqu’ici ?

"Non, nous avons un premier rendez-vous le 20 avril à ce sujet-là, alors qu’entre temps elle a lancé l’idée qu’elle allait mettre en œuvre et exiger des institutions qu’elles créent des réseaux avant la fin d’année 2017. Et les institutions, les directions, sont en train de courir pour rattraper le temps perdu maintenant et aller dans n’importe quel sens. C’est une catastrophe qu’on est en train de préparer de ce côté-là".

Quelle sera votre première question, votre première demande quand vous allez la rencontrer le 20 avril ?

"Est-ce qu’on est d’accord qu’il faut lutter contre la commercialisation ? C’est-à-dire est-ce qu’on est d’accord que l’hôpital, ce n’est pas un lieu pour faire des affaires ?"

Mais elle va vous répondre non, elle va vous répondre qu’elle est d’accord avec vous?

"Eh bien c’est faux. Dans ces pistes, qu’est-ce qu’elle dit ? Les hôpitaux doivent être reconcentrés. Par exemple, les laboratoires peuvent être externalisés et confiés au privé à but lucratif. Les radiologies, on peut faire des hôtels de soins, on va créer des hôtels de soins à côté de l’hôpital pour faire sortir plus tôt les patients et les faire mettre dans un hôtel. S’ils sont un peu malades, ils reviendront tout de suite aux soins d’urgence. Voilà, ça c’est le modèle qu’on veut. Donc vraiment un hôpital extrêmement réduit avec plein de logistique autour qui sera commercial, ça ce n’est pas le modèle que nous voulons, ça ne marchera pas en Belgique".

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