JO de Sotchi: "Poutine reproduit de façon sinistre le crime d'Hitler"

Manifestation aux Etats-Unis contre les lois anti-gays russes
Manifestation aux Etats-Unis contre les lois anti-gays russes - © EMMANUEL DUNAND - IMAGEGLOBE

Les critiques se multiplient contre la Russie et ses lois anti-gays, alors que les Jeux olympiques de Sotchi approchent à grands pas. Beaucoup craignent que les lois controversées s’appliquent aux participants et spectateurs. L’acteur Stephen Fry n’hésite pas à faire un parallèle avec les juifs et Hitler.

L'acteur britannique ouvertement homosexuel Stephen Fry a écrit au Comité international olympique (CIO) pour lui demander de retirer à la Russie l'organisation des JO. Il n’hésite pas dans sa lettre à comparer la situation actuelle aux JO de 1936 à qui s’étaient déroulés "sous l'égide d'un tyran qui avait promulgué deux ans plus tôt une loi qui réservait une persécution toute particulière à une minorité dont le seul crime était d'être venue au monde".

"Poutine reproduit de façon sinistre ce crime fou, cette fois-ci contre les membres russes de la communauté LGBT. Passages à tabac, meurtres et humiliations sont ignorés par la police. Défendre ou discuter sainement de l'homosexualité est contraire à la loi. Dire, par exemple, que Tchaïkovsky était gay et que son oeuvre et sa vie reflètent sa sexualité et ont inspiré d'autres artistes gay serait sanctionné par une peine d'emprisonnement", explique-t-il dans sa lettre traduite par le Huffington Post.

"Une interdiction absolue des Jeux olympiques d'hiver 2014 en Russie à Sochi est tout bonnement essentielle. Installez-les dans l'Utah, à Lillehammer, où vous voulez. Il faut à tout prix que Poutine ne puisse pas avoir l'approbation du monde civilisé", plaide-t-il.

Et de rappeler les dirigeants du CIO à leurs valeurs, notamment la lutte contre toutes les formes de discrimination.

Stephen Fry est loin d’être le premier à attirer l’attention sur les problèmes posés par les lois anti-gays adoptées en Russie. Ainsi, le président américain Barack Obama a affirmé mercredi qu’il n’avait "aucune tolérance pour des pays qui essayent de traiter les gays, les lesbiennes ou les personnes transgenres d'une manière qui les intimide ou qui leur fait du mal ".

Que disent ces lois ?

Vladimir Poutine a promulgué en juin une loi controversée punissant tout acte de "propagande" homosexuelle devant les mineurs.

Selon la loi, la "propagande des relations sexuelles non traditionnelles devant mineur" est passible d'amendes de 4000 à 5000 roubles (100-125 euros) pour une personne physique. Une personne dépositaire de l'autorité publique risque une amende de 40 000 à 50 000 roubles (1000-1250 euros) et une personne morale, de 800 000 à un million de roubles (19 000-23 500 euros). L

Les sanctions sont encore plus sévères si cette propagande est effectuée sur internet, et prévoient que les personnes morales (sociétés, associations...) pourront être fermées jusqu'à 90 jours.

Les étrangers risquent aussi une amende pouvant aller jusqu'à 100 000 roubles, et pourront en outre être détenus 15 jours et expulsés.

La loi a été appliquée pour la premère fois avec l'interpellation fin juillet près de Mourmansk, dans le nord-ouest de la Russie, de quatre ressortissants des Pays-Bas, parmi lesquels le chef d'une ONG LGBT (lesbiennes,gays, bisexuels, transsexuels) néerlandaise.

Accusés de propagande homosexuelle devant mineurs, ils ont passé plusieurs heures dans un poste de police et se sont vu interdire l'accès au territoire russe pendant trois ans.

Pétition de 320 000 signatures

Mercredi, le mouvement international luttant contre l'homophobie All Out a annoncé avoir déposé au CIO une pétition comprenant plus de 320 000 signatures pour dénoncer la loi russe et appeler à protéger les homosexuels contre toute discrimination.

"Nous appelons instamment le Comité Olympique International à condamer la loi et à prendre des mesures pour s'assurer qu'aucun athlète, visiteur ou citoyen russe ne sera arrêté avant, pendant et après les Jeux d'hiver de Sotchi", qui se tiendront en 2014, souligne dans la pétition Andre Banks, le directeur exécutif d'All Out.

Plusieurs pages appelant au boycott des Jeux ont été créées sur Facebook et des défenseurs de la cause gay ont appelé à boycotter la vodka russe.

Le CIO se défend…

"Le CIO souligne clairement que le sport est un droit de l'homme et doit être accessible à tous, libre de toute discrimination, et ceci s'applique aux spectateurs, officiels, médias et bien sûr aux athlètes. Nous nous opposerons dans les termes les plus forts à toute action qui remettrait en cause ces principes", a souligné la responsable des relations médias du Comité.

Elle a noté qu'il fallait encore savoir comment cette loi serait appliquée, en particulier pour les Jeux de Sotchi et a indiqué que le CIO avait "reçu des assurances au plus haut niveau du gouvernement de Russie que la législation n'affectera pas ceux qui assisteront et participeront aux Jeux".

… et les Russes bottent en touche

Le vice-Premier ministre russe chargé des JO, Dmitri Kozak, a assuré mercredi qu'il n'y aurait "aucune discrimination à l'égard de l'orientation sexuelle des personnes pendant les JO, ni avant ni après".

Pourtant, début août, le ministre russe des Sports Vitali Moutko avait de son côté déclaré que les sportifs homosexuels devraient "respecter" la loi russe interdisant "la propagande de l'homosexualité" pendant les JO.

Le responsable chargé des droits de l'homme au ministère russe des Affaires étrangères, Konstantin Dolgov, a pour sa part appelé à éviter toute "politisation" des JO.

Human Rights Watch (HRW) a par ailleurs accusé les autorités russes d'avoir "harcelé nombre de défenseurs des droits de l'homme et de journalistes" qui ont dénoncé des violations de droits au cours des préparatifs des JO de Sotchi, région entre les bords de la mer Noire et les montagnes du Caucase.

Cela concerne le traitement des travailleurs immigrés, "l'impact de la construction d'infrastructures olympiques sur l'environnement et de la santé des habitants", et "les injustes compensations" versées aux personnes contraintes de quitter leur domicile, a précisé l'ONG de défense des droits de l'homme dans un communiqué publié mercredi, à six mois jour pour jour de la cérémonie d'ouverture des JO, qui auront lieu du 7 au 23 février 2014.

L'homophobie est largement répandue en Russie, où l'homosexualité était considérée comme un crime jusqu'en 1993 et comme une maladie mentale jusqu'en 1999. Récemment, plusieurs cas de meurtres de personnes commis en raison de leur homosexualité ont été recensés dans le pays. Selon un sondage de l'institut Vtsiom publié en juin, 88% des Russes soutiennent l'interdiction de la "propagande" homosexuelle.

J.C., avec agences

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