Jeunes étrangers au pair: "On n'est pas loin d'un esclavagisme moderne"

Jeunes filles au pair: esclavagisme moderne?
Jeunes filles au pair: esclavagisme moderne? - © RTBF

Des familles belges profiteraient du système pour faire travailler à temps plein des jeunes étrangers venus découvrir la Belgique. C’est ce que dénonce l’ORCA, une organisation qui vient en aide aux travailleurs sans-papiers.

C'est une expérience qui attire de nombreux jeunes. Le travail au pair consiste à passer une année dans une famille. Une chance pour les jeunes âgés de 18 à 26 ans d'apprendre une autre culture tout en travaillant un peu.

C’est ce qui a attiré Violetta, une jeune colombienne de 26 ans. En mars dernier, elle est arrivée dans une famille d’accueil à Bruges. Très vite, l’expérience a tourné au cauchemar. " Je devais cuisiner, laver la vaisselle tous les jours, repasser, m'occuper des enfants et emmener l'un d'entre eux à l'école ", explique Violetta. "J'étais dans cette maison depuis seulement 3 mois et j'étais déjà malheureuse. Parce que je travaillais plus que ce qui est autorisé par la loi. Je travaillais 40 heures par semaine".

Familles d'accueil hors-la-loi

La loi belge stipule en effet que le jeune au pair peut travailler maximum 4 heures par jour ou 20 heures par semaine. En échange, le travailleur au pair reçoit 450 euros minimum et un logement gratuit. Ces conditions sont censées permettre au jeune de découvrir un pays à moindre coût. Violetta n’aura rien vu de tout ça, il y a deux semaines, elle a décidé de fuir sa famille d’accueil.

Son récit est surprenant. "Comme la mère m'avait déjà souvent crié dessus, j'ai décidé de partir de la maison. Mais elle m'a sauté dessus pour essayer de me faire rester. Elle a essayé de me frapper. Elle m'a griffé les mains. Son mari s’est interposé entre nous. J'ai attrapé mon sac à main et je me suis enfuie de la maison ".

Esclavagisme moderne?

Des témoignages désespérés comme celui-ci, Jan Knockaert de l’ORCA, une organisation qui s'occupe des travailleurs immigrés, en reçoit de plus en plus. "Parler d’esclavagisme moderne, c’est quand même un mot un peu fort mais de temps en temps on n’en est pas loin. Certains jeunes au pair sont enfermés dans la maison et il faut exécuter les demandes du patron. Parfois ils ne reçoivent pas de nourriture ça peut aller très loin."

Supprimer le travail au pair

L’ORCA plaide pour la suppression pure et simple du travail au pair. "Pour moi le système doit disparaitre. Les familles utilisent le système au pair pour avoir des travailleurs mais ce n’est pas le but. C’est un échange culturel et un peu de travail pour compenser. On voit ici que c’est utilisé comme un système de travail migratoire".

Violette a décidé de ne pas se laisser faire, elle a porté plainte auprès de l’administration du travail. "Le travail au pair est un mensonge. Dans notre pays on nous dit que les familles sont chouettes, que mon année d’échange culturel à l’étranger sera inoubliable. Mais une fois qu’on est dans le pays, la famille change les règles. Les agences de jeunes au pair ne se soucient plus de nous. Elles ne s’intéressent qu’à l’argent que les familles ici leur verse."

Nora Khaleefeh

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