Jeune Saoudien menacé d'exécution: mobilisation dans le monde

Portrait d'archives non daté d'Ali al-Nimr, un jeune Saoudien chiite menacé d'exécution
2 images
Portrait d'archives non daté d'Ali al-Nimr, un jeune Saoudien chiite menacé d'exécution - © HO

Lundi, l’Arabie Saoudite prenait la direction du panel du Conseil des Droits de l’homme aux Etats-Unis. Aujourd’hui, le pays qui pratique les châtiments corporels et la peine de mort devrait décapiter puis crucifier un jeune homme de 20 ans

Il s’appelle Ali Mohammed Al-Nimer et n’avait que 17 ans en 2012, lors de son arrestation pour avoir manifesté contre le gouvernement à Qatif, dans l’est du pays. Il a ensuite été condamné pour participation à des manifestations contre le gouvernement, attaque des forces de sécurité, possession d’une mitrailleuse et vol à main armée.
Il a avoué, mais selon l’ONG britannique Retrieve (qui l’aide juridiquement), ses aveux ont été obtenus sous la torture, une pratique largement utilisée dans le Royaume sunnite.

en réalité, c’est en tant que chiite et plus précisément en tant que neveu d’un opposant chiite à la Monarchie qu’Ali Mohammed Al-Nimer est visé. Son oncle était le Cheihk Nimer Baqer al-Nimer, lui-même condamné à mort il y a près d’un an pour s’être opposé au pouvoir.

Comme pour son oncle , l’Arabie Saoudite veut faire de l’exécution d’Ali Mohammed Al Nimer, un exemple et une mise en garde à l’attention des chiites. C’est pour cette raison qu’après avoir été décapité puis crucifié le corps du jeune homme devrait être exposé publiquement.

Une vie au bout d'une signature

Les autorités saoudiennes n'annoncent pas à l'avance les exécutions, généralement pratiquées par décapitation au sabre. Mais des experts de l'ONU ont prévenu que le jeune homme pouvait être "exécuté à tout moment".

"J'espère que le roi ne va pas signer" l'ordre d'exécution, a déclaré à l'AFP Mohammed al-Nimr, le père d'Ali. Il a mis en garde contre une réaction violente des membres de la minorité chiite, qui se concentre dans l'est de l'Arabie saoudite, en cas d'exécution de son fils. "Nous ne voulons pas de ça, nous ne voulons pas d'une seule goutte de sang versé", a-t-il affirmé.

Nombreuses exécutions

Mardi, des experts de l'ONU en droits de l'Homme ont demandé aux autorités saoudiennes d'annuler l'exécution, en exprimant de sévères critiques sur le processus judiciaire ayant conduit à sa condamnation.

Le jeune homme a apparemment été contraint de passer aux aveux, alors qu'il n'avait pu recourir à un avocat dans des conditions normales avant et pendant son procès, qui ne répondait pas aux normes internationales, selon ces experts. De même, son interjection en appel a été traité "dans le mépris total des critères internationaux".

"Toute sentence infligeant la peine de mort à des personnes mineures à l'époque du délit, ainsi que leur exécution, sont incompatibles avec les obligations internationales de l'Arabie saoudite", ont-ils conclu.

Le président français François Hollande a également demandé à l'Arabie saoudite, "de renoncer à l'exécution" du jeune homme.

"La France est opposée à la peine de mort", a déclaré M. Hollande mercredi lors d'une conférence de presse à l'issue d'un Conseil européen sur les réfugiés à Bruxelles.

Depuis le début de l'année, 133 personnes ont été exécutées dans le royaume ultra-conservateur, contre 87 sur l'ensemble de 2014, selon un décompte de l'AFP établi sur la base de communiqués officiels.

Ryad "est engagé dans une frénésie d'exécutions cette année mais décapiter un jeune dont le procès était injuste marquerait un désastreux précédent", a estimé la semaine dernière Joe Stork, directeur-adjoint de Human Right Watch pour le Moyen-Orient.

Meurtre, viol, vol à main armée, apostasie et trafic de drogue sont passibles de la peine capitale dans ce pays régi par une version rigoriste de la charia, qui invoque la dissuasion comme argument clé pour la justifier.

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK