Greta Thunberg à Bruxelles: "Le monde politique ne veut pas nous parler? OK, nous non plus!"

La marche pour le climat de ce jeudi aura un caractère particulier puisque la militante suédoise pour le climat, Greta Thunberg, se joindra à la jeunesse belge pour sillonner les rues bruxelloises. La semaine dernière, elle avait qualifié les étudiants belges de "héros".

Avant cela, la jeune fille, âgée de 16 ans, s'est exprimée devant le Comité économique et social européen, en présence notamment de Jean-Claude Juncker, président de la Commission européenne.

"Nous n’avons pas le temps d’attendre de devenir des adultes"

Entourée des organisatrices belges de la marche pour le climat, la jeune suédoise a commencé son discours en ces termes: "Des dizaines de milliers d'étudiants manifestent pour le climat dans les rues de Bruxelles. Des centaines de milliers font la même chose dans le monde entier. Les gens nous disent toujours qu’ils sont plein d’espoir. Ils espèrent que nous allons sauver le monde. Mais ce n’est pas possible. Nous n’avons pas le temps d’attendre de devenir des adultes, de devenir, nous, les responsables".

"En 2020, il faudra avoir inversé la courbe des émissions, les faire diminuer. C’est l’année prochaine ! Nous savons que la plupart des responsables politiques ne veulent pas discuter avec nous, ok. Nous non plus !"  Elle a alors été applaudie, parmi les rires de l’assemblée. "Nous voulons qu'ils parlent à la communauité scientifique et qu'ils l'écoutent. Parce que nous ne faisons que répéter ce qu’ils disent depuis des dizaines d’années."

Le monde politique vertement rappelé à l'ordre

Greta Thunberg a fait allusion aux responsables politiques qui estiment que les jeunes sont manipulés. "Certains inventent toutes sortes de complots et nous qualifient de 'pantins' incapables de réfléchir tout seuls. Ils essaient de détourner l'attention de la crise environnementale. Ils ne veulent pas en parler parce qu'ils savent qu'ils n'ont pas bien fait leurs devoirs", en faisant allusion au rythme scolaire des étudiants mobilisés pour le climat.

La jeune suédoise a martelé qu'il faut, selon elle, changer de façon de penser et que le système ne doit plus être basé sur la compétition et le pouvoir. "Nous devons coopérer et travailler ensemble, et partager les ressources de la planète de façon équitable. Il faut protéger la biosphère, l'air, les océans, les sols, les forêts. Ce que je dis peut sembler très naïf, mais si vous avez bien fait vos devoirs, vous saurez que nous n'avons pas d'autre solution, car si nous échouons, tous les progrès que nous avons réalisés seront inutiles".

Greta Thunberg a ensuite eu des mots encore plus durs envers le monde politique. "Tout ce que nos représentants politiques risquent de laisser en héritage, c'est le plus grand échec de l'histoire de l'humanité. On se souviendra d'eux comme des plus grands traitres, parce qu'ils ont choisi de ne pas écouter et de ne pas agir. Mais cela peut ne pas se passer comme ça, il nous reste du temps."

"Prenez notre place dans la rue!"

La jeune femme a ensuite demandé à l'Union européenne de revoir à la hausse ses objectifs de réduction des émissions de gaz à effet de serre, pour sauver ce qui peut encore l'être et éviter les scénarios incontrôlables décrits par les experts du Giec si le réchauffement climatique dépasse 1,5°C. "Il faut une réduction d'au moins 80% de gaz à effet de serre d'ici à 2030, il faut être deux fois plus ambitieux."

"On laisse tous les problèmes à notre génération. Mais ce n'est pas pour notre avenir que nous nous battons, c'est pour celui de tout le monde", a insisté la militante dont le visage entouré de deux tresses est devenu une figure mondiale de la lutte climatique. "Si vous pensez que nous devrions être en classe, prenez notre place dans la rue! Faites grève, vous aussi! Rejoignez-nous pour que les choses avancent. Dire que tout va bien en ne faisant rien, ce n'est pas acceptable. Or c'est ce que vous faites. Se contenter d'attendre que l'espoir revienne, c'est une attitude d'enfant gâté et irresponsable. L'espoir est quelque chose qui se gagne, vous ne semblez pas l'avoir compris. Si vous estimez que nous perdons notre temps en brossant les cours, alors dites-vous bien que vous, vous avez perdu des années en ne faisant rien!", a-t-elle conclu en ajoutant que plus rien ne pourra désormais arrêter la jeunesse.

La réponse "décevante" de Jean-Claude Juncker

Dans la foulée du discours de Greta Thunberg, Jean-Claude Juncker a pris la parole pendant un bon quart d'heure. Ainsi, il a déclaré: "Je ne voudrais pas qu'on nourrisse à l'égard de l'Europe trop d'espoir. L'Europe ne peut pas tout faire. Nous donnons toujours l'impression de pouvoir tout faire mais ce n'est pas vrai, parce qu'il faut composer avec les réalités régionales, locales et nationales". Il a également dit avoir renoncé - en raison notamment de l'attention portée à la crise grecque- à "régler les petites choses comme harmoniser les chasses d'eau sur toutes les toilettes européennes, ce qui aurait permis d'économiser énormément d'énergie."

Un discours mou, qui n'a pas répondu aux attentes des jeunes Européens, selon Jean-Pascal Van Ypersele. "Effectivement, nous avons assisté ce matin à une triste démonstration de la totale déconnexion entre le Président de la Commission EU et les préoccupations si bien exprimées par @GretaThunberg et les jeunes de #YouthForClimate", a-t-il écrit sur Twitter.

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