Jérôme Jamin: "C'est une très grande victoire pour le FN"

Jérôme Jamin, spécialiste belge de l'extrême-droite en Europe et aux USA, était l'invité de Matin Première ce lundi pour parler des élections régionales françaises de ce dimanche.

À l'issue du deuxième tour, le FN n'a remporté aucune région, grâce au système de front républicain. Certaines têtes de liste socialistes ayant passé le deuxième tour se sont retirées au profit de leur adversaire républicain, afin qu'ils bénéficient d'un report de voix.

"Il y a un sérieux problème au sein de la politique française"

Et pour cet expert, ce système de barrage est un détournement : "La loi électorale et les clivages politiques n'ont pas été inventé pour être systématiquement détournés de leur fonction. Que ça arrive une fois de temps en temps face à une menace imminente, c'est compréhensible. Mais si on fait ça depuis toujours, il y a là un sérieux problème au sein de la politique française. Le problème est simplement reporté, on congèle la politique lorsque l'électeur va voter, puis tout reprend normalement".

Et de pointer l'échec des partis traditionnels. "Quand tous les acteurs politiques au sein d'un système démocratique sont obligés de détourner des institutions électorales pour faire barrage à un adversaire commun, cela montre bien que ce n'est pas une défaite, mais une victoire pour le FN."

La vie politique française est vraiment dans une situation pourrie

Pour Jérôme Jamin, il aurait mieux fallu laisser le FN gagner quelques régions. "Le système du front républicain a fait son temps et produit plus d'éléments négatifs qui pourrissent la politique françaiseÀ un moment donné, le fait que le FN puisse gérer une région, comme il gère des villes d'ailleurs, c'est une façon de voir sa vraie nature lorsqu'il est au pouvoir. C'est une façon de le laisser commettre des erreurs, de voir comment il fonctionne vis-à-vis des autres partis."

"Ça peut aussi provoquer un processus de socialisation institutionnelle, ajoute-t-il. C'est-à-dire que lorsqu'ils sont bien installés dans une institution, ils finissent par la détester un peu moins. C'est d'ailleurs ce qui se passe au niveau européen."

"Il y a une perte de légitimité des partis traditionnels"

L'expert belge rappelle que certaines idées politiques actuelles, et banales, ont été pompées à l'extrême-droite. "Les centres fermés, c'est l'extrême-droite qui l'a inventé. Le parcours d'intégration aussi. Toutes ces idées ont traversé le cordon sanitaire, ou le front républicain, et donc je trouve qu'il y a une perte de légitimité des partis traditionnels de s'en prendre à l'extrême-droite en même temps que, elle, copie les partis traditionnels. Tout cela sur fond de front républicain qui mine le clivage gauche-droite."

"Je ne dis pas que c'est anodin qu'un parti d'extrême-droite dirige une région, précise-t-il. Mais quand des éléments comme le lien entre immigration et criminalité, entre immigration et chômage ne sont plus l'apanage de l'extrême-droite, mais aussi d'autres partis traditionnels, la légitimité de ceux-ci chute."

Trump est l'émanation du dérèglement du Tea Party

Sur le phénomène Donald Trump aux États-Unis, Jérôme Jamin explique qu'en Europe l'homme politique républicain serait considéré comme "un fou d'extrême-droite. Mais pas aux États-Unis. Chez eux, le centre-droit jusque l'extrême-droite se retrouvent dans un seul parti, le "Grand Old Party", les Républicains. Les jeux entre droite et extrême-droite se jouent à l'intérieur du parti".

Donald Trump est "l'émanation du dérèglement incarné par le Tea Party qui est une pulsion politique anti-système radicale. Trump se présente comme un entrepreneur milliardaire capable de la politique sans devoir se corrompre, car il a assez d'argent. Et aux USA cet argument, celui qui a de l'argent est intègre, ça marche".

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