Jean-Pascal van Ypersele (UCLouvain): "La Belgique doit garder ses centrales au-delà de 2025"

La vingt-cinquième édition de la COP s’ouvre ce lundi à Madrid. Jean-Pascal van Ypersele, professeur de climatologie à l’UCLouvain, ancien vice-président du GIEC, y participe. 

L’accord de Paris doit finalement s’appliquer en 2020 et l’année dernière, les règles de sa mise en route ont été adoptées. 

A quoi va servir cette COP?

"L’an dernier, deux tiers du travail ont été faits à propos des règles de mise en œuvre. Il reste grosso modo un tiers et ce n’est pas le plus facile, sinon il serait terminé aussi. C’est la partie des règles de mise en œuvre qui concernent les marchés du carbone, donc les possibilités d’échanger des quotas de pollution entre pays notamment. Et toutes ces règles-là, notamment sur le fait qu’il faut éviter que des pays ne puissent faire du double comptage, c’est-à-dire que des réductions soient comptées deux fois - une fois par le pays où la réduction a eu lieu et une autre fois par le pays qui a éventuellement financé cette réduction - doivent encore être adoptées. L’autre sujet important est tout de même la préparation du relèvement du niveau d’ambition des engagements des pays dans le cadre de l’accord de Paris. Ça, c’est très important et c’est sans doute quelque chose qui va principalement se produire l’an prochain à la COP qui aura lieu à Glasgow. Mais déjà cette année, ce travail-là devrait être préparé parce que si on reste avec les engagements actuels, tels qu’ils ont été annoncés par les pays peu avant Paris en 2015, on devrait se trouver sur une trajectoire qui nous mène probablement au-delà de trois degrés. On dit souvent trois degrés, mais je pense que c’est au-delà de trois degrés", explique le climatologue, ancien vice-président du GIEC.

Est-ce que vous pensez que les marches pour le climat mondial cette année, la mobilisation que l’on a connue et qu’on connaît encore, vont peser sur les négociations ?

"Je pense qu’elles seront dans l’esprit de beaucoup de négociateurs et je pense qu’aujourd’hui, lors de la séance d’ouverture, il faudra écouter les discours d’ouverture des différents pays, mais je pense que certaines délégations vont y faire référence. Je pense donc que ça influence tout de même l’esprit dans lequel les négociations se passent", commente Jean-Pascal van Ypersele.

Et l'Europe dans tout ça?

"L’Union européenne va s’exprimer et sera certainement très écoutée. C’est l’une des délégations les plus importantes dans ces négociations-là, puisque maintenant les États-Unis ont perdu beaucoup d’importance vu leur retrait annoncé de l’accord de Paris. Mais l’Union européenne n’est évidemment pas la seule, il est toujours aussi important d’écouter ce que le groupe des 77 dit, et le groupe des 77 et de la Chine est en fait le groupe de l’ensemble des pays en développement. Ils sont beaucoup plus que 77 aujourd’hui, ils étaient 77 lors de la fondation de ce groupe dans les années 50, mais ils parlent aujourd’hui d’une seule voix avec beaucoup de force. Il faudra donc écouter leur discours".

La Belgique doit garder ses centrales au-delà de 2025

Jean-Pascal van Ypersele assume ces propos : "Je dis ça depuis 2006. Je dis simplement que comme la Belgique — c’était malheureusement déjà vrai en 2006 et c’est encore vrai aujourd’hui — n’a pas fait grand-chose pour préparer la sortie du nucléaire qui était prévue pour 2025, je pense qu’il vaut mieux garder les deux centrales qui sont, semble-t-il, en bon état pour continuer à fonctionner encore quelques années pour éviter que l’on construise des centrales au gaz qui vont émettre des quantités de CO2 importantes. Je pense qu’il faut taxer bien davantage que c’est le cas aujourd’hui les exploitants de centrales nucléaires, puisque ce sont des centrales qui sont très largement amorties, et il faut utiliser l’argent pour financer les énergies renouvelables et la transition parce que cette partie-là de l’action doit être fortement accélérée. (...) En deux mots, la Belgique n’est pas du tout prête à aller vers la neutralité carbone, elle est très en retard par rapport à ce qu’il faut faire, non seulement dans le domaine de l’électricité, qui est finalement une petite partie de la politique climatique, mais dans tout ce qu’il faut faire dans le domaine des transports, dans le domaine de l’isolation des bâtiments, dans le domaine de l’agriculture... Il y a énormément à faire et garder deux centrales nucléaires quelques années de plus aux conditions que j’ai indiquées, ce n’est pas un drame et c’est un tout petit aspect du retard que la Belgique a".

COP bleue

La COP se déroule à Madrid, mais le Chili garde la présidence. Le Chili qui a voulu mettre lesOocéans en avant. Jean-Pascal van Ypersele commente : "Ils vont en tout cas tout faire pour essayer de faire oublier que la conférence aurait dû se passer au Chili et qu’elle n’a pas pu se passer chez eux, mais qu’elle a dû être organisée en dernière minute, avec brio, par l’Espagne. Mais l’accent sur l’Océan sera tout de même maintenu, avec la collaboration de l’Espagne qui a aussi des côtes importantes et qui est aussi préoccupée par l’élévation du niveau des mers, par exemple".

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