Jean-Pascal van Ypersele : "Il est possible de protéger le climat, l'environnement, la biodiversité, tout en vivant mieux"

Cette année, il a reculé de trois semaines. A présent calculé au 22 août prochain, le jour du dépassement, date à partir de laquelle l’Humanité dépasse (théoriquement) les ressources que la Terre peut générer en un an. Auparavant donc, il était fixé jour pour jour à ce 29 juillet.

Trois semaines de différence, Jean-Pascal van Ypersele, climatologue et professeur à l’UCLouvain et ex-vice-président du GIEC, s’en réjouit. Mais n’est pas dupe pour autant, comme il l’a confié au micro d’Anne-Sophie Bruyndonckx dans Matin Prem1ère : "On peut s’en réjouir un petit peu mais ce serait une illusion de croire que les bonnes nouvelles sont vraiment arrivées. Car c’est très temporaire, c’est dû au covid qui a ralenti l’activité économique dans une grande partie du monde".

Les émissions de CO2 ont aussi donc diminué. "Mais comme le CO2 est un gaz qui s’accumule dans l’atmosphère, ce polluant-là, voir une diminution temporaire pendant un an voire deux, ça ne change pas grand-chose." Et le climatologue de continuer de plaider pour des réductions structurelles à long terme.


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Le "jour du dépassement" de 2018 était fixé au 1er août (archive JT)

Climat et corona

Le lien entre la pandémie et le réchauffement climatique, le professeur le fait sans ambages. Ainsi, il a écrit une lettre, que l’on peut retrouver notamment sur la plate-forme wallonne du GIEC, dans laquelle on peut par exemple lire "Ce que nous vivons évoque tellement, en accéléré extrême, le genre de bouleversements auxquels les changements climatiques vont nous confronter. Bien sûr, il y a de nombreuses différences entre les deux problèmes, mais elles ne sont pas si grandes que cela. Avec le virus, ce sont "seulement" les humains qui tombent malades. Pour le climat, ce sont les humains ET les écosystèmes qui souffrent, et de plus en plus".


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Et Jean-Pascal van Ypersele de continuer à enjoindre autorités et population à poursuivre d’autant plus la lutte contre le réchauffement climatique. La menace est ici sur le moyen et le long terme. Et va rendre plus difficile la vie sur Terre à tous les organismes vivants.

D’autant que le lien est, selon lui, prégnant. "Il y a un lien […] Les choses sont claires, un certain nombre de virus sont présents dans toute une série d’espèces animales qui, quand elles sont dans leur milieu naturel ne posent aucun problème. Mais quand ces animaux sont sortis (avec force) de leur milieu naturel et mis en contact de trop près avec les humains, ces virus peuvent passer de ces animaux aux humains et c’est un risque pour lequel les experts en épidémies attirent l’attention depuis des dizaines d’années". Il conclut son constat : "eux non plus n’ont pas été assez entendus".


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Jean-Pascal van Ypersele fait donc le lien entre l’épidémie que nous connaissons et le sort que nous réservons aux animaux.

"Que l’on tire les leçons de cette épidémie de covid et s’il vous plaît, que l’on fasse la même chose pour le climat qui risque de mener à vague d’impacts encore plus importants.

Reportage JT du 15 février dernier

Le temps qui court…

Bien qu’il y ait des aspects visibles du réchauffement climatique, comme des sécheresses, canicules et incendies. "Il vaudrait mieux, pour J-P van Ypersele, ne pas attendre que ce soit encore plus visible pour prendre des mesures fortes, à savoir sortir des combustibles fossiles, arrêter de les subsidier, de les consommer, venir à une économie décarbonée le plus vite possible…"

 

On attend de voir les problèmes pour se dire "ah, il faut faire quelque chose" (…) Pour le réchauffement climatique, il vaudrait mieux ne pas trop attendre

La fonte des glaciers, dans "Les clés de l’info" du 13 février dernier (JT)

Vers les sommets

Il y a quelques jours, alors que se terminait le sommet européen, Jean-Pascal van Ypersele était, lui, au sommet du Mont-Blanc. L’occasion de constater les bouleversements dans les Alpes (40% de neige en moins à Chamonix), mais aussi de lancer un énième message aux autorités : "La glace est en train de fondre. Augmenter les ambitions climatiques est urgent". Le climatologue se veut également rassurant : "Il est possible de protéger le climat, l’environnement, la biodiversité, tout en vivant mieux. Le GIEC n’arrête pas de le dire depuis plusieurs années."

Pourquoi cette urgence n’est pas assez prise en compte, selon lui ? Il pointe une méconnaissance des problèmes et pas assez d’écoute des scientifiques. Et le climatologue de critiquer aussi le poids trop important des lobbys "qui freinent des quatre fers pour la transition vers une économie plus propre et plus durable".


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Les appels, le professeur à l’UCLouvain continue donc à les lancer. Notamment auprès de la Première ministre Sophie Wilmès, qu’il a rencontrée il y a quelques jours avec ses collègues experts. Le but : faire prendre conscience de l’urgence de la nécessité d’une relance économique durable et verte.


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