Jean-Pascal Labille sur l'enquête "Noir, Jaune, Blues": "Une peur a envahi la société"

Jean-Pascal Labille, membre du Parti Socialiste et président de la fondation "Ceci n’est pas une crise" était au micro de Matin Première ce vendredi matin. C'est sa fondation qui a commandé l'enquête sociologique "Noir, Jaune, Blues", publiée par la RTBF et Le Soir. Face à Medhi Khelfat, il est revenu sur cette étude, qui a suscité de nombreuses réactions sur les raisons sociaux.

Une des questions qui est souvent revenue est qu’avec ce type d’enquête, ne risque-t-on pas de libérer la parole xénophobe ?

Non, pas du tout. Vous savez, quand vous ne voulez pas entendre le message, alors on tue le messager. Ce que nous voulions réaliser au travers de cette enquête, c’est justement permettre à la population de dire ce qu’elle ressent aujourd’hui. Et ce n’est pas parce qu’elle exprime, à un moment donné, certaines opinions qu’elle est pour autant raciste. Pas du tout. Elle a aujourd’hui exprimé un désarroi, une désespérance et un besoin surtout d’autre chose. C'est cela qu’il faut retenir.

Vous dites que les Belges ne sont pas racistes.

Absolument pas. L’immigration fait partie de l’histoire belge. Aujourd’hui, une peur a envahi la société. C’est cette peur qui est traduite dans l’expression des gens, parce qu’on est dans un contexte tout à fait spécial. Mais il y a aussi un besoin — et c’est surtout cela qu’il faut retenir aussi de cette enquête — de construire une autre société plus juste, plus égalitaire, plus tolérante, plus inclusive.

On quitte le thème de l’immigration. L’enquête décrit une société qui est fracturée dans tout un tas de domaines. Le ministre de l’Intérieur, Jan Jambon, a reconnu sur cette antenne que les politiques avaient une part de responsabilité dans le climat ambiant, mais que les résultats du gouvernement allaient redonner confiance. Quand vous entendez ce commentaire, est-ce que vous croyez vraiment à une prise de conscience des politiques ?

Je ne veux pas faire de la politique avec un petit "p". Je pense que la situation est grave aujourd’hui. On est dans une société blessée, meurtrie, fracturée. Donc je crois qu’il faut prendre de la hauteur et allumer les grands phares. S’il y a bien une chose qu’il faut éviter, c’est le déni. Il y a un problème dans la société dans laquelle on est et on doit s’atteler à le régler. C’est la facilité, c’est de trouver le bouc émissaire, le coupable. C’est toujours l’autre, et c’est l’immobilisme. Ce sont évidemment 3 éléments qu’il faut absolument éviter.

Mais c’est un chantier énorme ! Quelle est la solution ?

On passe d’une société à une autre société. Cette autre société, il faut la construire. Et dans ce contexte-là, et je le dis depuis d’ailleurs assez longtemps, la société civile dans toutes ses composantes, avec le politique, a un rôle important à jouer pour construire la société de demain. On n’est pas dans une crise. On est dans quelque chose de beaucoup plus profond qu’une crise. On va vers une autre société, un autre type de société. C’est à nous à la construire. Personne ne le fera à notre place. Ou ceux qui le feront à notre place, c’est justement ce que cette enquête démontre. Il y a 2 voies possibles, soit c’est la voie autoritaire, les murs, les frontières, le contrôle de tout le monde, soit c’est la renaissance et c’est la construction d’une société beaucoup plus moderne et beaucoup plus inclusive.

Jean-Pascal Labille, je vous repose cette question. Ce coup-ci, est-ce que vous sentez une prise de conscience des politiques ?

Je pense qu’il y a une prise de conscience des politiques, je ne dirais pas de tous les politiques. Je n’ai pas eu encore l’occasion de les rencontrer tous. Mais j’ai déjà eu plusieurs contacts. J’ai été sollicité à plusieurs reprises par les politiques. Mais les politiques sont un élément dans les institutions. La perte de confiance des gens vis-à-vis des institutions ne touche pas que le politique. Elle touche aussi la police, la justice, l’ensemble de la société, les syndicats, les organisations sociales. Il y a une perte de confiance. Ça ne veut pas dire qu’on ne veut plus de ces organismes-là. On veut autre chose aujourd’hui.

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK